‹ Mathilde (volume 2)Chapitre 56 sur 57 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Après le départ de M. Lugarto, ni moi ni Contran nous n'eûmes le courage de dire un seul mot ; je tombai dans un abîme de réflexions désolantes.

n'était donc vrai, un mystérieux, un terrible secret mettait M. de Lanery dans la dépendance de M. Lugarto.

Pour la première fois, mon mari avait parlé de se tuer; cette horrible pensée ne m'était jamais venue à Tesprit ; je frémissais en songeant à la résolution de Contran.

J'avais ressenti au cœur un coup bien douloureux lorsqu'il s'était écrié, en s'adressant à M. Lugarto ; — Sans la crainte de vous causer une joie inferncUe^ je me serais déjà tué.

Hélas! et moi, il oubliait donc que je lui survivais?... Alors je me reprochai amèrement d'être comptée pour si peu dans la vie de Contran ; je me reprochai de l'avoir pour ainsi dire mal aimé.

Ce n'était pas une vaine humilité de cœur, c'était conscience. Sans doute, j'avais toujours été pour lui dévouée, prévenante, soumise, passionnée ; mais j'avais sans doute mal employé ces nobles sentiments, puisqu'il pouvait mourir sans me regretter.

De ce moment,* j'acquis celte amère conviction, née de Tamo&r le plus fervent et d'une profonde défiance de moi-même : — Von a tw jours tort de wVirê pas aimée.

Je m'attachai de toutes mes forces à cette conviction, paradoxale sans doute; j'employai toutes les ressources de mon esprit, toute la puissance de mon cœur à lui donner une irrécusable autorité.

Elle me permettait de m*accuser et de pardonner ài Contran.

Les femmes qui ont aimé avec cet aveuglement sublime, avec cette magnifique abnégation de soi qui constitue la passion, comprendront le bonheur qu^on a de saisir la moindre occasion d'excuser les cruautés de celui qu'on chérit, lors même qu'on doit se sacrifier à cette réhabilitation.

Maintenant que les années, maintenant que le malheur ont mûri mon jugement, il me semble qu'il faut peut-être attribuer aussi cette opiniâtre indulgence à l'impérieux besoin que nous avons de justifier notre choix à nos propres yeux, même au prix de nos plus chères espérances.

Une fois dans cette voie de défiance de moi, je me reprochai encore de n'avoir pas su inspirer à Contran assez de tendresse pour qu'il m'eût appris le malheureux secret dont M. Lugarto faisait un si funeste abus.

En voyant l'accablement de Contran, j'en vins à me faire presque un crime de m' être montrée si dédaigneuse envers M. Lugarto, de n* avoir pas su mieux dissimuler mon aversion. Au lieu de s'exaspérer

coutrc nous, peut-être cet homme fût-il resté inoffensif.

Je fus heureuse et poartaut presque épouvantée de cette dernière réflexion.

Telle était la formidable puissance de Famour! Moi, si fière, surtout depuis que j'appartenais à Contran, je regrettais presque de mètre conduite avec dignité envers le plus méprisable, le plus méchant des hommes.

Maintenant je m'étonne du silence prolongé que moi et Goutran nous nous gardâmes après cette scèni*. ; mais les paroles de M. Lugarto établissaient si nt^ttement rhorrible dépendance deGontran à son égard, que nous devions rester quelque temps comme étourdis de ce coup écrasant.

M. deLancry tenait son visage caché dans ses deux mains.

Je m'approchai de lui toute tremblante. — Mon ami... -- lui dis-je.

— Que voulez-vous encore?— s'écria-t-il brusquement et d'une voix courroucée. Il redressa son front, qui me parut sombre et comme la nuit, et me jeta un regard qui me* fit pâlir.

— Voilà où votre causticité, voilà où votre solle pruderie nous ont conduits! à une explication positive. Vous devez être satisfaite, maintenant! Ma position envers Lugarto est claire et tranchée, j'espère?

