VI
examina r(Mîseinl)l(' <1l' ses drlcnninalions , <>ti recomiMÎI (|u'il a iulroduit crimporlaïUes corrections dans les noml)rcs de Ploléinée. D'Asfi on de Sali à Alexandrie, Ptolérnée compte ^yV /|5', Abonlllhassan, 4iV|o', les modernes, 38" 58'; l'errenr des Grecs, qni est de i/i" M , est rédnite par les Arabes à 'i'' l\i' .Sx Abonl-Hhassan avait conservé la détermination de Go" 3o' donnée pour Alexandrie par ses devanciers (i), l'erreur eut été réduite à 12 . Pour Damiette, elle est de i"" Sg : les Grecs comptent de Gadix à Damiette 56^ l\o' , les modernes 38" 5', les Arabes 39" 44'-
Ce n'est pas tout : les longitudes d'Aboul-Hhassan pour Sala sur la côte de l'Océan et ConsUui' tine, c'est-à-dire pour une étendue en long, de 37'' 20', s'accordent à 10 minutes près ['i) avec les longitudes modernes.
Dans les distances intermédiaires, bien qu'il faille tenir compte de l'insuffisance des itinéraires, des fautes de copiste , de la difficulté d'identifier exactement les positions indiquées par les Grecs, les Arabes et les modernes, plusieurs des rectifications sont remarquables :
(1) Le Manuscrit ar. de la Bibl. nat., 11^' i i/ii, f. 27, porte
(2) Si dans le Ms. on lit ^^Tau lieu de ^, l'erreur est réduire à zéro.
( 7iH )
Ue Sala à Corifilanliiie l'errtMir do Plol^'mép, qui ♦*.sl de f.'' iO' esl léd a l<j .
l)eSa\ai\b\wrU'(HippoZaritus,u()u\o'\n*VIhjco?), 10" 7' — 25'.
De Sala à Taiig<T, 1" 55' — 25'.
I)e Clirrchell (/////a C'a-'.vrt/Yfl) à Constanliiio, 5*» 25' — 45'.
De Ceutaà Oraii (/)eon/m;)or^M\, suivant M. Has»'), l" 3' — "'.
D'Oran h Bougie {Saldœ Cnlonin), 2" 35' — 10'.
De Bougie à Bizorte , dVnv. r,° yy — H'
A partir de Coiistaiitiiie et de Kairowan, x\boiil- Hhassan paraît s'égarer dans Tintérieur des terres ; il corrige de 4*^ Terreur de Ptolémée sur les Syrles, eu donnant encore à cette côte une inclinaison trop orientale; il est toutefois très-probable que les Arabes avaient des notions exactes sur cette partie du littoral de l'Afrique; mais Ton sait que dans leurs itinéraires ils ne suivaient pas le rivage de la mer. Du reste , les longitudes assignées par Aboul-Hhassan à Cabès et à Djerbeh sont, entre elles, dans le même rapport que les longitudes modernes; il en est de même, à ^3' près, pour Cabès et Tripoli. Enfin notre auteur réduit à 27' Terreur de 4*^ ^7' que présente la Table de Ptolémée pour la distance de Mahadia à Alexandrie. Ce n'est pas le hasard seul assurément qui peut produire de telles concordances.
On trouvera ci-après dans TAppendice un extrait des tableaux que nous avons dressés pour nous rendre un compte exact des corrections faites par les Arabes; nous avons pris, comme on le verra, pour |)oinl dr départ des longitudes modernes
( 7«9 ) l'/A' AV/; v// (Açores), silure vers .^i" oucsl du niéiiilion (le Paris.
Kii siibstiluant VWv Flores à Fayal, c'est-à-dire, en reculant de 2 degrés le point de départ, nous avons de Sala à Rairowan , pour toutes les villes qn'Aboul-llhassan a visitées lui-même, une série de rectifications qui s'éloignent des chiffres adoptés par Ptolémée , et se rapprochent d'une manière surprenante des évaluations modernes. En voici le tableau :
Noms des villes.
tudes arabes
avec les
des arabes
avec les 1
longitudes grecques.
gitudes modernes.
Sala.
Cadix.
Tanger.
Méquinez.
Fez.
CeiUa.
Séville.
Robath Taza ?
lA
Tlemcen.
Oran.
Tunis.
JO
Breschk.
Cherchell.
Médéah.
Alger.
Dellys.
Bougie.
Constantine
Bone.
Badjah.
Bizerte.
