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Des Hindous. On a, ainsi qu'on la vu plus haut, traité les #12ansions lunaires des Hindous avec fort peu d'égards; appliquées à des thèmes astrologiques depuis le cinquième ou le sixième siècle de notre ère, elles n'auraient jamais été l’objet d'observations régulières, et n’offriraient aucun des caractères qui dénotent la vraie science ; elles ne seraient autre chose que les vingt-huit divisions chinoises, empruntées on ne sait quand ni par qui, mais à coup sûr dénaturées (x).
Nous ne pouvons accepter de telles conclusions : d’abord la question d’antiquité est loin d’être résolue. Si le Sourya Siddhanta, où les mansions lunaires sont énumérées, n’est pas antérieur au sixième siecle de l'ère chrétienne, il n’en est pas
moins certain qu'on trouve aussi l'indication de
(1) Journal des savants, k c., p. 276.
ces mansions dans un hymne des Védas, conservé par Colebrooke, et dans les lois de Manou (1). Si les lecons sont authentiques, l'Inde, sous ce rapport, n’a rien à envier à la Chine; les 27 filles de Daksa, mariées à Soma, le roi Zunus des anciens, vont de pair avec les officiers chargés sous Tchéou-Kong, 1100 ans av. J. C., d’une manière toute spéciale, d'observer les 28 constellations. Mais ce qu'il faut remarquer dans ces traditions, complétement isolées au milieu des annales confuses de plus de vingt siècles, c’est la différence des nombres adoptés par les deux peuples rivaux ; il n'est pas facile de démontrer que les 27 nakschatras des Hindous sont descendus en droite ligne des 28 divisions chinoises, et, indépendamment de cette première divergence, de justifier l'emploi de nouvelles étoiles déterminatrices qui s'écartent, jusqu'à 17 degrés et même plus, des coordonnées célestes admises par les astronomes de la Chine, ainsi qu'on peut s’en convaincre en parcourant le tableau A, notamment pour les astérismes 22, 25, etc.(2).
Si, d'un autre côté, les Hindous s'étaient em-
(x) Asiat. res., t. VIII, pag. 470 et suiv. — Manou, L. IX, 129, et 1. XII, 48. — Voy. aussi Bohlen, Das alte Indien, X,
(2) Voy. à la fin du volume les tableaux À, B et C.
parés des 28 divisions chinoises, en les rattachant au cours de la lune, n’auraient-ils pas régularisé tout d’abord les distances respectives de leurs Joga, au lieu de laisser subsister ces intervalles si divers, si considérables, que les identifications de Colebrooke nous révelent (1)? Auraiïent-ils d’ailleurs borné leurs emprunts à ce seul point de l'astronomie chinoise, et attendu au onzième siecle de l’ère chrétienne pour faire usage du ercle sexagésimal(2)?
Notre avis ne peut être un instant douteux; nous voyons les Hindous dans une voie logique, naturelle , distribuant leur zodiaque lunaire en 27 et plus tard en 28 nakschatras, sans songer à des systèmes imaginaires que l'esprit le plus délié ne saurait rendre possibles, ni même acceptables; et nous ne croyons pas qu'on puisse les regarder, du moins en ce qui touche Fobjet de cette discussion, comme tributaires du Céleste empire.
Sans contredit, s'il est un peuple dont les Hindous soient les disciples en fait de découvertes scientifiques, ce sont les Grecs; ils ont
reçu d'eux le zodiaque solaire (3), l'astrologie, les
(1) Asiat. Research., \. laud.
(2) M. Reinaud, Fragments sur l'Inde, p. 140.
(3) M. Letronne, loc. laud., et Journal des savants , 1840, p. 309 et 310. |
(491 ) tables de Ptolémée ; et la véritable question à résoudre serait de savoir si, avant que les écoles d'Athènes et d'Alexandrie eussent commencé la série de leurs immortels travaux, ils n'auraient pas eu communication des connaissances astronomiques, non pas des anciens Chinois dont nous suspectons fort la prétendue science, mais des Égyptiens et des Chaldéens ?
Cette question touche de très-près aux mansions lunaires , et mérite d’être examinée.
L'idée d’un peuple primitif qui aurait abordé les spéculations les plus profondes ouvertes à l'intelligence humaine, et qui aurait tout appris aux races futures, excepté son nom, n’a pas seulement captivé lardente imagination de Bailly; elle à charmé de tout temps et charme encore aujourd’hui les réveries solitaires des savants, avec cette différence pourtant, qu’elle revêt par intervalle une forme palpable. Les Égyptiens, les Hindous, les Chaldéens et les Chinois ont tour à tour occupé la scène, et bien des fois on s’est cru au moment de découvrir’le dernier mot d’une aussi curieuse énigme (1); la Chaldée reparaît à présent sur l'horizon, et l’on pense encore qu'elle
(2) V. dans le t. IE des Recherches asiatiques (traduction de
Labaume), le Mémoire de W. Jones sur le zodiaque lunaire, et les idées qui s’y trouvent exposées,
( 492 ) pourrait bien être cette terre promise qu'a notre sens, On n’atteindra jamais.
