‹ Matériauz pour servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les Orientaux (volume 2)Chapitre 15 sur 30 · HU D · texte numérisé non relu

HU D

(4) Id. p. 11 et 16.

(65°) naires, ainsi 19 années communes ont 228 mois lunaires; cependant dans 19 ans solaires il y a 235 mois lunaires : la différence de 228 à 235 est 7; donc un 7chang de 19 ans doit contenir sept mois intercalaires.

Eu suivant cette méthode, on voit qu'il faut intercaler à la 3° année, à la 6°, à la 9°, à la 1°, à la 14°, à la 17° et à la r9° année du Tchang de 19 ans; c’est exactement l’enneadécaétéride de Méton ; seulement les Grecs faisaient la troisieme intercalation à la 8° année et non à la of.

Avec cette période de 19 ans, les Chinois imaginèrent de remonter de deux ou trois cents milhons d’années; ils donnerent au monde une antiquité fabuleuse, et inventèrent leur Chang-yuen, dont nous avons déjà parlé (1).

Pour apprécier le San-tong dans son ensemble , il suffit de lire les réflexions suivantes de Gaubil (2): « 1° Ce que disent les astronomes des « Han sur les retours de la conjonction est faux « et de leur invention , et à cette occasion ils ont « fait une infinité de fausses remarques et de « faux calculs. 2° Ce qu’ils disent sur les trois

« principes ou 7ong, du ciel, de la terre et de

(1) Voy. plus haut, p. 600.

(2) Souciet, Obs., t. IL, p. 15.

Le] Le)

(614) l’homme , sur les caractères écliptiques de lan, du jour, de l'heure, est inintelligible et plein d'idées fausses et quelquefois absurdes. 3° Ils ne s'entendent pas eux-mêmes sur ce qu'ils disent des nombres. Par exemple, ils remarquent avec admiration que le nombre 19 est composé de io et de 9, c’est-à-dire du dernier nombre terrestre et du dernier nombre céleste; et ils ne sont pas moins remplis d’admiration en remarquant que 19 est le nombre qui exprime le cycle de 19 ans, où il y a sept intercalations. 4° Ils s'étendent beaucoup sur les nombres du ciel, 1 et 3 ; ils disent que tous les deux représentent le ciel, que 1 comprend 3, et que tout vient de ces deux nombres (1). Je n’ai garde d’ennuyer mes lecteurs par ces observations hors d'œuvre que font les auteurs des Han. Les deux tiers de ce qu’ils appellent Livres et Préceptes d’Astronomie ne sont rien moins que cela. Ils aimaient sans doute à écrire et à faire voir de l’érudition; mais assurément leur genre d’'érudition, en fait d'astronomie, ne saurait être du goût des astronomes d'Europe. » L’an 85 de J. C. voit paraitre le livre Sse-/fen,

les quatre parties. On avait toujours rapporté le

(1) Voy. plus haut, pag. 602.

(: Ga.)

mouvement des astres à l'équateur (1), on commence à le déterminer selon l’écliptique; on reconnait l’imperfection du cycle de 19 ans, et on lui substitue une période de 76 ans, composée de 4 cycles de 19 ans; c’est tout simplement la période Calippique, composée de quatre ennéadécaétérides de Méton; et ce qui est fort curieux, c’est qu’à la Chine, comme en Grèce, on maintient l’intervalle de plus d’un siècle qui sépare l'invention première et la correction.

Une fois en possession de cette nouvelle méthode, les Chinois, qui l’expriment par le caractère Pou (2), se jettent encore dans des espaces imaginaires ; de 20 pou ils font une période de 1520 ans, appelée K, et detrois 4: une période de 4560 années solaires, qu’ils nomment Yuen, supposant que cet intervalle de temps ramène la conjonction au même point du ciel, au même moment du jour de lan solaire, au même jour du cycle de 6o jours et à la même année du cycle de 60 années. Avec ces données, l'historien Pan-Kou dresse une table de solstices (3) qui de l’année 47 remonte à l’année 1111 avant Jésus-Christ, en suivant tou-

jours la progression de 76 en 76, et c'est de cette

(x) Souciet, Obs., t. II, p. 5.

(2) Id. p. 22. |

table apocryphe que l’on conclut la réalité du célébre solstice de Tchéou-kong (1); mais le travail de Pan-Kou prouve uniquement qu’on ne savait à cette époque ni observer ni calculer juste le moment du solstice, puisque tout repose sur un système erroné (2). On construisait de la même manière six calendriers mal digérés, dont le premier était attribué à l’empereur Hoang-ti, mort vers 2686 avant Jésus-Christ, et bientôt après on en déniait l'authenticité (3).

En 164, les ambassadeurs de Marc-Aurèle parviennent à la Chine, et, cette même année, on construit des armilles, une sphère, un globe céleste, et un livre qui explique l’usage de tous ces instruments. Déjà l’an 99 on avait présenté à l'empereur un placet pour le prier de faire faire des instruments propres à observer et à représenter les mouvements des astres selon lécliptique; il est évident que jusque-là on n'avait considéré que l’équateur. L’écliptique était une importation grecque, et l’on ne voit pas que le mouvement de précession fût alors soupçonné par les Chinois : ce n’est qu'à la fin du troisième

siècle qu'il en est question pour la premiére

Fe

(1) Voy. plus haut, pag. 579.

(2) Souciet, Observ., t. II, p.37; Laplace, t. VI, p. 627. (3) Souciet, Obs., t. IT, p. 30.

fois (1), en l’année 440 l’astronome Hoching- Tien enseignait que les étoiles s’avancent d’un degré en cent ans (2); c'est la détermination d’Hipparque rapportée par Ptolémée, qui n’avait pas su tirer parti des éléments placés sous ses yeux (3). — Vers 460, on reconnait que l'étoile polaire tourne comme les autres d’orient en occident (4); mais dans les catalogues on n'assigne encore aux étoiles ni latitude ni déclinaison (5).

Enfin , il ne se trouve d'équations additives et soustractives pour la lune que vers le troisième siècle de notre ére(6); et cette date seule ne permet pas de supposer que la méthode chaldéenne, décrite par Géminus, ait pu parvenir à la Chine sans l'intermédiaire des livres grecs; c'eût été, cependant, un argument qu'on aurait pu faire valoir en faveur de l’opinion que nous avons combattue (7), et il ne paraîtra pas inutile de revenir une dernière fois sur ce sujet.

