‹ Mathilde de Canosse et Yolande de GroningueChapitre 7 sur 15 · MESS1RE ABBÉ DAUFER · texte numérisé non relu

MESS1RE ABBÉ DAUFER

comme vous et moi, un homme qui admire votre courage et qui vous aime, parce que vous souffrez persécution pour la justice. Moi-même je me suis rendu auprès de lui, cette nuit, pour le consulter, non loin de la place où il vous a parlé : il m'avait donné rendez-vous à la fontaine de Saint-Wolfgang.

— Mais, qui donc est-il?

— Ne vous inquiétez pas, cher comte ; vous le saurez quand il en sera temps. Maintenant qu'il vous a mis en lieu sûr, il ne veut plus s'occuper que de votre Yolande.

A ces mots, l'abbé se leva, et comme la cloche se faisait entendre :

— Je vais au chœur, dit-il, je vais chanter Sexte et None avrc mes frères ; puis vous voudrez bien honorer ma pauvre table de votre présence ; nous dînerons ensemble.

La table fut mise dans une petite salle du rez-de-chaussée; elle s'ouvrait sur l'étang du jardin : d'antiques platanes entouraient le bassin et le couvraient d'ombrage tout en se mirant dans ses eaux. Lorsque l'heure eut sonné, on présenta à laver aux deux convives : l'abbé s'assit sur un escabeau de bois, le comte sur un fauteuil couvert de velours rouge. Au milieu de la table s'élevait un magnifique groupe d'argent qui représentait saint Benoît assis sur un rocher : à ses pieds était prosterné l'échanson de Totila, roi des Goths, qui, sur l'ordre de son maître, s'était fait passer pour lui : saint Benoît découvrait la feinte, et, tourné vers le prince barbare, il lui prédisait la prise de Rome et le jour de sa mort à lui-môme. Le dîner abondait en gibier et mets choisis ; tout était servi sur des plats d'argent, que des varlets et des pages, aux livrées de l'abbé, transportaient de la table à des dressoirs chargés de riche vaisselle. Mais au milieu de ce luxe princier, le prélat ne mangea qu'une écuelle de soupe d'avoine, à laquelle il ajouta quelques petits poissons marines, une poignée d'avelines, avec du pain grossier et de l'eau. Il entretint son hôte d'une façon si gracieuse que celui-ci ne se lassait pas d'admirer tant de science, d'esprit et de politesse, mêlé à une aussi grande abstinence. Cependant les pages et les officiers de service regardaient Pandolfe, à la dérobée, se disant à l'oreille :

— Savez-vous qui est ce seigneur? Ce doit être un homme d'im-

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