Nous avons déjà rappelé à l'attention des érudits les débris de la science chaldéenne qui nous ont été transmis par les Grecs eux-mêmes : l’hémisphère creux de Bérose, les observations que Ptolémée a citées dans son Almageste, et celles dont parle Simplicius ; la division du zodiaque au moyen de clepsydres, conservée par Sextus Empiricus ; la méthode employée, suivant Geminus, pour distribuer les inégalités des planètes, et appliquée au mouvement de la lune; méthode qui se retrouve dans quelques-unes des tables chinoises (1).
Voici sur quels documents nouveaux on s’appuie pour relever les Chaldéens du discrédit où ils sont tombés.
Il est question, dans un biographe arabe, Al- Zouzéni (2), de tables astronomiques appelées Sind-Hind, communiquées par un Indien, vers la fin du huitième siècle de notre ère, au premier khalife de Bagdad, Abou-Giafar-Almanzor. Ces tables auraient servi de guide, jusqu’au règne d’AImamoun, pour l’observation des mouvements cé-
Là 4
lestes. Nous avons rapporte et discuté à plusieurs
(1) V. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Grecs et des Arabes, cité plus haut, pag. 1. (2) V. ci-dessus, pag. 430.
(498 ) reprises (1) les passages d’Al-Zouzéni qui se trouvent réunis dans le grand ouvrage de Casiri (2), et nous avons montré que les astronomes arabes, une fois en possession de l’Almageste de Ptolémée et des manuscrits grecs, paraissaient avoir tout à fait négligé le Sërd-Hind et ses tables, les rejetant, en quelque sorte, hors du domaine de la science(3); et nous exprimions en même temps le regret que cette espèce d’Epitome de l'astronomie indienne ne nous fût pas parvenu. Il existait toutefois une traduction latine, faite au douzième siècle par Adelard de Bath, d’un traité de Mohammed-Ben- Musa-Al-Khowarezmi, qui s'était assurément inspiré du S#rd-Hind; on y remarque plusieurs indications intéressantes pour l'histoire des sciences, indépendamment d’une table de sinus qui prouve, conformément à lopinion que nous avions émise (4), qu’Albatégni pouvait bien n’en être pas l'inventeur; on y donne une mesure de la terre par les Chaldéens, exprimée en pas de chameau ; et, de plus , il serait permis d’inférer, d’un autre passage, qu'ils avaient eu des Tables astrono-
(1) Prolégomènes d’Oloug-Beg, passim. — Voy. aussi notre Introduction aux Tables du même auteur, 1839, pag. 35 et suiv., et plus haut, pag. 133 et 440.
(2) Casiri, Biblioth. Hisp. Arab, Escurial, t, 1°”, passim.
(3) V. plus haut, p. 439 et 440.
(4) Zd., p.134 et 135.
miques (1). Si l'on joint à ces faits curieux la détermination de l’année sidérale de 365 j. 6 h. 11 m. qu'Albatégni attribue aux anciens Égyptiens et Babyloniens, ne sera-t-on pas conduit à conclure que les Chaldéens ont été les maitres des Grecs et surtout des Indiens, qui devaient plus tard communiquer aux Arabes ces connaissances d’un autre âge (2)?
Il y a d’abord, ce nous semble , une observation générale qui domine toute la question. Les arguments tirés du livre de Mohammed-Ben-Musa- Al-Khowarezmi reposent sur des écrits d’une date bien récente, si l’on embrasse d’un seul coup d'œil les annales de l'antiquité.
Lorsque les Arabes du huitième ou du neuvième siècle de notre ère citent les Chaldéens, de quels Chaldéens entendent-ils parler? Ce nom, rayé depuis tant de siècles du monde oriental, ne s’applique-t-il pas uniquement à ces astrologues, à ces apotélesmastiques (3) dont les systèmes divers amusaient la crédulité publique :
Ut Babylonica Chaldæam doctrina refutans Astrologorum artem contra convincere tendit.
(1) M. Chasles, Rech. sur l’astr. indienne, Comptes rendus de l’Acad. des sciences, 2 nov. 1846. V. M. Ideler, Uber den Ursprung des Thierkreises, p. 14.
(9) M. Chasles, loc. laud,.
(3) Voy. M. Letronne, du Calendrier égyptien.
1l est certain que les Arabes font intervenir les Chaldéens dans leurs traités, ee qui peut donner à penser qu'ils les ont trouvés nommés çà et là par les Grecs ou par les Indiens, qu'ils copiaient. Pour les Grecs, rien de plus naturel; c'est d’eux que nous tenons tout ce que nous avons appris des Chaldéens; jamais ils n’ont dissimulé les emprunts qu'ils ont pu leur faire, et l'importance de ces emprunts est assez contestable (1). S'il s’agit des Indiens, c’est autre chose; il serait extraordinaire qu'en transmettant aux Arabes du moyen àge leurs connaissances astronomiques , ils eussent avoué les tenir des Chaldéens; ce fait seul bouleverserait les jugements de nos indianistes modernes , et démentirait les témoignages avérés de l'histoire.