Pour bien comprendre, en effet, la marche et

les progrès de l'astronomie dans lPantiquité, il

( 618 ) faut spécifier exactement ce qui revient à chaque peuple, à chaque époque, à chaque inventeur; quelles ont été les relations, les rapports des diverses familles asiatiques; quelle influence les Orientaux ont exercée surle développement intellectuel de l'Occident, et par quelle réaction ils se sont trouvés, plus tard , tributaires de ceux-là même qu'ils avaient initiés à leurs propres connaissances (1). Les Chaldéens ont, sans contredit, leur part dans les travaux scientifiques des Grecs, et les débris de leur astronomie, que nous avons rapidement signalés, prouvent que cette astronomie avait quelque valeur; on doit pourtant distinguer, comme l’a fait M. Letronne (2); tout ce qui peut s'appliquer, sans aucun soupçon d'équivoque, aux Chaldéens de Babylone, et plusieurs notions répandues par des astrologues , mème grecs, appelés Chaldéens où Égyptiens, selon le genre de divination auquel ils se livraient. Cest ainsi que Sextus Empiricus, en rapportant aux Chaldéens la division du zodiaque par la clep-

sydre (3), ne veut rien dire autre chose, sinon

(1) Voy. ma lettre à MM. les membres du Bureau des longitudes, 1834, p. 3 et suiv..

(2) Sur l’origine du zodiaque grec et sur plusieurs points de l'astronomie et de la chronologie des Chaldéens, pag. 16, extr. du Journal des savants, 1839.

(3) Voy. plus haut, pag. 494, et notre mémoire sur les ins:

sruments astronomiques des Arabes, p. 10.

( 619 ) que les astrologues employaient ce moyen (sans doute ancien, puisqu'on peut prouver qu'Eudoxe la connu) de mesurer l'ascension des parties du zodiaque (1). On continuait à s'en servir concurremment avec la Droptra d'Hipparque, du temps de Ptolémée, de Proclus et de Théon (2). On sait d’ailleurs que trois des observations rapportées par Ptolémée (3) n'ont point été faites à Babylone, mais bien à Alexandrie ; le xarx XaXdaiouc de Ptolémée s'applique tout simplement à une ère particulière suivie par les Chaldéens (4). Il est vrai de dire que les dix observations d’éclipses citées dans l’Almageste, d'après Hipparque , comme ayant été faites à Babylone, év Baburüw rernpnuéva, entre les années 720 et 382 avant l'ère chrétienne, indiquent une suite de travaux astronomiques qui pourraient presque justifier le fameux passage de Simplicius, et elles conduisent naturellement à rechercher si l’exélisme de Géminus et le saros de Suidas, que Laplace (5) considère comme le monument le plus curieux avant l’école d'Alexandrie, sont bien véritablement d’origine chaldéenne.

(1) Letronne, l. c., P. 16.

(2) Ideler, Ueber die Chaldaër, tr. Halma, p. 166 et 167. ) Alm. IX, c. 3.

(3 (4) Hetronne, 1. c., p. 53 ets.

(5) Œuvres complètes, t. VI, p. 617.

L'exéligme, dit Géminus (1), est le temps le plus court qui ramène les mois entiers, les jours entiers et les révolutions entières ; il comprend 669 mois entiers, 19756 jours, et dans ce temps la lune fait 717 révolutions d'anomalie, 723 zodiaques auxquels on ajoute 32°. ÉÉeuyuds éGTt xeÔvos ÉkdyioTos meptéywv OXAouc LAvas Hat Ohas ALÉpAG xA OÂNG ÉTOLATAGTAGEL TG GEÂVNE . . .. TAPATETAPNzou DË 6 ééehrymidc TERLÉYUWY OÀOUS LAVAG EN ALLÉpas dE vs’. Le saros était une période sous-triple de l’exéligme, composé de 6585 jours + ou de 223 mois lunaires ; Suidas, à la vérité (2), ne fait le saros que de 222 mois (3); Zpor mérpov nai apul- LLÈS Tapa Xaïdaiouc * où Y&e px" GAo0L TOUL ÉVIAUTOUS Box" xarà Tv Xadaiwv Yipov, rep 6 cépos moi %- Vac GEXNYIAXÈV 6x6 oior YiVOv Ta un ÉVLŒUTOL KG AVES € (Sari mensura et numerus apud Chaldatos.

Etenim 120 sari constituunt annos 2222 Juxta Chaldæorum calculum ; nempe saros constat ex 222 mensibus lunaribus, qui sunt 18 anui cum sex mensibus (4). Pline, en parlant de la période des éclipses (5), écrit 222; mais Halley (6) pro-

1) Uranologion de Pétau, p. 6x.

2) Weiïdler, Historia astronomiæ, p. 44.

4) Voy. Bailly, 4stron. anc., p. 297, sur les 2222 ans.

(OR) pose de lire dans le passage de Suidas 6xy, 223, ce qui autorise l’assertion de Laplace (x). Bailly (2) fait au reste remarquer, d’après Fréret, que les Chaldéens pouvaient avoir deux périodes appelées sares, Vune astronomique de 223 mois, l’autre civile de 222 mois, ce qui accorderait les deux lecons (3). Le saros, que Fréret (4) fait venir de SAR OU SCHAR, restitulio, retour, etc., et M. Ideler (5) de sahara, lune, contenait dix neres de 1097 jours 14 heures, et le nere contenait dix sosses de 109 jours 15 heures 12 minutes. Ces divisions font voir, selon Fréret, que le saros et ses parties étaient des périodes astronomiques d’un usage réel dans la pratique; et les passages que nous avons rapportés n’altèrent en rien les conclusions de M. Letronne (6), qui, repoussant l'existence d’une double année lunaire et civile, solaire et astronomique , établit qu’il n’y avait chez les Chaldéens qu’une seule année, etque cette année était solaire. On peut dire seulement que les

astronomes de Babylone n'avaient pu découvrir

(1) OEuvres completes, t. VI, p. 617.

(2) L. laud.

