II
de nécessaire... Je n'exige pas que vous voyiez souvent votre tante, mais je désire que vous la voyiez quelquefois.
— Non, je vous dis que la vue de celte femme me tuera... Elle me fait horreur.
— Ce sont là des exagérations, ma chère Mathilde. Réfléchissez à une chose : le monde ne pourra s*expliquer voire brusque rupture avec une parente qui vous a élevée... et qui a presque f.tit mon mariage. Vous comprenez cela, Maihilde... On fera des commentaires... des suppositions à perte de vue... On interrogera votre tante. . Celle-ci, choquée de ce manque de procédés de votre part, sera capable de Texpliquerà sa façon... Vous, moi... et... M. de Mortagne,
— ajouta Gontran en prononçant ce nom avec effort,
— nous avons seuls entendu les folles et méchantes paroles de mademoiselle de Maran ; craignez de la pousser à bout, elle pourrait répéter à d'autres ce qui demeurera un secret pour nous... et, malgré son inaltérable pureté, la mémoire de votre mère...
— Et c'est vous*... vous, Gontran, qui me proposez cela!... Ehl que m'importe le monde?... et que m'importent les abominables noirceurs de mademoiselle de Maran? Croyez-vous donc que si l'on m'interroge je laisserai ignorer la raison qui m'a fait à jumain rompre avec elle? Non, non... Il n'y a pas de plus sanglante vengeance à tirer des calomniateurs que de proclamer leurs calomnies, et de les écraser uinsi sous leur propre honte! Ah! ne craignez rien, Gon. tran, la noble mémoire de ma mère peut braver les bas.ses attaques de mademoiselle de Maran. Tous le
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honnêtes gens m'approuveront quand je dirai pourquoi je ne veux pas remettre les pieds chez cette horrible femme.
— Mathilde, vous parlez en tille tendre et dévouée, c'est tout simple, mais vous ne connaissez pas le monde... Croyez-moi, maintenant la mémoire de votre mère m*est aussi sacrée qu'à vous; c'est pour la conserver pure de toute souillure que, malgré votre " répugnance, j'insiste absolument pour que vous fassiez quelques rares visites à mademoiselle de Maran. Encore une fois, cela est nécessaire, indispensable... vous m'entendez.
En prononçant ces derniers mots, la voix de M. de Lancry, jusque-là douce et affectueuse, prit une expression plus ferme; il contracta légèrement ses sourcils.
Je craignis de l'avoir blessé par ma résistance, j'en fus désespérée; mais ce qu'il me demandait, avec raison peut-être, me semblaft au-dessus de mes forces.
— Pardon, pardon, mon ami, — lui dis-je; — ayez pitié de ma faibleâ.se... Je ne, le peux pas... Encore une fois, pour rien au monde... je ne reverrai cette femmç... Âu nom de notre amour, Gontran... n'exigez pas cela de moi... Je ne le pourrais pas.
— Je vous assure, Mathilde, que vous le pourrez... CTest un sacrifice, un grand sacrifice... soit... je vous le demande.
— Gontran, par pitié!
— Je vous dis que cela est nécessaire, et que vous le ferez.
iOA MATHItDF.
— Mais, mon Dieu ! mon Dieu ! vous ne savez donc pas ce que c'&st que... ?
M. de Lancry m'interrompit avec une violence jusque-là contenue, et s'écria en frappant du pied :
— Je sais bien ce que c'est, moi ! que d'avoir enduré les honteux reproches, les insolentes bravades de M. de Morlagne!... Je sais ce que c'est que d'avoir été presque insulté à la face de votre famille et de la mienne ; je sais de que c'est que d'avoir refoulé ma haine et mon désir de vengeance; je sais enQn ce que c'est que d'avoir, par égard pour vous, consenti à ne pas forcer cet homme à me donner satisfaction, quoiqu'il se retranche derrière la protection qu'il vous porte ! Eh bien ! c'est parce que je sais combien tout cela m'a coûté... qu'en retour je vous demande de faire ce que je crois de votre rigoureux devoir... Une fois pour toutes, madame, autant vous me trouverez aveuglément dévoué à tous ceux de vos désirs qui ne vous seront pas fâcheux, autant vous me trouverez intraitable lorsqu'il s'agira de céder à un caprice.
— Un caprice!. . Gontran... mon Dieu!... un caprice ! î !
— L'exagération d'un sentiment très-louable vous empêche de juger nettement cette quesHon.
— M:u^ mon cœur se révolte... malgré moi; que puis-je faire?
— Eh bien ! puisque les raisons, puisque le* priè^ res ne peuvent rien sur vous, s'écria M. de Lstncry en courroux, je vous déclare que si vous ne consentez pas à m'accompagner chez mademoiselle de Ma-
LES TlSiTES DE NOCES. lOl
ran, je découvrirai la demeure de M. de Morlagne ; je connais sa bravoure^ je sais que malgré sa résolulion de ne pas se battre, il est des outrages quMl ne souQ'rira pas... et si vous m*y forcez par votre refus, je...
— Ah! c'e^-t affreux. . Contran... j'irai chez mademoiselle de Maran, — dis-je en pleurant et en prer uant la main de mon mari entre les miennes presque avec effroi, et comme pour Tarracher à un grand danger.
On frappa à la porte du salon où nous étions, je rentrai en essuyant mes larmes dan» ma chambre à coucher.
J'entendis un valot de chambre annoncer à mon mari que M. le comte de Lugarto Tattendait chez lui.
Gontran vint me trouver, changea de ton, me parla avec tendresse, et me dit de le faire avertir lorsqu'il pourrait m'amener M. Lugarto, qu'il voulait me présenter.
— Mais je suis en larmes,— lui dis-je; —de grâce, remettez cette visite.
— Vite, vite, séchez ces beaux yeux, — me dit Gontran avec une apparente gaieté, — ou je vous amène tout de suite mon tigre dompté. Pendant que vous allez vous remettre, je vais lui faire admirer notre maison, et j'enverrai tout à l'heure vous demander si vous pouvez nous recevoir.
loi MATUILUE.