Mais ce n’est pas tout : en supposant que les tables indiennes diffèrent de l’4/mageste tant pour la forme que pour la nomenclature technique , les éléments numériques et les méthodes, on admet nécessairément une science parallèle à la science grecque, qui se serait conservée presque intacte jusqu'au huitième siècle de notre
e : que cette science soit d’origine indienne
(1) Voy. le grand Mémoire de Thomas Stanley sur l'histoire de la philosophie orientale.
ou chaldéenne, là n’est pas le nœud de la difficulté; nous demanderons seulement sil est possible que les Grecs conquérants de la plus grande partie de l'Asie n’aient pas, à partir du règne d’Alexandre, recueilli ces monuments d’une intelligence beaucoup plus avancée que la leur? Le génie d’Aristote n’aurait-il pas soulevé le voile qui les dérobait encore à tous les yeux ?
Si l'astronomie proprement dite avait pris naissance en Chaldée, les Séleucides étaient dans une situation admirable pour en réunir tous les éléments; rivaux de gloire des Ptolémées, ils auraient enlevé à l’école d'Alexandrie l’honneur de ses plus brillantes découvertes : si l’Inde, au contraire, avait été le berceau des sciences mathématiques, aurait-elle attendu jusqu’au huitième siècle de notre ère pour laisser percer les premiers rayons de cette vive lumière? Alexandre et les gymnosophistes , les Séleucides et Sandrocottus, n’auraient-ils pas échangé les idées de l'Orient et de l’Occident? et lorsque les relations des Grecs et des Hindous furent devenues plus fréquentes, lorsque le zodiaque solaire pénétra dans l'Asie centrale avec l'astrologie, lorsque les apôtres de l'Évangile parcoururent ces contrées lointaines,
imprimant partout des traces fécondes de leur
( 497 ) passage (1), la science orientale qui devait se révéler plus tard aux Arabes, serait-elle restée comme ensevelie, pendant des siècles, au fond de ces mystérieuses retraites ? |
De quelque côté qu'on porte ses regards, on n’aperçoit donc aucune lueur sensible; à coup sûr, les applaudissements de tout un peuple n’auraient pas accompagné Méton, simple copiste des Chaldéens ; et 1l serait aussi paradoxal de refuser à Calippe l’honneur d’avoir inventé la période qui porte son nom, que de nier l'originalité des travaux d'Euclide ou d’Archimede.
Ce qui donnera toujours aux Grecs une supériorité incontestable sur leurs devanciers ou leurs rivaux, c’est que nous possédons une grande partie des ouvrages qu'ils ont produits, que nous trouvons chez eux une succession non interrompue de mathématiciens illustres, véritables architectes de la science; et, dès l'instant que nous rencontrons dans l'Inde comme à la Chine des traces irrécusables de la propagation de leurs idées astronomiques, nous sommes disposés à croire qu'il faut retourner la question, et voir dans
les manuscrits orientaux le développement de
(1) Voy. le grand ouvrage d’Assemani sur les pérégrinations des Nestoriens.
( 498 ) l'œuvre des Ptolémées et les inspirations de l'école qu'ils ont fondée.
En admettant que les Chaldéens aient eu une astronomie, les Grecs l’ont assurément connue aussi bien que les Indiens; les fragments qui paraissent en avoir été conservés, ne la rehaussent pas beaucoup, il est vrai, dans l'opinion; mais, ainsi que nous l'avons fait remarquer (1), la méthode que Géminus leur attribuait vers 77 avant J. C., imgénieuse et commode, fondée sur une considération arithmétique très-délicate, n'exigeait point de connaissances trigonométriques ; elle suffisait aux besoins d’une astronomie naissante, et pouvaït s'étendre à ceux d’une astronomie plus avancée. On ne doit point oublier que Géminus était postérieur à Méton de plus de trois cents ans, et les Chaldéens, dont il parle, pouvaient n'être que des astrologues d’un temps peu éloigné. Quoi qu'il'en soit, cette méthode qu’on retrouve Chez les Chinois, avec les périodes de Méton, de Cahippe, etc., n’a-t-elle pas pénétré aussi aisément dans l'Inde; n'y est-elle point arrivée accompagnée de commentaires qui s’écartaient peut-être des procédés d'Hipparque et de Ptolémée ? Et ce que l’on prend dans le Sënd-Hind pour des distinctions radicales, |
(sx) Voy. plus haut, pag. 10 et 11.
( 499 ) ne serait-ce pas une manière différente d'envisager les mêmes problèmes, dépendant uniquement de la nature de l'esprit humain et de la diversité des conceptions mathématiques ?
En effet, si nous restons dans le domaine des faits positifs, nous voyons un grand mouvement intellectuel se manifester dans l'Inde au cinquième et au sixième siècle de notre ère; — jusque-là des hypothèses plus ou moins plausibles, mais rien de certain. — Ce n’est qu’à partir de Vahara-Mihira, auteur du Pantcha-Siddhantika (vers 499 de J. C.) (1), que commence une série de travaux dont les écrits des Grecs formaient évidemment la base. Des recherches récentes ne laissent subsister aucun doute à cet égard (2). Nous avions nous-mêmes été amenés plusieurs fois à exprimer des idées que ces recherches confirment, et nos inductions sont aujourd'hui appuyées de témoignages irrécusables. Les extraits d’Albirouni, qui ont été publiés en 1845 (3), détruisent deux opinions également extrêmes: l’une, qui reporte dans la nuit des temps anciens l’ori-
gine des sciences de l'Inde; l’autre, soutenue par
(1) Voy. plus haut, p. 456 et suiv.;, et M. Reinaud, Fragments sur l'Inde, p. 144.