(3) Fréret, Chronologie de Newton, tom. IX de ses Œuvres complètes, p. 31 et Suiv.

OM ud.; p. 166.

(6) Sur l'origine du zodiaque grec, p. 41

que par une longue suite d'observations cette période de 6585 jours +, pendant laquelle la lune fait 223 révolutions à l'égard du soleil, 239 révolutions anomalistiques et 241 révolutions par rapport à ses nœuds. Ils ajoutaient 10° 40’ ou de la circonférence pour avoir le mouvement sidéral du soleil dans cet intervalle, ce qui suppose l’année sidérale de 365 jours + (1). Ptolémée, en mentionnant cette période, l’attribue aux plus anciens mathématiciens, et Delambre s'appuie sur ce passage (2) pour révoquer en doute l’origine chaldéenne de l'exélisme. Il regrette que Ptolémée ne nous ait pas dit comment on avait trouvé les 10° 40° que le soleil a décrits de plus que ses 18 circonférences par rapport aux étoiles,

Mais le saros (période sous-triple de l’exéligme) COMPrENAI TA. vn ere te den TER 6585 j. 8 h. env. 1/3. 18 années de 365 j. 1/4.........,...... 6574 12

différence 10° 20

En 10 j. 20 h. le soleil a mouvement tropique 10° 40’ 40”, 2. mouvement sidéral. 10° 40/ 38”, 5.

Ptolémée dit 10° ?, en nombres ronds 10° 40’. Les 38”,5 répondent à un quart d'heure à peu près; l'exactitude est suffisante , et dans les limites du

tiers de jour et des deux tiers de degré; les Chal-

(1) Laplace, I. c., p. 366.

(a) Hist. de l’astron, anc., t. X?, p. 206 et Suiv. A

déens ont donc pu trouver cet excès de 10° 40”,

sinon par une observation immédiate, au moins par une déduction naturelle de la durée de l’année solaire de 365 jours + qui leur était connue. Maintenant, si Ptolémée ne désigne pas nominativement les Chaldéens comme les inventeurs de cette période, Géminus ne laisse pas d'incertitude à cet égard , et les observations de Delambre ne sauraient infirmer son témoignage. Les Chaldéens avaient déterminé le mouvement moyen de la lune qui est de 13° 10° 35”, ce qui s'accorde, à une seconde prés, avec le résultat de nos observations, et ils avaient inventé une méthode ingénieuse pour calculer lanomalie lunaire. Si Géminus emploie quelquefois le mot Xæ&daio dans le sens d’astrologues (1), il n’est pas probable qu'il lui ait donné cette signification en rapportant une période purement astronomique ; et nous avons déjà remarqué (2) combien Delambre le traite sévèrement et souvent sans justice. M. Ideler (3) se prononce en faveur des Chaldéens : « La période de 223 lunaisons une « fois connue leur fit, dit-il, bientôt prévoir une

« éclipse de lune après une autre; ils ne purent

(1) Letronne, Sur l’origine du zodiaque grec, p. 16. (2) Mémoire sur les instruments astronomiques, P. 13. (3) Ueber die Chaldaër, tx. Halma, p. 168.

( 624 ) « pas appliquer aussi immédiatement cette pé- « riode aux éclipses de soleil à cause de la paral- « laxe. » Si l’on s’en rapporte à Diodore de Sicile (1), ils n’ont eu qu’une idée très-imparfaite de ces derniers phénomènes; mais on ne doit point croire qu'ils les aient entièrement négligés , comme Bailly les en accuse dans son Histoire de l'astronomie ancienne. Quant à l’anomalie de la lune, ils supposaient que depuis la plus petite jusqu'à la plus grande vitesse de cet astre, son mouvement angulaire s’accélérait d’un tiers de degré par jour (2) pendant une moitié de la révolution anomälistique, et qu'il se ralentissait de la même manière pendant l’autre moitié; ils se trompaient en regardant comme uniformes des accroissements qui sont proportionnels au cosinus de la distance de la lune à son périgée; toutefois, cette méthode employée pour distribuer les inégalités du mouvement des planètes, et appliquée au mouvement lunaire, conduit à une formule dont l'argument, au lieu d’être, 1l est vrai, proportionnel à une fonction de la distance angulaire, est proportionnel à une fonction du temps, mais dont

la constante est un arc de cercle comme dans les

(2) Géminus, L c. Laplace, OÆuvres complètes, tom. VI, p. 617, note 2.

formules modernes (1). Cette formule comparée à celles qui ont un sinus pour argument, met dans des lieux peu différents les mêmes sousmultiples de la plus grande équation, et peut de même satisfaire à toutes les inégalités, si lon place convenablement les époques ; en supposant que les Chaldéens eussent signalé les mêmes inégalités que nous savons avoir été connues des Grecs, elle pouvait les représenter presque aussi bien que les épicycles de lastronome d'Alexandrie ; fondée sur une considération arithmétique trèsdélicate, cette méthode commode n’exige point de connaissances trigonométriques; elle suffit aux besoins d’une astronomie naissante, et s’étendrait aisément à ceux d'une astronomie plus avancée où l’on aurait séparé les constantes et bien disposé les époques.

Ce qui nest pas moins digne d'attention, comme nous l'avons fait aussi observer, c’est que cette formule très-simple est précisément celle dont se servaient les Chinois lorsque les Européens ont pénétré dans leur empire, ainsi qu’on pent s’en assurer par la décomposition de leurs tables, dont personne ne s’est occupé jusqu’à pré: sent.

(1) Voy. notre Mémotrre sur les instruments astronomiques

des Arabes, p. 11.

Le père Gaubil, dans son Traité déjà cité (1), expose, au moyen des tables de l’anomalie, quelle à été la méthode chinoise sur les équations de la Ilnne; dans la table trentedeuxième, l’anomalie est divisée en deux parties égales ; la première s'appelle #57, la seconde tchr; la première partie du #5 est fsou-tst, et la dernière {si-rn0. De même, la première partie du tchi est tsou-tchi, et la dernière {chi-mo. Dans le ist les équations sont additives, et dans le #cAi les équations sont soustractives. La plus grande équation se trouve au milieu du #57 et au milieu du chi (2). |

« Depuis le #5? jusqu'au {chi , la lune monte «toujours, et, au moment qui commence le 4chë, « c’est le temps que la lune est dans le plus haut « de son ciel. Depuis le ch: jusqu'au #si, la lune « va toujours en baïissant, et le point le plus bas « est lorsqu'elle est au moment qui commence «le 15. Le temps où la lune va le plus lente- « ment est près du #57, et elle va plus vite près « du £chu. »

Le père Gaubil dit que la table qu’il donne est prise de l’astronomie de Cobilay (Kublai-khan),

(1) Souciet, t. IT, p. 13r et suiv.

