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DENTITION

La planche XVIT montre, figures 1 et 3, les molaires supérieures et les molaires inférieures gauches d’un Rhinoceros lichorhinus provenant d'Abbeville; figures 2 et #4, les molaires

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supérieures et les molaires inférieures gauches de l£lasmotherium, d'après Brandt. |

C’est le système dentaire qui a fait hésiter les auteurs à déclarer que l'£Elasmotherium était une véritable forme de rhinocéros. Ce système est caractérisé d’abord par l'absence d’'incisives. Mais Brandt à montré qu'il y avait aux intermaxillaires, et aussi à la mâchoire inférieure, les rudiments de deux incisives de première dentition représentés par deux alvéoles. Ce fait se retrouve chez le Rhinoceros tichorhinus et chez le Rhinoceros simus actuel, qui est le plus preche voisin du fichorhinus.

Les molaires sont au nombre de vingt ; eimq de chaque côté et à chaque mâchoire au lieu de sept que présentent normalement les rhinocéros. Cette différence semble d’une grande valeur à première vue. Cependant elle peut indiquer, non pas une filiation distincte, mais simplement une adaptation à un régime plus herbivore. Les prémolaires, dents essentiellement destinées à couper, perdent de leur importance chez les animaux dont les dents doivent surtout broyer ou triturer des herbes ; les arrière-molaires prennent plus de place en même temps que les prémolaires en prennent moins. Déjà, chez certains rhinocéros du miocène supérieur, la première prémolaire de seconde dentition disparaît de bonne heure (Rh. pachygnathus). Il en est de même chez le Rhinoceros tichorhinus où € on ne connaît, dit Duvernoy, que les six dernières molaires des deux mâchoires, la première étant sans doute très caduque ». Le Muséum de Lyon possède pourtant une mâchoire supérieure d’un jeune Rhinoceros tichorhinus où la première prémolaire est encore en place. Mais cette caducité précoce est bien semblable à ce que l’on observe chez l'Elasmotherium où Brandt a signalé, en avant des prémolaires,

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tant à la mâchoire supérieure qu’à la mâchoire inférieure, une cavité représentant l’alvéole rudimentaire d’une dent disparue (fig. 4, 2 p.); cela élève à six le nombre des molaires de chaque côté et constitue, sous ce rapport, une transition remarquable.

La forme, comme le nombre des molaires paraît, à première vue, éloigner beaucoup l'Elasmotherium des rhinocéros ordinaires et l’on conçoit que cela ait beaucoup frappé les naturalistes. Là aussi cependant, nous sommes portés à croire qu'il y a une différence, non de filiation, mais d'adaptation à des conditions nouvelles d'existence. Le fût des dents s’est allongé en même temps que, le régime devenant plus herbivore, elles étaient plus exposées à s’user ; leur croissance n'était pas indéfinie comme celle des inecisives des rongeurs, mais elle devait durer aussi longtemps que celle des chevaux et des éléphants. En même temps que les dents s’allongeaient en hauteur, leurs croissants se contournaient et se plissatent un peu comme ceux d’Hipparion, S'enveloppant également de cément. Ainsi, elles ont formé une ràpe merveilleuse par les alternances des parties dures et tendres de leur surface triturante aussi bien que par leur durée.

Si nous étudions la couronne de plus près, en faisant pour le moment abstraction des plis de l'émail, nous remarquerons pour les lobes la disposition qu’on observe chez tous les rhinocéros. Comparons, par exemple, la sixième molaire supérieure gauche du Rhinoceros tichorhinus avec la molaire correspondante, du même côté, de l'Elasmotherium (pl. XVI, fig. 1et 2, 2a.). Dans l’une et l’autre, deux lobes transverses (M., E. et »., 1.), s'unissent extérieurement pour constituer une muraille longitudinale E., e.

Chez l'Elasmotherium comme chez la plupart des rhino-

L'ELASMOTHERIU M. 91 céros, la dernière molaire (fig. 1 et 2, 3a.) affectait de mème la disposition en V.

L’analogie du plan de structure des molaires inférieures est encore plus évidente. Dans les deux cas, ces dents sont constituées par deux lobes disposés en croissant, le lobe postérieur (pl. XVII, fig. 3 et 4, e., 1.) moins développé, venant s’appuver contre le lobe antérieur E., I. Nous avons pris comme termes de comparaison les deux dernières arrière-molaires parce que, sur l'échantillon de AR. tichorhinus que nous avons figuré, les premières sont très usées. Sur des màchoires d'individus plus jeunes, toutes les molaires présentent la même disposition, bien semblable à la figure # qui montre une mâàchoire inférieure d’'Elasmotherium.

