‹ Maternité; pièce en trois actesChapitre 10 sur 16 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

CATIIEUliNE, pim ANNE l'TE et LUCIE.

CATHEUINE ouvre la porte du fond.

A Annelte qui est restée dans le vestibule.

Oui, mademoiselle, tout le monde est

sorti. {Entre Annette. Elle retire chapeau et manteau et les donne à Catherine qui va les porter dans le vestibule et revient aussitôt pour éteindre les lampes électriques du lustre et emporter le plateau. Annette, les yeux fixes, raidie^ est restée immobile, sur le canapé. Entre Lucie.)

LUCIE

Annette !... D'où viens-tu ?

ANNETTE

Je viens de voir Jacques Bernin.

LUCIE

Tu l'as vu ? Tu as causé avec lui ?

Je suis allée chez ses parents.

LUCIE

Eh bien?

lo'2 MATERNITÉ

AJN'NETTE

Tout espoir est perdu.

LUCIE

Que t'ont-ils dit?

ANNETTE

Tu devrais me dispenser de le raconter les deux heures que je viens de vivre. C'est tellement honteux, tellement vil... Je ne puis pas croire que c'est moi à qui cela est arrivé et que je vis encore, après avoir entendu ce que j'ai entendu.

LUCIE, tendre.

Raconte, raconte...

ANNETTE

A quoi cela te servira-l-il, de savoir? Tout est fini, tout est perdu; il ne m'aimail pas, il ne m'a jamais aimée, il est parti et il va en épouser une autre.

LUCIE

Il est parti ?

Ce soir, avec ses parents. M. et M""' Bernin dînaient au buffet avec Gabrielle ; Jacques, au restaurant, avec des amis. Un dîner d'adieux. J'y suis allée. Je l'ai fait demander. D'où j'étais, sous la porte dans le vestibule, j'ai entendu les plaisanteries de ses amis, lorsque le garçon lui a fait ma commission.

LUCIE, doux reproche.

Annette !...

ANNETTE

Je voulais savoir. Je m'étais mis dans la tète que. ses parents l'emmenaient de force, et je l'excusais, et j'aurais encore juré qu'il m'aimait, et j'aurais haussé les épaules si l'on m'avait dit qu'en apprenant mon état, il n'allait pas s'attendrir

jusqu'aux larmes. D'avance je m'étais fait un tableau de ce qui devait se passer ; je le voyais, dès qu'il saurait tout, me prendre par la main, me conduire devant ses parents et leur dire : « Que vous le vouliez ou non, voici ma femme. » Etant certaine que cela serait ainsi, je pensais qu'il valait mieux que ce fût fini tout de suite... .Te croyais revenir ici en n'ayant plus qu'à te demander pardon, à t'embrasser et te rassurer...

LUCIE

Que t'a-t-il dit?

ANNETTE, sa?is entendre.

Je suis devenue folle, je crois. Tout cela s'est passé, et je suis là, et je suis calme, et je ne pleure pas et je ne souffre plus. C'est comme si, à force de douleur, j'avais Tàme paralysée.

LUCIE

Tu Vd.'s fait demander au restaurant, tu disais?

ANNETTE

Oui.

LUCIE

Il est venu ?

ANNETTE

Oui. 11 a cru, il me l'a dit plus tard, que c'était une chanteuse de café-concert qui le faisait appeler.

LUCIE

Oh !... Et quand il a su que c'était toi ?

ANNETTE

Il m'a emmenée dans la rue pour qu'on ne me reconnaisse pas et c'est dans la rue que nous nous sommes expliqués. {Sileiice.) Il y avait des gens qui nous regar-

daient en passant et qui riaient. (Avec fassion et douleur.) ()h\ quel soulagement si je n'avais plus de mémoire!

LUCIE

Raconte, ma pauvre petite, raconte.

ANNETTE, ttvec uiie sorte de rw/e .

Oui^ je vais tout de dire, tout ! Tu me mépriseras encore plus peut-être, mais qu'est-ce que cela peut me faire maintenant?... Il a d'abord feint de ne pas me comprendre, il m'a forcée à lui dire la chose nettement; il le faisait exprès, pour me torturer ou pour se donner le temps de réfléchir... Tu ne devinerais jamais ce qu'il m'a répondu!... Que ce n'était pas vrai.

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