(2) Zd., id,
(3) Id., id,
( oo ) Anquetil-Duperron et Bentley, que les astronomes indiens ont tout emprunté des Arabes.
Il ne faudrait pas cependant conclure de là que les traités de l’école de Bagdad n'ont point eu cours dans l’Hindostan ; de même que le zodiaque grec et l’astrologie y avaient été portés au commencement de notre ère; de même qu’au cinquième et au sixième siècle, les savants d'Athènes et d'Alexandrie, les Nestoriens persécutés, s’étaient répandus avec leurs livres dans toutes les parties de l'Asie ; de même les Arabes, fondateurs d’un vaste empire, et, dès le neuvième siecle, devenus les plus ardents promoteurs des sciences exactes, devaient exercer sur l'Inde et sur les contrées plus éloignées une influence considérable. Albirouni nous apprend(1) que le roi Bhodjà-Deva régnait de son temps sur Dhar, c’est-à-dire vers 1030 deJ.C. Or, ce prince s’est rendu célèbre chez les Indiens « par son amour pour les mathéma- «tiques et par le grand nombre de savants et de « littérateurs qu'il attira à sa cour (2). » S'il fallait d’ailleurs une preuve péremptoire de l’introduction dans l’Inde des traités d'astronomie des Ara-
bes, on la trouverait dans le dernier numéro du
(1) M. Reinaud, ouv. cit., p. 108.
(2) Id., id.
journal de la Société asiatique du Bengale (1), où on lit (42 Jine), pag. xx1, que le Tasaka, traité d’astrologie compilé par Veelkantha, célèbre pandit des anciens temps, contient plusieurs mots arabes écrits en caractères sanscrits, comme #7ousullah AI intiha Las\, ittisal JL, mukbool \.s, ghir mukbool Ju Le, hadd 52, etc. Cest la contre-partie des prétendus instruments chinois dont nous avons déjà parlé (2).
Du reste, les Hindous, qui n’ont jamais eu, et peut-être à dessein, de chronologie, s'empressent eux-mêmes de reconnaitre qu'ils ont échangé avec les autres nations les connaissances qu’ils possédaient respectivement ; ils conviennent volontiers qu'ils doivent leur astronomie à un peuple étranger. Une tradition rapporte, au dire du P. Pons, qu'un Grec qui voyagea autrefois dans l'Inde, où il apprit la science des brahmes, leur enseigna à son tour une méthode d'astronomie (3); ils sont d'ailleurs peu scrupuleux sur le chapitre des emprunts ; le même missionnaire raconte que, de son temps, le rajah Rœæsing fit traduire sous son
nom les tables de Lahire, «ce qui, ajoute-t-il,
(1) Journal of the Asiatic society of Bengal, n° CLXX, 1846.
(2) Voy. plus haut, pag. 484.
(3) Montucla, Histoire des Mathématiques, t. 1, p. 433.
( 502 ) « fera peut-être un jour regarder ce prince comme «un grand astronome, et lui fera attribuer des « découvertes déjà faites en Europe. »
On doit donc exclure avec soin, dans l’appréciation des monuments, tout esprit de système; ne pas 20derniser, Si Je puis m'eéxprimer ainsi, les inventions d’une date mcertaine, maïs aussi ne point voir én toute chose un débris des notions acquises par les premiers pères du genre humain. Il faut que la discussion fasse justice des idées à priori, rétablisse le véritable caractère des témoignages historiques et remette chaque fait à sa place. Lorsque Albatégni attribue aux anciens Égyptiens et Babyloniens l'année sidérale de 365 j. : et — de jour, c’est-à-dire 365 j. 6 h. 11 m. environ, je me demande si cette assertion d'un auteur arabe du huitième siecle de notre ere ne résulte pas de quelque passage traduit des livres grecs. Il me semble impossible, en effet, que les Arabes aient pris cette détermination des Indiens, qui eux-mêmes én reporteraient l'honneur à d’anciens peuples avec lesquels ils ont eu des relations au moins problématiques; je reviens naturellement à considérer l’énoncé d’Albatégni comme étant de source grecque, et dès lors je me range à l’avis des savants qui reconnaissent dans l’année sidérale d’Albatégnt l’année
VO tropique d'Hipparque et de Ptolémée (36h! 5" 55”), avec l'addition de 16° pour Parc annuel admis par les astrologues d'apres le fameux système de la trépidation des fixes (1).
