‹ Mathilde (volume 2)Chapitre 16 sur 57 · L'OPÉRA · texte numérisé non relu

L'OPÉRA

m naissait en moi; il pouvait me rendre la plus malheuretise des femmes; car M. de Lancry ne le parta*g«rait peut-être pas, ou, s'il le partageait, ses vues devaient peut-être déplaire à sa faimille ou à la mienne.

Au milieu de ces préoccupations si graves pour une pauvre tête de dix-sept ans, je regrettais sur*^ tout la présence de mon seul ami, de M. de Mortagne, en qui j*avais une confiance instinctive. Malheureu» sèment, les dernières paroles de mademoiselle de Mann firent évanouir les espérances que madame de JEticbeville avait éveillées en moi en m*annonçant le prochain retour de mon ancien protecteur.

Abandonnée au cours de ces réflexions, bien réso* lue à épier les moindres mouvements de mon cœur, j'attendis avec une sorte d'anxiété cette soirée, pendant laquelle je reverrais sans doute M. de Lancry pour la seconde fois.

Nous arrivâmes assez tard à l'Opéra ; la salle était complètement et brillamment remplie. Madame la duchesse de Berry assistait à cette représentation.

On donnait le Siège de Corinthe.

En entrant dans notre loge, la première personne que je vis, presque en face de nous, fut madame la duchesse de Ricbeville; madame de Mirecourt, une des amies de ma tante, et M. de Mirecourt, l'accompagnaient. Un autre homme que je ne connaissais . pas était aussi dans la loge de madame de Ricbeville. Sa figure basanée et assez austère, quoique très-jeune, me frappa.

On ne pouvait rien voir de plus élégant, de plus

joli que madame de Riche ville. Son iurbau de gaze blanche lamée d'argent allait merveMleusemeni à son teint un peu brun et à ses cheveux noirs comme du jais; elle portait une robe de velours cerise à mao* ches courtes, et malgré ses gants longs on pouvait juger de la perrection de ses bra&... fille tenait à sa main un énorme bouquet de roses blanches y Tune des plus grandes raretés qu^on puisse, dit-on, se procurer en hiver.

Je lis tout au monde pour êti*e au moins indifférente à sa beauté ; je ne pus m'empêcher d'être attristée : Tair mélancolique de la valse de Weber, qu'elle avait valsée avec M. de Lancry , vint, pour ainsi dire, accompagner ces tristes pensées.

Madame de Mirecourt se pencha vers madame de Richeviile, qui avait la vue très-basse, pour lui faire, sans doute, remarquer notre arrivée.

La duchesse prit vivement sa Iprguette, et me regarda avec beaucoup d'attention, mais non plus avec Tafiectation hautaine et malveillante qui m'avait frappée la veille.

On leva la toile. J'aimais tant la musique, l'Opéra me semblait si l>eau, que j'écoulai, que je regardai tout avec une avidité de pensionnaire.

Pendant i'entr'acte, je vis M. de Lancry se présenter dans la loge de madame la duchesse de Bcrry, loge que la princesse n'avait pas quittée pour entrer dans son salon.

Aladame parut accueillir M. de Lancry avec beaucoup de bienveillnice , causa assez longtemps avec lui, et au moment où il allait, sans doute, se retirer

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