(a) Zd., id,, p. 14x.

ce qui impliquerait un emprunt fait à l’astronomie arabe; et en effet, on peut voir dans les manuscrits que nous possédons, et notamment dans le Ms. Ar. n° 1141, anc. fonds, une méthode analogue appliquée aux inégalités lunaires; mais il ajoute que dès la fin des Han, les Chinois connaissaient l’anomalie de la lune, et employaient à peu près les mêmes équations que du temps de Cobilay, additives dans le #57 et soustractives dans le tchi; il dit aussi (1) « que Tiéou-hong est le « premier Chinois qu'on sache avoir première- « ment déterminé les équations additives et sous- « tractives pour connaitre le vrai mouvement de « la lune, et qu'il publia sa table l'an 206 après « Jésus-Christ. »

Nous voici donc ramenés, tout naturellement, à la question de savoir, si les Chinois ont emprunté leur doctrine, soit des Chaldéens, soit des Grecs; si la science chaldéenne ne se serait pas conservée dans l'Inde et dans l'Asie orientale, parallélement aux travaux de l’École d'Alexandrie, et s’il ne faudrait pas établir une distinction bien tranchée entre ces deux sources, également précieuses, des anciennes connaissances astronomi-

ques. Nous n’insisterons pas sur les arguments que

(1) Pag. 133.

( 628 ) nous avons fait valoir contre cette hypothese (1); et nous n'ajouterons qu'une seule considération basée sur un rapprochement chronologique. Au temps d’Hipparque et de Géminus, c'est-à-dire un siècle avant l’ere chrétienne, les Grecs étaient en possession des débris de la science chaldéenne; à l’époque où florissait Ptolémée, ils transmettaient aux Indiens leur zodiaque et leurs principales découvertes; mis, par leurs conquêtes et leurs voyages d'exploration , en rapport avec la Chine, ils communiquaient à ses habitants des notions, plus justes et plus précises, sur l’ensemble des phénomènes célestes : comment les astronomes du céleste empire auraient-ils attendu jusque-là, pour faire mention d'une méthode exposée dans les livres grecs, et qu'ils auraient reçue dès la plus haute antiquité? Ce serait d’autant plus extraordinaire, que les Chinois ne se font pas faute des suppositions les plus singulières, lorsqu'il s’agit d’une priorité à revendiquer; à l'exemple des Hindous qui font descendre l’4/mageste de leurs anciens livres, ils veulent que Ptolémée ait eu son astronomie (2) de leurs an-

cêtres, et ils justifient fort mal cette prétention,

ainsi qu'on a pu Île voir.

(1) Voy. plus haut, p. 492 et suiv.

(2) Lettres édifiantes, t. XL, p. 73.

Mais enfin les voilà, au cinquième et au sixième siècle de l'ère chrétienne, au milieu de lumières nouvelles ; ils se sont approprié quelques-unes des découvertes de l’école d'Alexandrie, ils ont depuis un temps immémortal les procédés d'observation , dont nous faisons nous-mêmes usage aujourd’hui; ils vont, sans doute, donner une impulsion remarquable à l’étude et aux progrès de l’astronomie?

Quel mécompte!le tribunal des mathématiques, dont on fait sonner le nom si haut quand on parle des sciences chez les Chinois, et qui n’àvait pas encore su, en 266, aller au delà du triangle rectiligne rectangle (1), continue d'inventer des périodes qui ne servent qu'à déguiser son impuissance (2); chargé de prédire certains phénomènes, les éclipses, les tremblements de terre, qui le croirait ? le tribunal, composé des hommes les plus instruits du céleste empire, attribue ces accidents aux actions bonnes ou mauvaises des princes, qui modifient les mouvements célestes, et bouleversent la terre (3). — Une éclipse de soleil, annoncée pour l’année 729, n'ayant pas eu lieu, on prétendit que le ciel avait changé les

(1) Souciet, Obs., t. II, p. 60.

(2) Zd., p. bo, 54, 56, 61, 63, 64, 72, 88, etc. (3) Jd., p. 32 et 33.

( 630 ) lois ordinaires des révolutions sidérales (7). — Au reste, si lon voit régner la confusion dans les traités d'astronomie qu’on rapporte à chaque dynastie, c’est qu’au lieu de comparer les observations aux calculs, et de chercher à réformer ce qu'il y a de défectueux dans les méthodes antérieures , les Chinois adoptent constamment de nouvelles règles et de nouvelles périodes aussi défectueuses les unes que les autres (2), et ils rendent ainsi tout progrès impossible; leurs annales nous font connaître, à l’époque que nous avons atteinte, un grand nombre d'observations, qui laissent toutes quelque chose à désirer; ici, ce: sont des ombres méridiennes du gnomon inexactes (3), là des solstices faux (4), ou des équinoxes mal placés (5), plus loin des déterminations sans valeur réelle de la précession et de la latitude de la lune (6), ou des éclipses mal calculées (7); et l’on en vient presque toujours à

cette conclusion, que les meilleurs travaux ont

} Souciet, Observ., t. IL, p. 86.

) Id., p. 70.

) Zd., p. 54 et 65.

) Id., p. 52, 62, 72.

) Id., p. bo.

) Id., p. 52, 55, 56, 6x.

| 4d:,p: 55, 65, 72,73, etc.

(657.1) été perdus (1); cest la dernière ressource des compilateurs aux abois.

Nous remarquerons qu'au temps où les Arabes commencerent à se livrer à l’étude des sciences, vers la fin du huitième siècle de notre ère, les Chinois suivaient encore les méthodes des astronomes Lieou-Hiuen (Tcheou-Hiuen) et Y-Hang, qui florissaient vers 600 et 720 de J. C. Un missionnaire donne à entendre que Lieou-Hiuen pourrait bien être un Musulman ou un Arabe (2). Serait-il donc possible que la chronologie chiuoise donnât prise à de si étranges hypothèses? Nous ne l’admettons pas, et nous préférons rattacher le dernier effort des astronomes chinois à l'influence des Nestoriens arrivés avec Olopen dans les premières années du septième siècle (3).