Lorsqu'il s'agit du cercle z7dien en usage chez les Arabes, et que je trouve cet instrument décrit cimq cents ans auparavant dans Proclus, la question de priorité est à mes yeux résolue. — Si lon parle des etffres indiens, appelés par nous chiffres arabes, et de l'invention du système de uumération décimale, qui, suivant les indianistes, ne remontent pas au delà des derniers temps de l’école d'Alexandrie , je crois, avec M. Chasles, qu'ils peuvent avoir pris naissance chez les Occidentaux.— Il en est de même de l'algèbre, perfectionnée par les Arabes : si les méthodes indiennes different sur certains points de celles de Diophante, qui oserait affirmer que les mathématiciens grecs, catholiques ou nestoriens, qui auront transporté cette science dans l’Hindostan, n'avaient pas innové? L'ouvrage de Diophante ne nous est pas parvenu en entier; il a été l’objet de nombreux commentaires, rédigés par des auteurs dont les . noms seuls sont connus; et chez les Indiens même,
il a pu se produire quelques hommes d’un mérite
(1) M. Letronne, Memoire sur le calendrier égyptien.
distingué, qui, pour la forme plutôt que pour le fond, se seront écartés de leur modele, sans qu’il soit nécessaire de faire sortir l’algèebre tout armée de la nuit des J’édas. — Enfin, en voyant le système de la trépidation des fixes exposé par Théon et Proclus, je ne saurais accepter l'opinion des écrivains qui veulent à toute force le faire éclore dans l'Inde.
Si, d'autre part, les antiques monuments de la philosophie hindoue révelent la connaissance et l'emploi des mansions lunaires (1), pourquoi vouloir détruire un fait généralement reçu, par des hypothèses plus ou moins ingénieuses, basées sur une interprétation de textes apocryphes? Bien loin d'admettre que les Indiens ont emprunté aux Chinois leurs nakschatras, nous pencherions plutôt pour l’idée contraire; et s'il fallait absolument que l’un des deux peuples eût copié l’autre, nous soutiendrions plus volontiers que les mansions lunaires ont pénétré à la Chine avec le bouddhisme. Mais , encore une fois, là où les preuves manquent, où tout élément de certitude disparaït, ne prenons point de parti décisif; et lorsque nous lisons dans les écrits des astronomes chinois, que
des bonzes indiens ont introduit dans le Céleste
(1) Voy. plus haut, p. 444.
( 505 ) ‘empire les noms des douze signes, et beaucoup de choses curieuses, notamment sur les constellations etc. (1), soyons les premiers à reconnaître que ces phrases isolées auraient besoin de passer au creuset de la critique.
Ce qu'on ne peut mettre en doute, c'est que les Hindous avaient un zodiaque lunaire divisé en vingt-septrakschatras (2). William Jones ena donné les noms et les figures dans les Recherches asiatiques (3). Colebrooke, surnommé à juste titre le Gaubil des indianistes (4), a traité le même sujet (5) et sur un tres-grand nombre de points s'écarte des suppositions de son devancier. Le tableau C, où nous avons réuni les rectifications adoptées comme exactes par les astronomes, présente, indépendamment de l'indication des nak-
(1) Souciet, Observ., t. II, p. 120 et suiv.
(2) Comment peut-on affirmer que les Indiens avaient eu primitivement vingt-huit nakschatras, et que ce nombre s’est trouvé réduit à vingt-sept à la fin du dixième siècle de notre ère? (Journal des savants , 1845 , p. 42 et suiv.) Les anciens textes et les explications si précises d’Albirouni, qu’on accuse de méprise lorsqu'il est sur le terrain de la vérité, montrent une fois de plus que l'esprit de système ne respecte, parfois, aucune des règles d’une discussion sérieuse.
(3) Asiatic researches (traduction de Labaume), tom. IT, p. 332, et de Guignes, loc. laud.
(4) M. Letronne, De l’origine des zodiaques.
(5) Asiatic researches, t. IX.
( 506 ) | schatras, la longitude et l'ascension droite des étoiles qui forment la limite de chaque constellation; et si l’on prend la peine de comparer ce travail avec le tableau B, on reconnaitra que rien, sur la question d’origine, ne peut faire pencher la balance en faveur des Chinois. La Table indienne n'offre pas de ces écarts extraordinaires que nous avons montrés dans le tableau B, et qui ne peuvent s'expliquer que par des erreurs d’identification. D'un autre côté, les noms des vingthuit astérismes n’ont pas la moindre analogie; la constellation qui comprend les Pléiades s'appelle en Chine: Le soutien des choses de la nature (Mao), et dans l’Inde, un rasoir (Crittica); une autre est représentée, ici par une voiture (Rohini ou une 7oue (Aslecha); là, par un saule (Lieou) ou par un pelit filet avec un long manche (Pi). Le nombre des étoiles varie dans certains groupes correspondants : tel en contient trois chez les Chinois (Goey) et cent chez les Indiens (Satabisha); tel autre, seize (Koey) et trente-deux (Revati}, etc. Ajoutons à cela que les Indiens n’ont pas seulement un nom pour les constellations, mais encore pour les Yogas ou étoiles détermi-
natrices (1), ce qu’on ne trouve point à la Chine.
(1) V. Labaume, trad. des Asiatie researches, loc, laud. De
( or )
Il ya donc, comme on le voit, beaucoup de divergences à signaler et de petits problèmes à éclaircir avant d'arriver à une solution générale; nous y viendrons après avoir examiné le système
des mansions lunaires chez les Arabes.
Des Arabes. Jusqu’à présent, l'ouvrage d’Alfragan (Alfergani) a été pris pour point de départ de la discussion.