— Comment! Contran, je devais écouter sans indignation les horribles aveux de cet homme!... Mais mon honneur! mais le vôtre !

— ' £b, madame l qui vous parle de compromettre

votre honneur et le mien ? Il y a un abîme entre une faute et une innocente coquetterie... Si vous aviez eu Tombre de perspicacité, aux premiers mots que je TOUS ai dit sur Lugarto, vous auriez deviné que c'était un homme à ménager. Mais non, malgré mes re • eommandations les plus expresses, vous avez vingt fois pris à tâche de Firriter. Blasé, méchant comme il est, il trouve un affreux plaisir dans les contrariétés, dans les résistances... Quelques banalités affectueuses de votre part nous en auraient débarrassés... Mais TOUS Tavez piqué au jeu... Maintenant,— ajouta M. de Lancry avec rage, — maintenant il est poussé à bout. Malgré moi je me suis laissé aller à lui dire de dures paroles... Maintenant je sais qu'il vous fait la cour, et il faut que je sois assez lâche pour ne pas le souffleter, et pour aller ce soir, demain , tous les jours en public avec vous et avec lui... Voilà ce dont vous êtes cause, madame.

— Moi!... moi!...

— Eh ! oui, mille fois oui ! Puisque vous étiez stire de vous autant que je le suis moi-même, il fallait, sans agréer ses soins, ne pus le repousser brutalement; il fallait lui dire avec grâce et bonté que ses assiduités vous compromettaient, et que puisqu'il voulait vous être agréable, il devait commencer par TOUS obéir en cela. Il vous aurait écoutée; car, ainsi TOUS ne lui ôtiez pas toute espérance, vous ne l'exaspériez pas... Mais était-ce à moi à entrer dans de pareils détails? était-ce à moi à vous dire le rôle que vous deviez jouer dans cette circonstance? Ne deviez-vous pas m'épargner ce soin à la fois humiliant

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et ridicule? SI vous m'aimiez pour moi, je n*aui*ais pas eu besoin de vous dire toui cela... II ne suilBt pas d'être une femme de bien, de faire parade de sa vertu,— ajouta-t'il en souriant avec amertume ; — il faut encore tâcher de ne pas mettre son mari dans une position dont il n% puisse sortir que par le déshonneur, ou par un crime... fintendez-'Vous , madame?

— Grand Dieu!... GontranI

— Vous parliez d'obligations d'argent... je dotiiierais ma vie pour n^en avoir pas d'autres... envers lui ; car sachez-le donc, malheureuse femme, il tient entre ses mains plus que ma vie... entendez-vous, plus que ma vie... Maintenant, comprenez-vous?

—Je comprends, mon Dieu ! je comprends.... Pardonnez-moi, Gontran, soyez bon; tout à Theure, je me suis dit aussi que j'avais tort. Vous le savez, avant ma maladie, j'ai pris la résolution de vous aimer pour vous ; cette résolution je la tiendrai toujours, mon ami... Notre position est horrible... Ce secret, je ne vous le demande pas; non, non; mais enfin que faut-il faire?

— Aller ce soir à ce dîner d'abord, puis à cette fête...

— Soit, nous irons... nous irons... Oh ! vous verrez, j'aurai du courage. Je parlerai à cet homme sans lui témoigner mon aversion. S'il le faut, je lui sourirai. Le monde interprétera ma conduite comme il le voudra... Peu m'importe, pourvu qu'aux yeux de Dieu et de vous, je n'aie pas à rougir..^ Gontran, j'ai plus de résolution que vous ne le pensez. Voyons, regar-

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dons notre position bien en face.-. €et homme peut vous perdre; je Tabhorre autant que je vous aime, Gontran ; je pourrai bien, je vous le promets, cacher rhorreur qu'il m'inspire... mais enfin s'il persiste, si un jour il me dit... à moi... car cet homme ose tout : — Ce secret qui peut perdre votre mari, je le dévoile, si vous ne m'aimez pas?...