L'an 721, une éclipse calculée selon les règles de ce temps-là s'étant trouvée fausse, l'empereur fit venir à la cour un fameux bonze chinois, de la secte de Fo, que nous nommons Y-hang. Ce bonze composa un ouvrage intitulé Za-yen (la grande abondance) (4), et ne se montra pas, en

(1) Souciet, Observ., t. IT, p. 9, 87, etc.

(2) Zd., p. 65, 132, et plus haut p. 485.

(3) Souciet, Observ., t. IT, p. 71, 733 voy. aussi p, 56 ct 67, ce qu'il dit de Tamo et de saint Thomas,

(4) Id, p. 74 et gr. Le Ta-yen est un des nombres de Confucius : 50, et dans l'usage 49.

(6328 définitive, beaucoup plus habile que ses devanciers; il se trompa pour les éclipses de 725 et 729 (1), calcula mal celle du Chou-king (2), fit la précession d’un degré en quatre-vingt-trois ans (3), donna une mauvaise détermination du solstice (4), et supposa une occultation de Sirius par Vénus, qui rappelle le voyage fantastique de la planète Mars (5) raconté par Gaubil.

Suivant les anciens errements, Y-hang adopta l’époque du Chang-yuen, qu'il fixa, en 724, à 97 millions d'années solaires environ (6); ajoutez à cela, qu’en cherchant les propriétés du fameux nombre Ta-yen (7), il amalgama, pour en venir à bout, « divisions, multiplications, additions, soustractions des nombres terrestres , nombre des deux solstices, des deux équinoxes , nombre des 24 tsieki, des 28 constellations, nombre des 6 lignes qui composent les koua, nombre des quatre saisons, quatre siang, ou quatre images, nombre des 8 koua, » etc.{8),et il acquit une très-haute répu-

Souciet, Obs., t. II, p. 86.

(7) Voy. ci-dessus, p. 602 et 631.

(8) Soucict, Obs., t. IL, or.

(+659) tation par ces obscures divagations, que personne, et lui-même tout le premier, ne pouvait comprendre, mais qui étaient du gout de ses contemporains.

Il faut pourtant reconnaitre qu’Y-hang aurait des droits à notre reconnaissance, si, comme on le prétend, il avait multiplié à l'infini les observations; on dit qu’il examina les mouvements des cinq planètes, et particulièrement ceux de Jupiter (1); qu'il envoya deux bandes de mathématiciens (2), l’une au nord, l’autre au midi, pour prendre, en différents lieux, la hauteur méridienne du soleil par le gnomon de 8 pieds , et déterminer la distance des lieux; qu’il signala, pour la première fois, l'existence de Canope et des étoiles voisines du pôle sud (3); qu’il fit faire enfin des instruments (4), une horloge (5) qu’on pourrait comparer à celle que le khalife Haroun-ai- Raschid offrit à Charlemagne, et qu'il dressa un catalogue d'étoiles avec l'indication des latitudes et des déclinaisons (6); malheureusement, Gau-

bil ajoute qu'il n’a jamais pu trouver la partie

Ad D. 70.

( 654 ) du traité d’Y-hang, où ces divers faits devaient être exposés (1).

Ici s'arrête la première période de l’histoire de l'astronomie moderne chez les Chinois; le mathématicien Ku-tan affirma, il est vrai, qu’Yhang n’avait fait que rr7arquer la méthode d’une astronomie d'Occident, appelée Xïeou-tche, dont il donna lui-même la traduction (2). Mais Kutan était un étranger (3); on décida qu'il avait tort, et jusqu’à la fin de la dynastie des Tang les écrits d’Y-hang régnèrent sans partage (4).

On voit, par ce qui précède, que les Chinois, à l'époque où nous sommes parvenus, se doutaient à peine qu'il y eùt une science astronomique ; prenant, pour base de leurs calculs, d'anciens calendriers fondés sur de faux éléments, ils s’inquiétaient peu de rechercher la vérité, et s’imaginaient qu’en inventant de longues périodes, ils réussiraient à dissimuler les erreurs dont la cause leur échappait.

Au lieu de faire de bonnes observations, d’en déduire des conséquences mathématiques, et d'apporter d’utiles corrections aux- méthodes de

(1) Souciet, Observ., t. II, p. 87, 84, 85. (2) Zd., p. 89 et 124, et plus haut, p. 60g.

(3) Souciet, Observ., t. IT, p. 89.

(4) Zd., p. 94 et 96.

leurs devanciers, les prétendus astronomes du céleste empire voulaient que tout füt soumis à des règles variables; persuadés que les lois qui président au cours des astres étaient, à chaque instant, modifiées par les actions des princes, ils ne recherchaient jamais cette précision dont se préoccupe, avant tout, un praticien éclairé; et le vague de leurs explications pouvait autoriser les interprétations les plus diverses (1).

Les annales chinoises, comme les chroniques de tous les peuples, signalent les phénomènes qui ont surpris ou effrayé les hommes; on a noté, en parcourant ces annales, un assez grand nombre de météores ou de comètes décrits avec quelque soin, et l’on a même pu composer une liste d’éclipses qui remontent, chose singulière, à Van 976 av. J. C., c'est-à-dire , à la première année des olympiades grecques ; mais, lorsqu'il s’agit de rattacher à ces observations une intention scientifique, on reconnaît que l’idée n’en est pas même venue aux Chinois. Ils ont, ilest vrai, emprunté aux Occidentaux certaines hypothèses, mais sans les comprendre, ou du moins sans songer jamais

à en tirer parti; leur persistance dans l'usage du

(1) On se souvient de la comète de 1301, calculée par M. Laugier; le même mot signifiait marcher vers, et ressembler a.