Tunis.
Kairowan.
Aprtvs avoii" rc*ss(Mr<'* K' liltoial de l'Arriqiif, les géographrs arabes a|)|)li(|iièreiit la nuMiie correction aux eûtes septentrionales de la Méditerranée. Pour l'Espagne, les rectifications ont quelque valeur; mais au delà elles paraissent avoir été faites systématiquement, et sont fort défectueuses ; pour Marseille, par exemple, la constante de 17" 3o' a été ajoutée à l'évaluation dePtoIén)ée, ce qui produit une erreur de plus de 5°; la longitude de la Sicile et de Rome est déterminée assez exactement; mais il n'en est pas de même , à beaucoup près, pour G rites ei Pise. Quant à Constantinople^ Ascalon^ etc., leur longitude, prise des Açores et comparée aux estimations des modernes, donne, à 18' et à 47' près, un résultat identique.
Il nous paraît donc ressortir de laTabled'Ahoulllhassan, que les Arabes occidentaux possédaient des documents précieux, en raison de leurs connaissances aux douzième et treizième siècles, sur l'étendue du littoral de l'Afrique septentrionale, et par conséquent de la Méditerranée.
Mais, dira-t-on, quelle confiance peut-on accorder à un géographe qui place Alexandrie à 63" de longitude, et Damiette à 63° 5o' ? La réponse est aisée. Aboul-Hliassan s'arrête à Alexandrie; il donne la longitude de celte ville d'après son itinéraire;
( 7^» ) ce n'est point un géographe , c'est un voyageur qui nous offre le résultat des notes qu'il a prises; il complète ensuite sa Table de longitudes avec les déterminations qu'il trouve dans les auteurs qui l'ont précédé. Damiette est placée par Ptoléniée et par les Arabes orientaux à 63° Sa' ou 5o'; il écrit 63° 5o', et fait de même pour les positions plus orientales. — Il ne s'est pas donné la peine de rectifier des évaluations fausses par rapport aux siennes; il a donc manqué de critique? Nous ne voudrions pas nous engager à ce sujet dans une discussion qui nous entraînerait trop loin , d'autant plus que les raisons que nous ferions valoir, quelque bonnes qu'on les suppose, seraient peut-être rendues inutiles par la production d'un manuscrit qui prouverait que le débat roule sur une faute de copiste; qu'il nous suffise de répéter qu'Aboul-Hassan ne peut être rendu responsable des longitudes des villes qu'il n'a pas visitées, longitudes qu'il a prises chez les Arabes nourris des idées de Ptolémée (i).
Nous ne nous arrêtons pas aux latitudes comparées des Tables grecques et arabes; il suffit de
(i) Les mathématiciens arabes de l'Orient avaient également reconnu les erreurs du géographe d'Alexandrie sur l'Asie en général j nous donnerons ailleurs un aperçu de leurs travaux.
(lire que si les instruments dont se servait Aboul- Hassan notaient pas parfaitement exacts , du moins le maximum de ses propres erreurs est bien loin du maximum de celles de ses devanciers; on peut le voir par les cartes jointes à ce Mémoire. Notre astronome place Oran par 35" i7.\ Bone par 36" 3o'; les Tables grecques portent 33° 45' et 32" i5'; les Tables modernes 35" 44' et 36° 5i'. On voit donc que les observations d'Aboul-Hassan ne manquaient pas d'une certaine précision.
Le fait historique que sa Table nous démontre, c'est que les Arabes avaient au treizième siècle une idée beaucoup plus nette que les Grecs de la véritable longueur de la Méditerranée; qu'ils étaient arrivés à ce résultat non-seulement par l'examen des écrits d'Ératosthéne el de Strabon, et par des observations simultanées d'éclipsés , mais encore par des itinéraires; celui que nous avons extrait du traité d'Aboul-Hassan justifie à cet égard nos hypothèses.
Nos conclusions sont faciles à déduire de ce qui précède :
1° L'idée très-ancienne de coupole de la Terre, r6u.(pa>.oç ôaXa^TGYi; des Grecs, umbilicus Terrœ des Latins, le Khobbet-al-Arâh des Arabes, doit être tout à fait séparée de l'idée d'un ou plusieurs
( 7'^^ ) points de la ligne équinoxiale considérés également comme coupoles du monde, mais servant à déterminer la position d'un premier méridien géographique.
