DE LA CAUSE PROCHAINE DE LA GOUTTE
Il n'y a point d'état pathologique sur lequel on ail bâti autant d'hypothèses que sur la goutte, et les théories qui ont voulu expliquer son mode de formation ne se comptent plus.
Sa prédisposition héréditaire, spontanée ou acquise, ses différents degrés, les nombreuses influences extérieures qui sont souvent tout opposées , et qui agissent tantôt comme causes prédisposantes, tantôt comme causes occasionnelles; les causes relativement extérieures, que souvent on ne peut pas du tout distinguer de la prédisposition elle-même, ou du moins très-difficilement, notre ignorance complète sur la nature de cette dernière; les commencements si obscurs et si variés, suivant chaque individualité de la diathèse en voie de formation; l'extension et la grande variété des manifestations morbides et des symptômes, sans que nous ayons des signes palhognomoniques suffisants pour caractériser la diathèse toute formée; les rapports avec l'attaque après laquelle celle-ci, maladie elle-même , devient de nouveau prédisposition maladive ; ce qu'il y a d'énigmatique dans l'attaque , sa ressemblance avec d'autres états pathologiques, son passage fréquent et facile en forme anormale, avec des manifestations proléiformes ; ses maladies consécutives, ses terminaisons ainsi que celles de la diathèse; tout cela a contribué à donner naissance aux opinions les plus diverses sur le mode de développement et la cause prochaine de la goutte,
en donnant à chaque opinion certains points de départ rationnels''' qui pouvaient leur servir de fondement.
Toutes les hypothèses qui ont surgi de cette manière ont eu une certaine influence favorable pour l'élude de la goutte, et c'est avec raison que Henle, ce médecin si rationnel, a dit que le jour de la dernière hypothèse serait aussi le dernier jour de l'observation. Les auteurs de ces hypothèses, ainsi que leurs partisans, ont ob-.' servé avec une exactitude et une constance tout à fait remarquables les symptômes et les manifestations pathologiques de cette maladie, chacun dans la direction qu'il croyait la meilleure pour parvenir à connaître la goutte. C'est ainsi que depuis Sydenham l'étiologie et la sympiomatologie sont parfaitement bien connues et décrites. Mais souvent aussi ces hypothèses ont exercé une influence très-nuisible.
Elles ont le défaut général de prendre la partie pour le tout ; d'accorder ainsi une trop grande importance à des états pathologiques de second ordre et à des groupes de symptômes isolés, en leur en subordonnant d'autres qui sont souvent beaucoup plus importants, et d'être souvent ainsi la cause d'interprétations erronées et de méthodes de traitement défectueux.
C'est de celle manière que depuis des siècles une hypothèse détrônait l'autre, sans qu'on fût guère plus avancé dans la connaissance de la véritable nature de la goutte. G'est au progrès des sciences naturelles dans nos temps, qu'il était réservé de porter sou flambeau dans ce chaos. Pur le moyen de la chimie organique et du microscope, nous avons d'abord appris ù bien connaître la composition des concrétions goutteuses, puis les changements dans la composition de l'urine, ei enfin celles de la composition du sang des goutteux, toutes découvertes qui sont de la plus haute importance pour la connaissance de la nature réelle de la goutte. Mais ici encore il est arrivé ce qu'on observe pour presque toutes les notions que nous ont fournies les sciences naturelles, c'est-àdire qu'on a exagéré les résultais obienus pour en tirer des conséquences trop étendues, et nous ferons voir plus loin que nous ne I pouvons pas admettre tous les i ésultais qu'on a voulu tirer de ces I belles découvertes.
On peut facilement ranger en deux camps opposés les nomb'reux ; auteurs qui ont établi des théories sur la goutte: ce sont le camp (des humoristes et celui des solidistes. Le premier est le plus ancien t et compte le plus de partisans. Déjà Hippocrate a regardé comme lia cause prochaine de la goutte, une altération des humeurs i cuites. Galien aussi croit qu'elle repose sur une accumulation exai gérée et un mélange de mucosités, de bile et de sang. Celius ) Aurelianus partage la même opinion quand il parle d'âcrelé gout-