( 636 ) Chang-yuen, et dans l’interprétation des nombres de Confucius, en est la meilleure preuve; éclairés, à de longs intervalles, de quelques rayons du génie grec, ils ont paru briller, par moments, d’une lumière inaccoutumée, pour retomber, bientôt après, dans leur obscurité et leur ignorance premieres; et ce fait, que nous avons eu déjà l’occasion de constater si souvent, va se reproduire encore pendant toute la durée de école arabe; c’est ce que la derniere partie de ce mé-

moire démontrera clairement.

B. SECONDE PÉRIODE. De 775 à 1460 ap. J. C. — Influence arabe.

Vers la fin du huitième siècle de notre ere, les khalifes de Bagdad encouragent les sciences, et leur donnent une impulsion nouvelle. Les livres grecs sont traduits, et jusqu’en 1030 une série de travaux, non interrompus, enrichit d’importantes découvertes le domaine de l’astronomie. Lorsque les Ghaznévides et les Turks seldjoukides fondent en Asie leurs vastes empires, l'Égypte devient un instant le centre du grand mouvement scientifique de l'Orient; mais mi les révolutions politiques qui se succèdent parmi les

dynasties musulmanes, ni les croisades, avec leur

(657 ) funèbre cortége, ne semblent porter atteinte à la civilisation arabe; les conquérants Mongols, en s'emparant de Bagdad, lan 1258 de notre ère, trouvent encore, dans cette capitale, des hommes d’un savoir éminent, et à leur tête parait le célèbre Nassir-eddin-Thousi (1).

Pendant cet intervalle de plusieurs siècles , les Arabes n’ont pas cessé d’être en rapport avec les Chinois (2); maitres de la Perse en 655, de la Transoxiane en 707, ils ont envahi, de bonne heure, au nord de l’Asie, les territoires possédés par les empereurs de la dynastie des Tang; de hardis navigateurs ont porté à l'extrémité de l'Orient, par les mers du sud, le nom de Mahomet et la gloire de ses successeurs; et tous les récits des voyageurs s'accordent à placer, sous le point de vue scientifique , les habitants du céleste empire, fort audessous des Indiens (3). Ce jugement serait, au besoin, confirmé par les historiens chinois euxmêmes. C’est à peine si, sous les Tang, qui règnent jusqu’au commencement du dixième siècle, les idées arabes ont pénétré au cœur de l'empire. Gaubil nous dit, en fort mauvais style, que les

(1) Voyez notre Mémoire sur les instrum. astronomiques des Arabes, p. 191, et nos Prolégoménes d'Oloug-Beg, p. xcvir.

(2) Souciet, Obs., t. II, p. 96.

(3) Voyez plus haut, pag. 547.

ouvrages de ce temps-là ne ressentent point le chinois (1); mais la seule innovation qu'il ait à enregistrer, c’est l’emploi, en l’année 892, d’un premier méridien, pour calculer la distance en longitude des lieux terrestres : les Chinois se seraient-ils donc occupés si tardivement de géographie mathématique?

Après les Tang, cinq petites dynasties apparaissent sur le trône (de 907 à 960); puis les Song s'emparent de l'autorité suprême, et la conservent pendant trois cents ans (2); plusieurs princes de cette famille se montrent très-zélés pour l’astronomie. En 1022, Gin-Tsong fait construire des instruments, et l’on observe l'étoile polaire, les distances des constellations, l'ombre méridienne, etc. (3); en 1100 et en 1179, de nouveaux travaux sont ordonnés (4); mais ces travaux, s'ils sont réels, ne donnent lieu à aucune détermination de quelque valeur; tous les principes sont confondus; seize réformes du calendrier ont successivement lieu (5), sans que les Song puissent obtenir un résultat satisfaisant. Les Chinois

Id., p. 102.

sont moins avancés, au dire de leurs historiens, qu’au temps de la dynastie des Tang (r), et les erreurs des commentateurs (2) ont seules donné créance à l'opinion contraire. Lorsque Gengiskhan (Tchinghiz-khan) , à la tête des Mongols, se rend maître de la plus grande partie de l’Asie, il attire à sa cour un prince illustre, Yelu-Tchou- Tsay, versé dans l'astronomie, et auteur d’un calendrier (3). Mais Yelu-Tchou-Tsay soutient mal sa réputation, et se trompe sur le calcul d'une éclipse de lune; à la suite de conférences avec des mathématiciens de l'Occident, il est obligé de reconnaître leur supériorité (4), et compose un ouvrage appelé Ma-ta-pa, dans lequel il expose les idées qu'il a puisées chez ces étrangers. Les divers écrits que l’on a conservés de ce ministre astronome n'inspirent pas, à nos missionnaires, beaucoup de confiance; aussi laisse-t-on supposer, comme à l’ordinaire, que ce qu'il avait fait de meilleur a été perdu (5).

(1) Souciet, Obsere., t. IL, p. 97.

(2) Zd,, p. 103.

(3) Id., pag. 105; et tom. III, p. g6. On croit qu’Yelu- Tchou-Tsay faisait l’année solaire de 365 jours 3635. C’etait un prince chinois d’une ancienne dynastie; il se mit au service des Tartares, et fut ministre de Gengis-khan et d’Octai, dont il a écrit l’histoire; il était aussi leur astronome. | |

(4) Zd., p. 106.— (5) Id.

Nous touchons cependant à une époque de rénovation et de splendeur, qui rompt fort à propos la monotonie des annales chinoises; les successeurs de Gengis-khan protégent les sciences et semblent répudier les mœurs barbares de leurs ancêtres. Houlagou et Kublaï, petits-fils du conquérant, objets de sa constante prédilection, sont élevés sous l'influence des idées et de la civilisation arabe; et lorsqu'appelés à régner, ils ont encore étendu les frontières de l’empire mongol, le premier par linvasion de la Perse et la prise de Bagdad en 1258, le second par la soumission définitive de la Chine, ces princes qui, depuis l'océan Pacifique jusqu'au golfe de Finlande, commandent à tant de nations, s’attachent à faire fleurir dans leurs États les lettres et les arts. Houlagou, en fondant l'observatoire de Méragah (1), fournit à Nassir-eddin- Thousi les moyens de faire de nouvelles observations, de perfectionner les tables astronomiques d'Ebn-Jounis chef de l’école égyptienne au dixième siècle. Kublai accueille avec faveur Gemal-eddin (2), et les traités arabes, traduits en chinois, permettent à l’astronome Co-chéou-king,

chargé de présider le tribunal des mathémati-

(1) Voyez nos Prolégoméènes d'Oloug-Beg, p. xavaux. (2) Souciet , Obs., t. IT, p. 129.