Quoique la comparaison de la tête et des dents de l'£lasmotherium avec celle des autres rhinocéridés impose à notre esprit l’idée de la transformation des genres, nous devons avouer que nous sommes incapables de marquer la filation directe de l’'Elasmotherium ; S' ressemble à certains égards au Rhinoceros tichorhinus, 11 en diffère à d’autres points de vue. Ces deux animaux ont été contemporains ; l’un ne saurail être le père de l’autre ; ce sont plutôt des cousins. Pour trouver les parents les plus proches de l£lasmotherium, 11 faudrait peut-être remonter jusqu'à l’âge éo-miocène des Phosphorites du Quercy. Là, nous voyons un rhinocéridé appelé le Cadurcotherium (1) qui à manifesté quelque tendance vers la forme herbivore de l'Ælasmotherium ; on voit

(1) La forme Cadurcotherium n'a pas été retrouvée en Europe après le miocène inférieur ; cela provient peut-être de ce qu’elle s’est transformée et aussi de ce qu'elle a émigré en Amérique; car, ainsi que M. Filhol l’a fait remarquer, ses dents ressemblent à celles de l’'Homalodontotherium de M. Flower. Dans le catalogue des fossiles du Briüish Museum, M. Lydekker place ces deux genres en avant de l’Elasmotherium.

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dans notre planche XVI, figures # et 5, les dessins de deux arrière-molaires de cet animal. Ces dents ont un füt très élevé; elles sont enduites de cément ; le lobe postérieur des dents supérieures est moins développé que le lobe antérieur. On y retrouve même le crochet d’émail (cr.) de l'Elasmotherium et du Rhinoceros tichorhinus.

Nous avons figuré dans la planche X VITE quelques schémas de dents de pachydermes (1) pour faire comprendre la manière dont nous imaginons que les choses se sont passées. Nous supposons qu'un des ancêtres à pu avoir, comme dans le Lophiodon (fig. 1), deux lobes à peu près égaux formant des collines épaisses, propres à couper, en les broyant, des végétaux coriaces. Ensuite les collines se sont un peu élevées, laissant entre elles un profond vallon (fig. 2. Acerotherium lemanense). Les collines se sontamineies etont eu des prolongements (fig. 3. Rhinoceros pachygnathus où R. Merckii) ; puis elles se sont encore plus élevées, se sont courbées et revêtues en partie de cément (fig. 4. Rhinoceros tichorhinus); enfin, non seulement elles se sont courbées, mais aussi elles se sont plissées, et, en même temps, elles ont atteint leur maximum de hauteur et se sont remplies de cément (fig.5. Elasmotherium).

Nous avons placé en regard des figures précédentes, des schémas de dents de proboscidiens et de ruminants pour montrer que les changements qui ont donné lieu à la forme herbivore de l'£lasmotherium se sont produits en même temps dans d’autres ordres. Nous supposons qu’il y a eu d’abord des proboscidiens à collines épaisses faites pour couper, en les broyant, des végétaux coriaces (fig. 6. Wastodon tapiroides). Après,

(1) Nous avons dessiné, à côté de la couronne, une coupe longitudinale théorique des molaires supérieures gauches. Dans tous ces schénas, les lettres E, M, I désignent les

denticules externe, médian et interne du lobe antérieur et les lettres e, m, à, les mêmes denticules du lobe postérieur,

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seront venus des animaux dont les collines se sont multipliées, sont devenues plus étroites et ont eu un peu de cément (Hastodon elephantoides ou Elephas Cliftii). Puis, le cément a augmenté (fig. 7. Elephas insignis). Ensuite les collines se sont élevées, rétrécies (fig. 8. Elephas planifrons). Les collines se sont encore plus élevées (fig. 9. Ælephas antiquus). Enfin, l'Elephas primigenius (lg. 10), contemporain de lElasmotherium, nous montre le type le plus parfait de la dentition herbivore dans les proboscidiens. Il est aux autres éléphants ce que l’Elasmotherium est aux autres rhinocéridés. Outre que le nombre des lamelles a beaucoup augmenté et que la hauteur de la dent est devenue encore plus grande, l'émail luimème présente des plis nombreux; la disposition en räâpe se trouve admirablement réalisée. Ces caractères nous ont paru encore exagérés sur une molaire que le Muséum a reçue dernièrement de Sibérie.

