‹ Mathilde (volume 2)Chapitre 37 sur 57 · LES VISITES DE NOCES · texte numérisé non relu

LES VISITES DE NOCES

M. de Lancry avait profile de notre absence pour faire disposer rhôlel Rochegune ; nous le trouvâmes prêt à notre arrivée. Quoique cette maison tût splendide, je ne pus vaincre un sentiment de tristesse en y entrant. Tout m*était pour ainsi dire nouveau dans cette demeure, et l'inconnu m'a toujours glacée.

Ursule et son mari étaient partis. Elle devait venir passer Tautomne à Maran; M. Séclierin Ty amènerait et viendrait la reprendre, .ses occupations ne lui permettant pas une longue absence.

Le lendemain du jour de notre arrivée, je m'éveillai de bonne heure; je sonnai Blondeau, elle enira.

— Eh bien!... et mes fleurs? — lui dis-jo en ne lui voyant pas la corbeille de jasmin et d'héliotrope qu'elle m'avait toujoui's présentée chaque malin déduis mes fiançailles avec Gonlran.

— On n'en a pas apporté, madame.

— C'est impossible !

— Je puis vous assurer, madame, qu'on n'a rien apporté... Je viens de l'antichambre.

— C'est inïposslblii, encore une fois; je l'en prie, retouriies-y, ma bonne Blondeau.

Eilc rcviul suis llcius.

Ce fut un enfantillage, sans doute, mais les larmes me vinrent aux yeux.

Blondeau s'en aperçut et me dit :

— MaiSj'madame, nous sommes seulement ici depuis hier, ça ne peut être qu'un oubli.

Hélas ! oui, ce n'était qu'un oubli, et cet oubli me faisait mal.

Dans ma superstition de cœur, j'attachais une importance, une signification extrême à cette preuve quotidienne du souvenir de Gontran. C'était trèssimple en soi-même, il ne s'agissait que de donner un ordre et d'en surveiller l'exécution ; c'est par cela même que je ressentais plus vivement encore cette privation qu'on aurait pu si facilement m'épargner.

Blondeau, voyant mes larmes, voulut me consoler ; elle m'avoua que les craintes qu'elle avait eues de ne pas me voir heureuse étaient évanouies; que M. de Lancry paraissait rempli de soins, de bontés pour moi, et que je n'étais pas raisonnable de m'affecter si profondément pour si peu...

Jamais je n'aurais accusé Gontran. Je contins mon chagrin; je dis à Blondeau qu'elle avait raison, que j'étais folle, qu'il ne fallait plus songera cela.

Puis je pensai qu^après tout c'était peut-être une maladresse de nos gens... J'attendis le lendemain avec angoisses..* Pas de corbeille encore.**

Pour en finir avec les fleurs, à dater de ce jour elles ne reparurent plus.

Pour rien au monde je n'en aurais parlé à M. de Lancry. Après le chagrin que cause l'oubli de certaines prévenances, il n'y a rien de plus douloureux»

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de plus hamiliant poar le cœur que de réclamer contre cet oubli.

Quoique j'aie cruellement et longtemps souffert d'une puérilité si insigniûante en* apparence, j^excusai Gontran aux dépens de ma susceptibilité, sans doute exagérée, déraisonnable.

Je lui sus gré d'avoir du moins mis une sorte de transitiou à cet oubli si cruel pour moi.

Combien d'hommes, le lendemain de leur mariage, substituent tout à coup une sorte de laisser-aller insoucieux et égoïste aux prévenances, aux recherches de la veille!

Les insensés! pour échapper à quelques douces 'contraintes, pour vivre ce qu'ils appellent «an* ^e«e, ils ne savent pas de quelles ravissantes douceurs ils se privent à jamais! ils ne comprennent pas que le mariage devient une existence monotone, grossière, souvent intolérable, faute de cette continuité de soins exquis, de coquetteries gracieuses, de délicatesses charmantes et mystérieuses!

Ils ne comprennent pas que de ces attentions si futiles en ai)parences dépendent souvent le bonheur» le repos delà vie!

Ils ne sentent pas enfin à quelle humiliation navrante ils réduisent une iemme, du jour où ils la forcent à se demander si c'est son titre d'épouse qui lui mérite cette brusque cessation d'empressement! Ils ne sentent pas de quelle généreuse résignation il faut qu'une femme soit douée pour ne pas faire une comparaison fatale entre les égards attentifs de gens qui

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ne lui sont rieu... et la négligence de celui qui doit être tout pour elle!...

Hélas! je sais qu'on reproche aux femmes qui ressentent si vivement ces nuances, d'attacher une importance outrée, ridicule, à de petites choses, à des misères; et pourtant ces misères suffisent presque toujours au bonheur des femmes ! ^^^

Pour ces misères, elles se dévouent aveuglement, avec orgueil, avec joie!

Pour ces misères, elles oublient souvent les privations, les chagrins, les grands malheurs qui les frappent; car ces misères leur prouvent qu'elles sont précieusement aimées, et il est une chose (pii les blesse toujours d'une manière incurable, c'est rindififérence et le dédain.

El puis enfin, puisque les hommes, dans leur glorieuse suffisance, ^ traitent d'enfantillage ce qui est tant pour nous, est-il bien généreux de leur part, à eux si sages, à eux si forts, à eux si puissants, de nous refuser quelques soins qui leur coûteraient si peu, et qui nous seraient au moins un prétexte de les aimer avec adoration?

Cette longue digression était peut-être nécessaire pour faire sentir combien je devais souffrir de l'ou* bli de Contran. Ce fut le premier chagrin qu'il me causa

Ct'ttii journée, d'ailleurs si malheureuse à son début, devait m'être pénible.

Après le déjeuner, M. de Lancry me montra la liste des visitée de noces qu'il avait fait dresser, et me dit:

— 11 est inulilcd'y mettre le nom de mademoiselle

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