(64r ) ques; de communiquer à sa patrie des connaissances auxquelles elle n’eüt point dû rester si longtemps étrangere.

Nous avons déjà fait remarquer combien certaines dénominations arabes ou persanes, se trouvaient défigurées dans les livres chinois; le Tchouatou ha-la-ki (SN LS Tchouatou tchopa- (AY (ya «215, etc.(r1). Il en était de même des mois de l’année Djélaléenne (2) :

Faeulhaneultin, pour Ferwerdin.

Haeultipihichi, Ardbihischt.

HϾeulta, Khordad.

Tieul , Tir.

Moueulta , Mordad.

Chaaliehanaeul, Schahrir.

Lieheeul, Mihr.

Hapan, Aban.

Hatsaeul , Azer.

Ta-ye, De.

Pahaman, Bahmen.

Isephantaeulma, Isfendarmudz.

Les noms d'hommes ne sont pas mieux traités(3).

(x) Voyez plus haut pag. 485, et notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, p. 199.

(2) Sonciet, Obs., tom. IT, pag. 133, et nos Prolégoménes d’Oloug-Beg , p. xevi, et 25.

(3) Zd,, p. 107, 129, 132.

( 642 ) Houppi-lie, au lieu de Kublaï.

Holoyu, Houlagou.

Tsa-ma-lou-tin, Gemal-eddin.

Ce sont des transformations analogues à celles que nous avons signalées dans les traités d’astronomie indienne (1); mais, à côté de ces altérations, dont l’origine ne peut laisser le moindre doute, on se trouve sur la trace d'emprunts d’une bien autre importance.

Co-chéou-king est le premier Chinois qui ait étudié la trigonométrie sphérique (2); on savait, en général, avant lui, la proportion de la circonférence au diamètre, comme de 3 à 1; on calculait les triangles rectilignes rectangles et les obliquangles , en les réduisant aux triangles rectangles; là se bornaient les connaissances des Chinois en mathématiques, et Co-chéou-king devait puiser dans les traités arabes les nouvelles méthodes dont il fit l’application. Ayant trouvé les instruments de ses devanciers défectueux de 4 et 5 degrés (3), 1l en construisit d’autres sur le modèle de ceux que Nassir-eddin avait placés dans l'observatoire de Méragah; il se servit de

gnomons de 40 pieds, dont l’idée lui était sug-

(x) Voy. plus haut, p. 5or.

(2) Souciet, Obs., t. IT, p. 114, 115.

(3) Zd., p. 108.

gérée peut-être par le sextant d’Alchogandi (1). On lui attribue également un instrument revêtu d’un tube et de deux fils, avec lequel il déterminait, aux minutes prés, la distance des planètes et des étoiles; c'était l’armille que nous avons déjà décrite (2). Nous en dirons autant du gnomon à plaque percée d’un petit trou, qui rappelle celui d'Ebn-Jounis. A l'exemple de l’astronome arabe, Co-chéou-king avertit « qu'il faut avoir « égard au bord inférieur et supérieur du soleil, «et que la longueur de lombre doit être prise «jusqu’au centre de l’image solaire (3). »

Ce n'est pas tout; Co-chéou-king, abandonnant la routine qui, pendant si longtemps, avait lié les Chinois à leurs périodes imaginaires, supprima l’époque feinte du Chang-yuen (4), et y substitua une époque réelle, le solstice d’hiver de 1280, qu'il observa lui-même à Pékin, avec le plus grand soin, au 14 décembre, 1 h. 26 24” après minuit. C’est à ce solstice que commence l'année sén-se où sin-isu, et sen-siz Le la 18e

du cycle sexagénaire, dont nous avons parlé dans

(1) Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, pag. 199 et suiv.

(2) Zd., pag. 114, 197 et 198.

(3) Souciet, Obs., t. IT, p. 112.

(4) Id., ibid., p. 106 à 109.

TE

nos Prolégomènes d'Oloug-Beg (1). Co-chéou-king détermina d’autres solstices (2); il plaça à Pékin le premier méridien (3); il envoya des mathématiciens en divers lieux, pour prendre la hauteur du pôle, qu’il jugeait éloigné d’environ 3 degrés de la polaire (4); il fit l’obliquité de 23° 33° 40" 17 à 18” (b); il supposa la précession d’un degré en 67 ans (6), et réduisit l’année solaire à 365 ]. 2425 (7). C'était encore un emprunt fait à l’Arabe Ebn-Jounis, qui supposait l’année de 365 j. 2422 1/2 ; Co-chéou-king savait que la sienne était un peu plus longue que celle qui lui était communiquée, mais elle lui donnait une intercalation commode de 97 jours en 400 ans; au reste, cette année de 365 j. 2425 ne paraît pas avoir été adoptée à la Chine, puisque 160 ans plus tard, Oloug-Beg se contente de reproduire les chiffres fournis par Nassir-eddin (365 j. 2436) (8).

Co-chéou-king, en s’éclairant des travaux des

(1) Page 42 du texte.

(2) Souciet, Obs.,t. II, p. 108.

(3) Zd., p. 107.

(4) Zd., p. 109 et 113.

(b) Id., p. 112.

(6) Zd., p. 188.

(7) Voy. nos Prolégomènes d’Oloug-Beg, p. 34 du texte, et Journal des Savants, 1840, p. 77.

(8) Voy. nos Prolégoméenes d'Oloug-Beg, p. 34 du texte.

Arabes, et en traçant les règles d’une astronomie que les Chinois placent fort au-dessus de tout ce qu'ils avaient appris jusque-là (1), ne sut pas toujours éviter les erreurs si communes à ses devanciers; il calcula mal des éclipses de soleil (2), et donna des latitudes inexactes (3); ses catalogues des étoiles et des longitudes terrestres n’ont pas été retrouvés (4), mais tout fait présumer qu’ils étaient une reproduction des tables arabes. Il observa, si nous nous en rapportons à Gaubil, les XX VIII constellations selon l'équateur et selon le zodiaque (5); mais il connaissait alors les XX VIII mansions lunaires des Arabes, et s’il eût remarqué des différences radicales entre ces mansions et les étoiles déterminatrices des astérismes chinois, il n'aurait pas manqué de le dire : comment, d’ailleurs, aurait-il échappé au dilemme que nous avons posé plus haut (6)? Il faut donc accepter encore sur ce point nos conclusions (7), et reconnaître que les tables de Co-chéou-king étaient calquées sur celles des Arabes.