Nous pouvons faire sur les ruminants des remarques analogues. Comparons quelques molaires supérieures de divers genres échelonnés régulièrement dans les temps géologiques et considérons d’abord le Xiphodon gracilis (ig. 11) des lignites éocènes de la Débruge (1). La colonnette, peu développée, est très bien séparée du denticule médian; les denticules externes se présentent sous la forme de croissants réguliers ; la dent est basse, complètement dépourvue de cément ; il en est de même chez le Tragocerus amaltheus (fig. 12) du miocène supérieur de Pikermi ; le fût est pourtant plus élevé et Les denticules externes commencent à présenter vers leur milieu un renflement qui fait penser aux denticules des dents de la

(1) Nous avons représenté les dents vues sur leur couronne ct sur leur face interne et nous avons figuré théoriquement une coupe transversale du premier lobe, afin de mon-

trer l’évolution de la colonnette que l'on peut regarder comme représentant le denticule interne de ce premier lube.

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forme bœuf. IT y a néanmoins, entre les molaires du Tragocerus et celles du Bison priscus (fig. 15), des différences considérables : chez le Tragocerus, elles sont courtes, coupantes, la colonnette supplémentaire est complètement séparée du corps de la dent, et comme elle n’arrive pas à la hauteur de la couronne, elle ne paraît jouer aucun rôle physiologique ; il n’y a pas encore de cément; ce sont de véritables dents d’antilope. Mais nous avons tous les intermédiaires. Il est difficile de dire, par exemple, si le Palæoryx boodon (fig. 13) est une antilope ou un bœuf, car la hauteur de la dent s’est accrue; la colonnette, bien que distincte encore du corps de la dent, arrive presque jusqu’à la couronne et augmente ainsi la surface de trituration. En même temps, la dilatation des lobes externes s’accentue davantage, ce qui produit, à la surface externe de la muraille, une convexité plus considérable de l'émail. Pourtant, certains caractères de dent d’antilope persistent encore; ce sont l’existence très nette d’un collet et la prédominance sur les côtes médianes des plis de l'émail, en avant et en arrière de chaque denticule. Le contraire arrive chez les bœufs, comme on peut le voir dans la figure 14 qui représente une arrière-molaire de Pos elatus. Lei la colonnette est soudée dans toute sa hauteur au corps de la dent, et la dépression interlobaire est comblée avec du cément. Le Bison priscus du quaternaire (fig. 15) ne diffère du précédent que par une hauteur encore plus considérable du fût et par des plissements secondaires de l’émail qui, avec la section de la colonnette, constituent un appareil parfait de trituration.

On trouvera, dans les admirables travaux de Rütimevyer sur les ruminants et particulièrement sur les bœufs, des remarques du plus haut intérêt sur la forme et l’évolution des dents de ces animaux,

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Édouard Lartet (1) avait observé que les ruminants tertiaires avaient des dents beaucoup moins hautes que ceux du quaternaire. Les conséquences que cet éminent paléontologiste en à tirées sont très différentes des nôtres, car 11 croyait pouvoir Y reconnaître la preuve que les animaux rapprochés de notre époque ont eu une vie plus longue que les animaux tertiaires, tandis que pour nous, jusqu’à présent, nous ne voyons pas pourquoi on pourrait supposer que les mammifères quaternaires et actuels ont eu une plus grande longévité que leurs prédécesseurs. Comme on vient de Le voir, nous pensons que si le fût des dents s’est allongé, c’est par suite des changements de régime ; il fallait que les dents fussent d'autant plus longues qu’elles étaient exposées à s’user plus rapidement.

En regardant notre planche XVIII, nos lecteurs pourront faire cette remarque assez curieuse que les divers genres des trois ordres que nous venons de considérer ont eu une évolution parallèle, car les rangées horizontales de croquis se rapportent à des animaux qui ont vécu à peu près à la même époque et se trouvent à des stades analogues au point de vue des transformations dentaires. Les personnes disposées à croire que l’idée d'évolution a quelque fondement pouvaient, d’ailleurs, prévoir ce résultat.

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