Alfragan florissait à Bagdad en 820, sous le regne d’Almamoun ; c'était un des auteurs de la Table vérifiée (1). Ses éléments d’astronomie contiennent les noms des vingt-huit mansions de la lune sans indication d'usage astronomique; mais on voit que ces mañsions étaient déjà vulgairement connues. En les faisant intervenir dans la construction des thèmes de nativité(2), on semble les confondre avec les douze maisons célestes, qui
là peut-être l’idée des cinquante-quatre ou cinquante-six mansions lunaires dont parle Bonati ( Liber astronomicus ; 1491). Comparez avec le passage d’Albirouni, Journal des savants, 1845, p. 45 et 46.
(1) V. nos Prolégoménes d'Oloug-Beg, p. 12, et notre {ntroduction au même ouvrage, p. 78.
(2) Journal des savants, 1840, pag. 277 et suiv.
( 508 ) se lient d’une manière beaucoup plus intime à l’astrologie judiciaire.
Les douze maisons célestes étaient pour les Arabes l’objet de calculs habituels; leur distribution régulière reposait sur six cercles principaux : le méridien et l'horizon, qui composaient les quatre angles, et les cercles de position au nombre de quatre, passant par les intersections de l'horizon et du méridien. L'’horizon oriental déterminait le commencement de la première maison, qui s’'appelait oroscopante, et horizon occidental celui de la septième; la dixième et la quatrième partaient du méridien supérieur et inférieur (planche VIIL fig. 151). Ces quatre maisons recevaient en même temps le nom de pivots. On peut voir dans Albatégni et dans Oloug-Beg (r), les diverses
(1) Le chapitre d’Albatégni est analysé par Delambre (Histoire de l'astronomie au moyen âge, p. 45), et l’on peut lire dans le même ouvrage (pag. 496) le passage de Magini sur les douze maisons célestes. Delambre paraît confondre ailleurs les rzaisons et les mansions lunaires (Astronomie ancienne, t. 1, p. 4, 7, etc.). Voici comment s'exprime Oloug- Beg (voy. le texte des Prolégomènes que nous avons publiés en 1847, p. ET mar | Cp ) 3 72 )9):
On donne le nom de pivots à l’ascendant (première maison), à la dixième, et à leurs nadirs (qui sont la septième et la quatrième maison). Des huit autres maisons, quatre sont caduques L3L…, relativement à l’ascendant, savoir, la. deuxième , la douzième et leurs nadirs (la huitième et la sixième); les quatre autres sont les #rspecteurs bb, savoir :
( 509 ) méthodes employées par les mathématiciens arabes pour la détermination des douze, maisons.
la troisième et la onzième et leurs nadirs (la neuvième et la cinquième).
Après avoir déterminé l’ascendant (première) dont le nadir est la septième, on prend l'arc qui répond au coascendant de l'ascendant dans la sphère droite (c’est-à-dire l'ascension droite de l’ascendant), compté du commencement du Capricorne , et l’on a la dixième, dont le nadir est la quatrième.
Parmi les méthodes que l’on emploie pour déterminer les autres maisons, la plus usitée est celle-ci: on ajoute au coascendant de l’ascendant dans le lieu donné, un sixième de l'arc diurne du degré de l’ascendant, et l’on a le coascendant de la onzième ; on ajoute la même quantité au coascendant de la onzième, et l’on a le coascendant de la douzième; ensuite on ajoute un sixième de la circonférence au coascendant de là douzième , et l’on a le coascendant de la deuxième ; on ajoute un tiers de la circonférence au coascendant de la onzième, et l’on a le coascendant de la troisième; on a les degrés de ces quatre maisons en prenant, dans la table des coascendants dans la sphère droite qui commence au Capricorne, les arcs correspondants à leurs coascendants respectifs, et leurs nadirs donnent les quatre autres maisons (les cinquième, sixième, huitième et neuvième).
Abou-Rihan-Albirouni suit une autre méthode, que l’on nomme méthode des centres vrais; la voici : on multiplie sinus latitude du lieu par sinus 60° (abaissé) ; on a au produit sinus latitude de l'horizon des maisons caduques. On multiplie par sinus 30° (abaissé), et on a sinus latitude horizon des maisons des inspecteurs ; ensuite on divise sinus 30° par cosinus latitude horizon des maisons caduques, et on à au quotient sinus équation des maisons caduques, Ensuite on divise sinus de 60° par cosinus latitude de l'horizon des maisons des inspecteurs, et on a au quotient sinus équation des maisons des inspecteurs. C’est l'équation de la distance des
( 510 }) On s’est souvent demandé si ces maisons ne remontaient pas à l’origine de l'astrologie, et si elles n'avaient pas quelque rapport avec le fameux pas-. sage du Livre des Rois (1) tant commenté; mais ce qui est certain, cest quelles étaient complétement indépendantes des mansions lunaires ; on suppose que celles-ci ont été transmises aux Arabes par un Indien, à la fin du huitième siècle, attendu qu’on ne trouve pas l’idée des mansions
exprimée ni méme indiquée chez eux avant cette
coascendants de ces maisons aux coascendants de l’ascendant du lieu. Et lorsqu'on a déterminé pour toutes les maisons la distance de leurs coascendants respectifs au coascendant de l'ascendant, on connaît le coascendant de chaque maison. Alors on prend, dans la table des coascendants de da latitude (de l'horizon) des maisons caduques, les arcs qui répondent aux coascendants de la deuxième et de la douzième maison, et dans la table des coascendants de la latitude de d’horizon des maisons des inspecteurs, les arcs qui correspondent aux coascendants des troisième et onzième maisons , afin d’avoir les degrés de ces quatre maisons, et des nadirs de ces maisons donnent les quatre dernières, — Autre méthode : Suivant quelques auteurs, on prend le tiers de la distance de l’ascendant à la quatrième maison, et l’on ajoute ce tiers à l’ascendant pour avoir la deuxième maison; on l’ajoute de nouveau à la deuxième maison pour avoïr la troisième. Ensuite on retranche de- la deuxième maison le sixième de la circonférence entière afin d’avoir la douzième maison, et l’on retranche de la troisième maison un tiers de la circonférence pour avoir la onzième maison ; les nadirs de ces quatre maïsons donnent les quatre maisons restantes.