) 4) Id., ibid., p. 106.

D 14 PRE, p.106: et 107.

6) Pag. 486 et 487.

7) Voy. ci-dessus, p. 542-545 et suiv.

Il est à regretter que nos missionnaires ne nous aient pas fourni des renseignements plus complets sur les travaux astronomiques entrepris à la Chine en ce temps-là. Ils se bornent à nous apprendre que Co-chéou-king travailla soixante-dix ans, et qu'il n'eut point de successeur.

C'est à peine:si, vers la fin du quatorzième siècle, on peut, en effet, mentionner quelques nouveaux efforts tentés par l’empereur Hong-vou, fondateur des Ming (1368), pour relever le #zbunal des mathématiques (1); la science était entièrement délaissée. Toutefois astronomie arabe n'avait pas cessé d’être en honneur à l’arrivée des missionnaires jésuites (1583); et en 1703, l’empereur Cam-hi ordonnait encore la comparaison de l'astronomie européenne avec celle: des mahormétans chinois (2); mais il faut dire que depuis Co-chéou-king on n'avait fait aucune observation de quelque intérêt, et qu'on ne savait pas mieux calculer une éclipse qu'auparavant.

L’astronomie moderne allait se répandre dans le céleste empire, et modifier profondément les idées reçues; l’histoire de cette nouvelle période est connue; notre tâche est finie.

(1) Souciet, Obs., t. IE, p. 116.

Des faits que nous avons exposés, il résulte clairement qu'il n’y a jamais eu d'astronomie chinoise proprement dite; des traditions confuses, des textes d’une origine suspecte, ont pu donner lieu à des assertions équivoques, à des hypothèses plus ou moins ingénieuses : il n’y à là rien de ce qui constitue une scrence.

Les Chinois, imbus de rêveries superstitieuses, ne considérant le ciel que comme un vaste miroir où venait se refléter l’image de leur gouvernement, ne songeaient pas à remonter aux causes des mouvements des astres et à déterminer avec précision les lois de ces mouvements; s'il est vrai qu'ils aient eu des procédés d'observation qui sembleraient être exclusivement du domaine de l’école actuelle, ils n’en ont pas su profiter, et sont restés dans une ignorance complète des phénomènes relatifs à la constitution de l’univers.

Les anciennes observations qu’on leur attribue ne présentent aucun caractère d'authenticité, et l’on intervertit l’ordre des temps, quand on suppose qu'ils faisaient usage, à une époque reculée, de la période de 19 années solaires correspondant à deux cent trente-cinq lunaisons, période exactement la méme que, plus de seize siècles après,

Calippe aurait introduite dans le calendrier des

Grecs (1). Les Chinois n’ont possédé des notions d'astronomie positive que longtemps après la fondation de l’école d'Alexandrie, et ils ont emprunté à cette école, et plus tard aux écoles de Bagdad et du Caire, ce que leurs livres offrent de meilleur.

Les relations de l'Inde et de la Chine remontent à une très-haute antiquité; elles ne sauraient être révoquées en doute. Si les Hindous ont eu, comme quelques personnes sont disposées à le croire, une astronomie originale, comment ces connaissances spéciales qui formeraient une science à part, n’auraient-elles jamais franchi les rives du Gange? Eh bien, les communications que les Chinois paraissent avoir reçues de leurs voisins portent un cachet grec; la question est donc tout entière à résoudre.

Les missionnaires européens ont tiré des an-

nales du céleste empire tout ce qu'il était possi-

(1) Laplace, éd, de 1847,t. VI, p. 364. — On voit avec peine dans cette belle édition des œuvres de Laplace, qui a paru sous les auspices de l’État, des erreurs qu'il eût été facile d'éviter avec un peu plus d'attention; on trouve à la page 467 : l’astronome arabe 4/ne-W/ahendi ; c’est AI-Nehavendi qu’il faut lire. Ahmed-ben-Mohammed-Al-Nehavendi était ainsi nommé parce qu’il était originaire de Nehavend, ville de Perse bien connue, située à vingt-cinq lieues au sud de Hamadan; voyez nos prolégomènes d’Oloug-Beg, pag. XY et CL.

( 649 ) ble de recueillir sur lhistoire de l'astronomie, et à cet égard ils n'ont absolument rien laissé à faire à leurs successeurs; mais de cette multitude d'indications isolées, ils se sont efforcés de construire un édifice solide, et c'était s'engager dans une route semée d’écueils. Ils ne se sont pas aperçus qu'ils prenaient, tantôt pour d'anciens calendriers ou pour des observations réelles, des tables dressées après coup, ou des artifices de calculs fondés sur des époques feintes ou des périodes imaginaires, tantôt pour des textes d’un autre âge, des commentaires modernes ; 1ci, confondant la valeur des mots, là, cherchant des éclipses de soleil dans des passages où il n’était question que de léchpse de la puissance souveraine menacée par des rebelles; attribuant enfin aux lettrés chinois des découvertes faites antérieurement par les Grecs ou les Arabes. On a donc tort de chercher à grandir les habitants du céleste empire, au détriment des collaborateurs d’Almamoun, d’Aboul-Wéfa, d'Ebn-Jounis; et nous avions bien raison d'écrire à l’Académie des sciences, dans la séance du 6 janvier 1844 : Ce n'est pas. par des suppositions hasardées ou des appréciations incomplètes, par des tinterprétations forcées ou des jugements témérares,

qu'on peut réussir à dépouiller un peuple de la

( 650 ) | gloire qui lui appartient; et il est aussi impossible aujourd'hui de refuser aux travaux des écoles d'Alexandrte et de Bagdad le mérite réel et l’originalité qui les caractérisent, que de reconnaitre ces traits distinctifs dans l'ancienne astronomie chinoise, qui N'a jamas été, à proprement parler,

une astronomie.

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