‹ Mathilde (volume 2)Chapitre 35 sur 57 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Je passai une nuit remplie d*angoisses en songeant à rinquiétude, à l'agitation que M. cleLancry nVvail pu dissimuler.

Au point du jour, je me levai ; j'ét^jis douloureusement oppressée. Je voulais jeter un dernier regard sur cette mystérieuse et ebacmante retraite où jV^ vais passé des moments si heureux.

Hélas.'' éiait-ce un présage? Tant de bonheur devait-il à jamais s'évanouir?..

Le ciel, si pur pendant tant de jours, se voilait de nuages noirs ; un vent froid gémissait tristement à travers les grands arbres de la forêt

La prédisposition de Tâme est un prisme qui colore les objets extérieurs de ses reflets sombres ou riants. Je fis une remarque puérile, mais elle me navra....

Toutes les fleurs qui ornaient cette demeure avaient été apportées et iransplanlées comme une décoration champêtre. Peu à peu elles avaient langui et s'étaient flétries. Absorbée par mon bonheur, voyant tout à travers les rayonnements que ramoni jetait sur ma vie, je ne m'étais pas aperçue de TinseuMble éliolement de ces plantes; mais à ce mo-

inunt, SOUS ce ciel gris, pensant à ce départ qui m'affligeait, je fus douloureusement frappée de ce spectacle.

Malgré moi, je fis un vague rapprochement entre les jours heureux que je venais de passer et Texistence de ces fleurs, pauvres fleurs éphémères, dépaysées, sans racines, qui, au lieu de s^épanouir chaque matin toujours fraîches et vivaces, mouraient d'une mort précoce, après avoir jeté un parfum, un éclat passagers.

Je frémis... en me demandant s'il en devait être ainsi de la félicité que j'avais goûtée.

Pourtant je voulus échapper à ces réflexions pénibles; je les regardai comme un blasphème.

Je cueillis pieusement quelques branches d'héliotrope et de jasmin que je me promis de garder toujours ; je pensai qn'après tout, j'étais folle de chercher (le douloureux pronostics dans un état de choses qu'il dé|)endait de moi de faire cesser.

Je résolus d'établir un jardinier dans notre maisonnette pour y cultiver des fleurs qui, cette fois, ne mourraient ]>as au bout de quelques jours.

Par une réflexion bizarre, je me demandai pourquoi l'on entretenait si religieusement les tristes jardins des tombeaux, et pourquoi l'on n'entourerait pas des mêmes soins pieux et touchants les lieux consacrés par quelques souvenirs chéris.

Je rentrai.

Gontran semblait encore plus soucieux que la veille.

La voiture arriva ; uous partîmes.

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