Gontran rougit d'indignation et s* écria :

— Je le tuerai... et me tuerai après!

— Cet homme avait donc raison... mon ami... nn crime ou le suicide... Allons... c'est bien... En tout cas vous ne mourrez pas seul. Voici donc nos chances les plus terribles... Maintenant écoulez-moi... Ce matin M. de Rochegune est venu me faire ses adieux ; il a reçu ici une lettre de M. de Mortagne. Ne prenez pas cet air courroucé, Gontran ; notre position est bien triste, et M. de Mortagne est peut-être notre .seul ami. 11 sait, je ne sais comment... que M. de Lugarto a de funestes desseins sur vous, sur moi. Il est parti, dit-il, de Paris pour les déjouer; il me fait surtout recommander de ne jamais vous quitter si vous voyagiez. Tout ceci est bien vague, sans doute; mais enfin il est toujours consolant de penser que nous avons des amis qui veillent sur nous.

~ Et M. de Mortagne aura bien à faire pour que j'oublie ses lâches insultes ! — s'écria Gontran.

— Ce qu'il faudra faire pour cela, mon ami, il le fera de grand cœur, croyez-le.

— Mais au fait... il ne s'était pas trompé; il vous avait prévenue que je vous rendrais très-malheureuse, — .dit Gontran avec une irritation continue,—

EXPLICATION. tôà

VOUS devez recounaltre la justesse de ses prévisions.

— Mon ami, — dis-je eu tâchant de sourire, — sans doute j'aime beaucoup M. de Mortagne, mais je suis forcée, en cette occasion, de lui donner tort; ce n*est pas vous, c'est cet homme implacable qui me rend si malheui*euse ! Tant que vous avez été libre, se m^avez-vous pas comblée de toutes les félicités possibles ? Avant mon mariage ne vous ai-je pas dû de beaux jours tout rayonnants d*amour et d'espérances?

— Et ces espérances ont été bien trompées... n'estce pas?

— Contran... vous savez bien qu'il n'en est rien. N'ai-je pas goûté un bonheur idéal dans notre retraite de Chantilly? Qui est venu nous arracher de cet éden? cet homme odieux! Son arrivée n'a-t-elie pas été le signal de nos chagrins! Ne sais-je pas maintenant qu'en rendant des soins à cette femme dont j'étais si jalouse, vous obéissiez encore à l'influence de cet homme? N'avait-il pas besoin, pour ses afl'reux projets, que vous eussiez l'air de m'être infidèle? Encore une fois, Gontran, je ne vous accuse pas.

— Vous êtes pourtant, et toujours et malgré tout, une noble et excellente créature, — me dit Gontran en me regardant d'un air attendri. — Ah ! maudit soit le jour où j'ai écouté les avis de mon oncle et de votre tante!... Quelle vie je vous ai faite, malheureuse enfant! Ah! c'est affreux! Tenez, j'ai quelquefois horreur de moi-même.

En disant ces <nols, Gontran sortit violemment.

i36 MAtUiLUË.

Le malbeur donne quelquefois une grande décision de caractère.

Je résolus de suivre les ordres de Contran, d'être affable pour M. Lugarto. Maintenant que je ne suis plus sous le charme de Tamour que m*inspirait M. de Lancry, ni sous Timpression de la terreur que m'inspirait San amif je puis à peine concevoir comment j'ai pu me résigner à cette honteuse, à cette humiliante concession, après la scène odieuse qui avait eu lieu le matin.

Mais alors je n'hésitai pas ; avant tout il fallait surtout gagner du temps. M. de Mortagne agissait de son côté : peut-être espéraît-il trouver le moyen d'arracher Gontran à l'influence de M. Lugarto.

Nous partîmes pour ce dîner, pour cette fête.

II faisait un temps magnifique; je me rappelle une circonstance puérile, mais bizarre.