2° Ces divers points de la ligne équinoxiale ont été appelés : Anne, Khobbet-Arine, Kanka, Lanka, Kankadei\ Gangdiz, etc. ; quelle que soit l'étymologie de ces divers noms, quelle que soit leur liaison avec les systèmes cosmographiques de l'antiquité et du moyen âge, on ne doit point les regarder comme représentant un pays, une ville, une île, un fleuve, etc. Ce sont des termes purement systématiques.
3^ L'origine de ces dénominations a été placée à tort dans l'Inde par les compilateurs du moyen âge, qui ont cru que les Indiens comptaient les longitudes géographiques à partir de l'extrémité orientale des terres habitables en retournant le système de Ptolémée; non-seulement les Indiens ne sont point les inventeurs de ces termes systématiques , mais il ne paraît pas qu'ils aient eu jamais un mode particulier d'énonciation pour les longitudes terrestres, puisqu'au seizième siècle de notre ère les Tables de l'Ayyn-Akbery sont encore, comme celles des Grecs, dressées pour le méridien des îles Fortunées.
4** L'opinion qui attribue aux Indiens un pre-
uiior méridien géograpliiqiie pincé dans Tile île Geyiaii, appelée Lanka, doit élre également rejetée. Si dans quelques poèmes mythologiques de rinde le nom de Lanka est appliqué à Tiie de Ceylan, ce nom n'a jamais été d'un usage vulgaire en Orient; il a été toujours inconnu aux Grecs et aux Arabes conquérants de l'Asie. Jamais les Indiens n'ont identifié au moyen âge leur Lanka ou Kanka (point équinoxial, coupole de la Terre) avec l'île de Ceylan, et jamais à cette époque ils n'ont placé un premier méridien géographique dans cette île pour la détermination des longitudes.
5** Le Traité d'astronomie d'Aboul-Hassan nous fournit le premier exemple d'une table de longitudes géographiques calculées pour le méridien de Khobbet-Arine; ce méridien coïncide avec le 90^ degré de Ptolémée pris sur l'équateur; et en cherchant à déterminer sa distance orientale du méridien de Paris par une moyenne prise entre un certain nombre de positions géographiques choisies arbitrairement et manifestement entachées d'erreurs, on commet tout simplement une hérésie scientifique.
6"" L'idée de ce méridien central , dans son application à un système géographique déterminé, n'appartient pas à Ptolémée, mais aux Arabes
ocoidiiiUiux : rc n csl plus ili' leur j).iit une msv, on un tIégiiisciïUMil ayaiil pour objet dcMlissininler (les cmpnnils (jifil osl lou jours aisé de; découvrir; eu corrigeaul IVireui de Ploléinée sur le bassifi de la Méditerranée, erreur qui ne s'élevait pas à moins de 20 tiegrés en longitude, et qu'on signalait pour la première fois à la fin i\u dix-seplième siècle, les Arabes avaient été naturellement conduits à substituer au méridien des i/es forfuNces, le méridien de Khobbet-Àrincy dont l'horizon occidental, à défaut des iiçores qui ne leur étaient pas géographiquement connues, leur offrait toutes les conditions nécessaires de raccordement poiu' leurs rectifications.
7^^ La différence de 17" 3o' environ qui existe entre les évaluations des Grecs et d'Aboul-Hassan pour la longitude de quelques villes de l'Espagne et de l'Afrique occidentale, adoptée comme constante par certains géographes, explique la distinction des deux occidents des Tables Alphonsinesj l'occident vrai (horizon de Khobbet-Arine) et l'occident habité, distants l'im de l'autre de 17" 3o', et en même temps les opinions diverses des écrivains du moyen âge, qui plaçaient tantôt par 90" à l'orient des iles Fortimées, tantôt par ')'! 3o' la ville (VArirn devenue une seconde Sjène , etc=
( 7^^ ) 8*" J^a correclioii apportée aux Tables de Plolémée sur toute l'étendue du littoral de TAfrique et de l'Espagne par Aboul-Hassan, montre que les travaux géographiques des Arabes ont une importance véritable, et que Ton doit attendre, de l'examen de ces travaux et de leur comparaison avec ceux des Grecs et des modernes, les documents les plus précieux pour l'histoire des sciences au moyen âge.
Nota. Sur les cartes ci-jointes : /> signifie : suivant Ptoléinée; a, suivant Aboul-Hassan; w, suivant les modernes.
Signes conventionnels: tracé de Ptolémée ')
liacé d'AbouI -Hassan ; trace des raoder-
api>km)I(:k