DES INFLUENCES RELATIVEMENT EXTÉRIEURES
Il n'est pas rare d'observer que d'autres étals pathologiques agissent comme causes prédisposantes pour la goutte. Ces états doivent être soigneusement distingués des manifestations qui appartiennent à la diathèse goutteuse elle-même. Au premier rang de ces causes on a placé la scrophule.
Wendt dit : « Parmi les maladies du jeune âge, ce sont surtout «la scrophulose et le rachitisuK; qui provoquent et développent la «prédisposition aux maladies gouuouses. » Schœnlein aussi men-
lionne la grande facilité de combinaison de ces deux maladies. Voici ce que dit le docteur Prout : «Les diathèses scrophuleuse, «urique et goutteuse sont toutes le résultat d'une mauvaise assi- «milation de l'albumine, et se transforment souvent par degré d'une dans l'autre. Aussi voit-on la goutte et la scrophule réunies «très-souvent, sinon toujours.» Gairdner rejette, et avec raison, celte opinion, et il croit même que la goutte donne un certain pouvoir préservatif contre les scrophules et les maladies constitutionnelles en général. Je crois que c'est en Angleterre même que le docteur Prout aurait le mieux pu voir la preuve du contraire de ce qu'il avance ; car, si la goutte y est très-fréquente, la scrophule y est très-rare.
J'ai moi-même observé quelques cas dans lesquels les sujets avaient eu dans leur jeunesse soit la scrophule, soit le rachitisme, et dans ces cas, peu nombreux du reste, la goutte avait toujours de la tendance vers la forme atonique, comme nous l'avons fait pressentir plus haut.
On a encore regardé comme prédisposant fortement au développement de la goutte, l'intoxication saturnine. Dans celte maladie en effet, non-seulement le système nerveux est déprimé et paralysé, mais il y a encore en général une diminution de la plupart des sécrétions. Garrod a en effet constaté un excès d'acide urique dans le sang de sujets atteints de la colique de plomb.
Ce qui mérite une mention particulière c'est le rhumatisme. L'expérience a prouvé d'une façon péremptoire que bon nombre de goutteux avaient dans leur jeune âge souffert de rhumatismes. Les médecins qui regardent ces deux maladies comme identiques, comme Chomel, Alexandre et d'autres, trouvent cela tout naturel. Mais pour nous qui ne partageons point cette manière de voir, l'explication est plus difficile, et nous nous demandons si ces douleurs rhumatismales ne sont pas les premiers symptômes de la diathèse goutteuse, ou bien si les deux maladies, rhumatisme et goutte, ne sont pas les suites d'une même cause, d'un trouble dans l'activité d'une peau irritable, ou bien encore si une maladie antécédente prédispose à l'autre. Nous traiterons plus tard , et d'une manière complète, les rapports qu'ont entre elles ces deux maladies. Nous nous contenterons pour le moment de dire que d'après nous le rhumatisme se différencie de la goutte d'une manière trèsnetie, qu'il n'est jamais une prédisposition ;^ la goutte, mais qu'en augmeniani la faiblesse de la peau et du système nerveux, le rhumatisme peut devenir une cause prédisposante ni plus ni moins qu'une autre maladie.
La suppression des flux hémorrliagiques habituels, des flux hé-
morrhoidaux , les troubles de lainieiistruaiion agissent d'une manière fortement prédisposante ; il en est de même de la disparition du flux muqueux et des exanthèmes cutanés existant depuis longtemps. Je range encore dans la même catégorie, comme causes prédisposantes, les maladies du foie et des reins. Ce n'est qu'en examinant chaque cai^ en particulier qu'on peut juger jusqu'à quel degré la pléthore abdominale, l'irritabilité nerveuse, la faiblesse digestive, la paresse des évacuations alvines etc. doivent être regardés tantôt comme cause prédisposante, tantôt comme les symptômes initiaux de la diathèse en voie de développement. Wendt mentionne encore comme pouvant prédisposer à la goutte, d'autres maladies fébriles, telles que la dysenterie, la fièvre iniermittenle, le typhus, les exanthèmes aigus. Il est certain qu'en affaiblissant l'économie , et en troublant le jeu régulier de telle ou telle fonction, toutes ces maladies peuvent jusqu'à un certain point favoriser le développement de la goutte. Mais d'autres fois, au contraire, nous voyons dans certains cas, une maladie fébrile garantir pendant plus ou moins longtemps le malade d'une nouvelle attaque.