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Nous avons maintenant à examiner les objections que notre travail a soulevées, dès sa premiere publication en 1836.—Jusqu'en 1841, aux yeux des géomètres, l’indication de la troisième inégalité lunaire résultait évidemment du passage d’Aboul-Wéfa; mais on élevait quelque doute sur l’authenticité du passage lui-même.
Les objections présentées pouvaient se réduire à trois principales (1) :
(1) Voy. Comptes rendus des séances de l'Acad. des sciences,
séances des 14 et 28 mars 1836, et du 13 mai 1838. Journal des Savants, novembre 1841, p. 677.
1° Ne serait-il pas possible, disait-on, que le passage découvert et traduit par M. Sédillot fût une interpolation dans une copie de l’ouvrage de l’astronome de Bagdad, postérieure à Tycho- Brahé (1610)?
2° La ressemblance des constructions géométriques employées par Aboul-Wéfa et Tycho-Brahé, pour représenter la Variation, ne prouve-t-elle pas que l'observateur européen aurait eu quelque notion de la découverte arabe , ou que le manuscrit arabe aurait été, soit modifié, soit falsifié postérieurement à sa date apparente ?
3° Si Aboul-Wéfa a reconnu la troisième inégalité lunaire, comment se fait-il qu'aucun des auteurs arabes qui lui ont succédé n’en ait parlé?
Il est nécessaire que nous donnions à l'égard de ces divers points les éclaircissements les plus complets, avant d'aborder un autre ordre de faits qui, dans ces derniers temps, a transporté la discussion sur un nouveau terrain ; de cette manière il sera plus facile de suivre les développements successifs de la question.
Réponse à la première objection.
Le manuscrit de la Bibliothèque royale, n° 1138,
ancien fonds, dans lequel se trouve l’Almageste
( 52) d'Aboul-Wéfa , faisait partie des livres du sultan Schah-Rokh , fils de Tamerlan, qui, né en 1377; régna sur la Transoxiane pendant plus de quarante ans (de 1405 à 1447); un sceau apposé sur plusieurs des feuillets de l'ouvrage d’Aboul- Wéfa, le prouve péremptoirement; on y lit Ly* JL À) sLe, hs tb] us Bts ex thesauro librorum sultant supremi Schah-Rokh Behadur (1).
On sait, comme la fait remarquer M. Reinaud dans sa Description des monuments arabes et persans du cabinet de M. le duc de Blacas, que l’un des usages des cachets chez les Orientaux était de servir à marquer la propriété; c’est ainsi qu’en tête de leurs livres et de tout ce qui leur appartient, on trouve l'empreinte de leurs devises. Le sceau que porte le manuscrit d'Aboul- Wéfa est conforme à une médaille de Schah-Rokh, que possédait M. de Blacas, si ce n’est qu'il contient en plus ces mots : »2n khazane koutoub, etc., ex thesauro librorum , etc. Cette médaille nous a été communiquée, et nous en avons eu à notre disposition deux autres que nous avons décrites, et qui ne peuvent laisser aucun doute sur le point en question(2); d’ailleurs le surnom de Behadur (forts) donné à Schah-Rokb , fils de Tamerlan,
(1) Voy. l’appendice placé à la suite de cette deuxième