(1) Rois, L. IV, ch. 23, v. 5.
( San)
époque (1), opinion erronée que M. Ideler a eu le tort d'admettre dans son mémoire sur l’origine des zodiaques (2), sans chercher en aucune manière à l’approfondir. — En général, ce savant expose, mais discute peu; aussi ses travaux, qui sont utiles à consulter comme dernière expression de ce que les auteurs ont écrit sur la matière, ne laissent-ils pas une part assez large à la critique. — Ainsi, en parlant des vingt-huit constellations chinoises (3), lillustre philologue dit bien que, depuis les temps les plus anciens, il existe à la Chine un zodiaque de vingt-huit parties, réglé sur le cours périodique de la lune ; mais : il ne nous apprend nullement à quelle époque on en peut fixer, même approximativement, l’origine; c’est là cependant le point capital, et il ne se donne pas la peine de l’étudier ; il s'étonne des inégalités que présentent les intervalles des vingt-huit astérismes , et recule devant toute tentative d'explication.
Il en est de même pour les mansions lunaires des Arabes : M. Ideler affirme qu’elles leur sont
(x). Journal des savants, 1840, p. 266.
(2) Ideler, Uber den Ursprung des Thierkreises, pag. 7 et 8.
(3) Ideler, Uber die Zeitretnung der Chinesen , pag. 99 et suiv.
(pra)
venues des Indiens; mais il ne songe pas à s’en assurer par une comparaison attentive des monuments; il répète, avec ses devanciers, que les Arabes ont eu seulement connaissance des mansions lunaires à la fin du huitième siecle, sans s'inquiéter des passages du Coran ou elles sont mentionnées par Mahomet lui-même (r).
On ne comprendrait pas, d’ailleurs, qu’une notion de ce genre füt devenue populaire en si peu d'années, chez les Arabes; seraient-ils donc restés jusque-là étrangers à toute conception astronomique ou même astrologique? n’est-il pas plus . naturel d'accepter comme vrais les témoignages des écrivains cités par Pococke (2), qui font remonter à une époque ancienne l'existence des mansions lunaires, identifiées avec les anwa (3) LAN, dont les levers présageaient la pluie, les vents, la chaleur, le froid, etc.? On a dit que ce rapprochement des mansions et des anwa est contraire à la périodicité nécessairement annuelle, non men-
(x) Ji, sourate 5, et XX XVI, 39. Le Coran, édition de 1846. Dans le premier passage, le traducteur emploie improprement le mot phases; le Journal des savants de 1845, pag. &a, corrige l’assertion émise en 1840 (même recueil, p. 266).
(2) Pococke, Specimen hist. Arabum, p. 164.
(3) Les anciens traités des arzwa ou levers d'étoiles sont souvent cités par les auteurs arabes. k
(CEE suelle, des temps des pluies que les 4nwa étaient supposés présager (1). Mais nous allons en démontrer l'exactitude par quelques extraits d’un chapitre inédit de Kaswini, dont M. Ideler n’a pas tenu suffisamment compte dans son traité des constellations arabes.
On s’est toujours borné, en effet, à nommer les vingt-huit mansions lunaires des Arabes, avec l'indication des principales étoiles correspondantes, d’après Alfragan ou Oloug-Beg, qui ne sont entrés, à ce sujet, dans aucun détail; mais, pour bien apprécier la question, il est nécessaire de connaître l’ensemble des idées que les Arabes eux-mêmes attachaient à leur zodiaque lunaire; le manuscrit de Kaswini que possède la Bibliotheque nationale, sous le n° 898, nous fournit, à cet égard, tous les renseignements désirables. Cet écrivain, que M. Ideler à mis si souvent à contribution, s'exprime ainsi (2) :
« Les mansions ou domiciles de la lune rl Ji sont au nombre de xxvur. La lune reste chaque nuit dans un de ces domiciles, depuis la nouvelle lune, mustahellah , (ou depuis son apparition, an muslahellihi dlgims y) jusqu’à la vingt-huitième nuit du mois; ensuite elle s’efface
(1) Journal des savants, 1840, p. 266.
(2) Ms. ar. n° 898, fol. 32.
(:5r4°) etse voile, dans son déclin, jusqu’à ce qu’on n’en voie plus rien.
