‹ Mathieu Luc drame en cinq actes, en versChapitre 4 sur 31 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

PERRETTE MAUGER, puis MATHIEU LUC.

PERRETTK MAUGER.

Je viens de ranimer un souvenir éteint...

Oh! du remords déjà ton cœur est-il atteint?

Pauvre enfant ! qu'ai-je fait? — Pourvu que sur sa

[route

Brommel ne trouve pas quelque poignard!... le

[doute...

La crainte me saisit... Plus de feux allumés!

A celle heure de nuit les raanans sont armés... Dieu protège Brommel !

Se retournant et apercevant Mathieu Lue.

Abl

Mathieu i.uc paraît au fond, sur la terrasse , tout poudreux, tout haletant, ses habits en désordre, ses cheveux longs épars ; il porte wt bâton à la main.

J'ai perdu sa trace.

Par le ciel 1 j'aurais dû l’étendre sur la place!

Il entre , et reconnaît Pcrrctle Mauger.

Ma mcrc... ab !

PERRETTK MAUGER.

Qu’cst-cc donc?

MAGASIN THEATRAL

Mathieu lüc , se retournant.

Un de ces insolens,

I n de ces beaux seigneurs brillans et turbtilcns, Qui portent au chapeau l'agrafe à plume noire.

Et dont le sang, ma mère, est noble, à les en croire.

II s'est rencontré là qui croisait mon chemin :

Sur moi, sur Mathieu Luc, il a levé la main!... Malheur! cet homme est fou sans doute, et ma colère Fit bien de l'épargner! — Son ange tutélaire L'éloignera de moi, sinon je lui ferai Connaître un jour le poids de mon bâton ferré!

Il jette une plume noire sur la table, et va mettre ion bâton dans un coin, à cote de son arquebuse.

Eh bien, ma mère, enfin je vous revois ! Ma mère, Kmbrasscz-raoi. . . Hachel m attend-elle ? J’espère Qu'ensemble quelquefois de moi l'on a parlé?

Que l'absence était longue à mon cœur accablé ! Hachel! ma sœur! Racbel qu’à chaque instant je

[nomme,

Et dont l’amour m’élève au rang d’un gentilhomme! C'est miracle qu’ici je revienne...

PERRKTTE MAUGER.

Pourquoi ?

Vous allez le savoir. Ma mère, embrassez-moi.

PERRKTTK MAUGER.

Un miracle, as-tu dit ? C’est ici chose rare Qu’un miracle! à présent le ciel s’en montre avare! Je me souviens d’un temps bien éloigné de nous. Où nous en attendions chaque jour, à genoux... Mais maintenant plus rien! plus d'anges en IJre- II a fui, le rayon qui dorait la montagne! [lagne! Les miracles s’en vont dans la brume effacés... Les jours armoricains sont à jamais passés !

Mathieu luc, vivement.

Ne dites pas cela! non, mère, car je jure Que le vieux sol breton toujours exempt d’injure, Tant que de ces deux bras je pourrai me servir, N’aura point d'ennemis qui viennent l'asservir! Que ceux du haut pays, ceux-là de France, ou

[ d’autres.

Nous apportent leurs saints, nous garderons les

[nôtres !

Or, quand un peuple veille, et qu’il ne veut changer Son cuivre ni son fer pour l'or de l’étranger. Lorsqu’il a bien à lui, sans que nul y regarde, Son costume et sa foi, ce peuple-là se garde!

Et bien mal avisés seraient les plus hardis.

S’ils se heurtaient à nous, mère, je vous le dis ! Nous sommes quelques raille encore, à tète dure. Quelques rudes garçons à longue chevelure.

Qui portons le surcot autour des reins serré.

Et qui nous appuyons sur le bâton ferré,

Et quand l'instant viendra, celle foule accourue, À quelque pauvre noble arrachant sa charrue, Lui dira par ma voix, prompte à se décider :

«Lève-toi, gentilhomme, et viens nous commander!*

PERHETTE MAUGER.

D'où viens-tu?

De Karnac; de Vannes, ma patrie.

De Vannes que jamais nul assaut n'a flétrie !

Du sombre Morbihan dont les fils courageux 1 Se plaisent à la guerre, à ces terribles jeux, i A ces chocs de soldats, à ces rudes batailles Qui laissent dans l'acier de si larges entailles.

Et qui sur le terrain, amolli par le sang,

I Font que du voyageur le pied glisse en passant...

| J’ai revu de Karnac les mornes avenues,

Ses géants de granit qui déchirent les nues,

Ses colosses blanchis qui debout et rangés.

Semblent des comballans en murailles changés ! Taudis que bondissant, par le démon poussée.

Se heurtait à ces rocs la rafale insensée.

Moi, calme et souriant, sans peur et sans frisson. Je lançais jusqu'au ciel ma sonore chanson !

Car vous vous souvenez, mère, qu’à mon oreille Toujours Fange propice est là qui me conseille, I.’ange de poésie à qui mon à me, un soir.

S'est ouverte en priant, comme un autre encensoir! J’aime les chants guerriers et les notes craintives Les guerz retentissans et les sônes plaintives;

Ma voix les retient tous et les disperse au venL.. El quand les villageois, de loin m’apercevant,

Mc jettent leur salut à travers les feuiliées :

I « Salut à Mathieu Luc qui charme nos veillées ! » Disent-ils; « Béni soit le chantre sans rivaux! » — Et puis ces braves gens reprennent leurs travaux! PERRBTTB MAUGER.

Qu’allais-tu faire à Vanne? et pourquoi ce mystère Qui couvrit ton départ?

Mathieu luc, baûsant la voix.

Il est sur cette terre.

Sur la terre bretonne, ouverte à l’exilé.

Un prince, un roi captif dont on vous a parlé Sans doute, et qui, jeté par le sort sur nos grèves, Voit un trône reluire en ses pénibles rêves :

Ce prisonnier royal se nomme Richemond.

Elvin, la vieille tour, qui de loin semble un mont, Elvin, que sans effroi nul passant ne regarde. Comme asile le prend, comme cachot le garde ; C’est vers la tour d’Elvin que s'adressaient mes pas.

PF.KRETTE MAUGER.

Pourquoi ?

MATHIEU LUC, souriant.

C’est un secret, vous ne le saurez pas.

perrktte mauger, d‘un ton de reproche.

I Un secret, Mathieu Luc! pour moi!

Mère, je pense...

PERHETTE MAUGER.

j Qu» t'envoyait?...

Le roi.

PERRKTTE MAUGER.

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