Lorsque le mois est de vingt-neuf jours, elle disparait la vingt-huitième nuit, et lorsqu'il est de trente Jours, la vingt-neuvième; et c'est sous le voile qu’elle parcourt son domicile.
| Des vingt-huit domiciles, quatorze sont toujours au-dessus de l'horizon, pendant la nuit, et quatorze au-dessous (r); toutes les fois qu'un d'eux se couche, son opposé —$, où paranatellon se lève en même temps.
Les Arabes en désignent quatorze par l’épithète de Syriens isl4 et les quatorze autres par celle d’Yéméniens i5l3s.
Les Schérathanes |. L\,4 (lis. :,LL1,2) forment le premier des domiciles syriens ; al-Simakh al-aézal Jet 2JL.1 (lépi) en est le dernier.
Al-Ghafar pes) répond au premier domicile Jéménien ; al-Reschà Li} (2) termine la série.
On nomme sahkouth L,£., descendant, l'asté-
(1) Le Ms. persan n° 141 ne contient qu’un abrégé de Kazwini : tout ce chapitre (fol. 18 et suiv.) est tronqué :
CnmnluD 3 Lune pe Ji GT y il Jil HS Jui Gi dx ie. Le dus s Sèb de Co PP Je D es 55e 3 Sibs Y2) ete.
(2) Voy. nos Prolésomènes d'Oloug-Beg, p. FTA du texte, et notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, p. 138 et217.
( 515 ) risme qui se trouve à l'occident, et ‘halouh e Ab j ascendant, son opposé, qui s’est levé avec l'aurore.
La marche descendante ou descension de chaque astérisme se prolonge pendant treize jours, à l’exception d’al-Djebhah ig=l, qui exige quatorze jours, de maniere que la fin de la disparition du vingt-huitième domicile coïncide avec la fin de l’année, et la révolution recommence l’année suivante avec le premier domicile (1).
Tout ce qui arrive dans les treize jours, pluie ou vent, chaud ou froid, est attribué à l’astérisme descendant ; les savants sont entrés dans de grands détails sur les pronostics à tirer du séjour du soleil et de la lune &»3%)1 J:ÿ dans chaque domicile. »
Après ces préliminaires qui constatent la double application , annuelle et mensuelle, des mansions lunaires chez les Arabes, Kazwini passe à la description de chaque astérisme; nous laissons de côté la plus grande partie des pronostics qui s’y rattachent.
L. Les Schérathanes ,Lbi,: (les deux marques) sont les cornes du Bélier; on les nomme aussi
al-Nathih PA (celui qui donne un coup de
| (1) Ms. ar. n°008, fol: 32 V7 5703 JY dleY ES» p
(516% corne). Il y à entre elles, à vue d'œil, l'intervalle de deux arcs, et en voici la figure 6°.
Lorsque le soleil entre dans cet astérisme, le temps est tempéré, et la nuit égale au Jour.
Les Schérathanes se lèvent la seizième nuit courante de Nisan (1), et se couchent la dix-huitième nuit courante de Teschrin 1°.
Le soleil les atteint la vingtième nuit, avant la fin de Adar, et alors l’année est terminée.
On les nomme Schérathanes, c’est-à-dire marques ou signes, parce que l’année se renouvelle avec leur lever; la température s’adoucit, les eaux croissent, les fruits se nouent et l’orge est moissonnée.
Le paranatellon des Schérathanes est al-Ghafar.
IT. Al-Bothain Lab , le petit ventre, appelé aussi le ventre du Bélier SNL, se compose de trois étoiles peu brillantes, disposées en trépied. Elles sont à égale distance des Schérathanes et des Pléiades. Voici leur forme ,°.,. Elles se lévent la dernière nuit de Nisan (2) et se couchent la dernière nuit de Teschrin 1°. A leur coucher, la mer devient orageuse, etc... A leur lever, on termine Îla moisson de l’orge et on commence
celle du froment.
Eat ar. n° 898, f. 32 v° : A il) Je FA Le Ab L (2) Id. fol. 33 Lee Qi y ES I) as Ab 3
Le paranatellon d'a/-Bothaïn est al-Zubana.
II. Al-Thoreiïa L; 91, les Pléiades, qu’on appelle aussi al-Nedjm ="), l’Astérisme, est le plus connu des domiciles; il se compose de six étoiles entre lesquelles il en existe beaucoup d’obscures, etc... Elles se lèvent la treizième nuit courante de Aiar et se couchent la treizieme nuit de Teschrin II.
Les Pléiades paraissent à l’orient à l'entrée de la nuit, au commencement de la saison froide; elles s'élèvent ensuite chaque nuit, jusqu'à ce qu’elles se trouvent au milieu du ciel quand le soleil se couche; c’est le temps ou le froid est le plus vif. Elles quittent ensuite le milieu du ciel et se rapprochent chaque nuit de l'occident, jusqu'à ce qu’elles s'y trouvent avec la nouvelle lune ; elles baissent ensuite peu à peu et se couchent cinquante jours après; ce coucher est un temps d’allégresse. Les Pléiades sont à lorient, le matin, dans le fort de la chaleur, etc... A leur lever, les vents commencent à souffler... A la fin (à leur coucher) /e Vi croft,le lait est abondant(r).
Le paranatellon des Pléiades est al-Iklil.