Au coin de l'avenue de Marigny, notre voiture fut obligée de s'arrêter quelques instants. Un pauvre, d'une figure hideuse et difforme, s'approcha et demanda l'aumône.

Gontran, je crois, ne l'entendit pas; le mendiant jeta sur nous un regard de courroux et nous dit avec un geste menaçant, au moment où notre voiture repartit: — Ces riches! ils sont bien fiers, ils sont si heureux !

Par un mouvement spontané, nous nous regardâmes, Gontran et moi, comme pour protester contre cette accusation de bonheur.

Hélas ! pourtant, l'erreur de ce pauvre était excusable : il voyait une jeune femme, un jeune homme,

dans une brillante voiture, entourés de ce luxe que le vulgaire prend pour le bonheur et qui cache souvent tant de douleurs, tant de plaies incurables. Ce pauvre pouvait-il deviner les chagrins dont nous étions navrés? et cette fêtft ^èomptueuse à laquelle nous nous rendions comme à un supplice avec une sourde et yague frayeur? Que de tristes enseignements dans ces contrastes de l'apparence et de la réalité!

Nous arrivâmes chez M. Lugarto.

Mon découragement, ma tristesse avaient fait place à une sorte d'animation ftbrile et factice. M. Lugarto nous reçut le sourire sur les lèvres; il triomphait dans Torgueil de son exécrable méchanceté.

Sa maison, que je ne connaissais pas, était encombrée de toutes les magnificences imaginables, mais entassées, mais accumulées sans goût. Au milieu de ce chaos d'admirables choses, certaines mesquineries inouïes dénotaient des instincts d'avarice sordide. Cette vaste et opulente demeure, malgré ses proportions, manquait complètement d'élégance, de noblesse et de grandeur.

Nous y trouvâmes réunies les personnes que M. Lugarto nous avait annoncées. De temps en temps je regardais Gontran pour prendre courage. M. Lugarto parut frappé du changement qui s'était opéré dans mes manières à son égard.

Tout ce que je pus faire fut d'être pour lui d'une politesse presque bienveillante ; il en parut plus étonné que touché : il me considérait attentivement, comme s'il eût douté de cette apparence; il fut pour moi de la plus extrême prévenance.

2S8 HATUiLDE.

Gontran était placé auprès de la pnncesse Kser- Dika ; soucieux, absorbé, il répondait à peine aux coquetteries provocantes de cette femme.

M. Lugarto me dit à voix basse et en sortant de table qu'il était lé plus heureux des hommes, puisque je semblais renoncer à mes injustes préventions contre lui ; qu'il regrettait amèrement son emportement du matin, mais que je devais Texcuser en faveur de la violence d'un amour dont il n'était pas le maître.

— Hélas! — pensais-je en l'écoutant, — qui m'aurait dit, un jour, que trois mois après mon mariage, après cette union qui était pour moi si adorablement belle et sainte, je serais réduite à entendre de telles paroles sans pouvoir témoigner ma honte, mon dé-. goAt, mon indignation? Oh! profanation! oh! sacrilège! un amour que j'avais rêvé si noble, si grand, si pur!

Après dîner, ainsi que l'avait voulu M. Lugarto, nous montâmes dans sa voiture, lui, la princesse, Gontran et moi ; nous allâmes à Tivoli. Mon supplice continua.

M. Lugarto me donnait le bras ; mon mari donnait le sien à la princesse : il y avait beaucoup de monde à cette fête ; presque toutes les personnes de la cour que leur service retenait à Paris y assistaient

J'étais restée assez longtemps malade; depuis quelques semaines je n'étais pas allée dans le monde : aussi certaines nuances dans la manière dont on miaccueillait, ainsi que M. de Lancry, me surprirent sensiblement.

Les hommes lui rendaient ses saints d'un air froid

el distrait; quelques femmes auxquelles il parla lui répondirent à peine. M. Lugarto fut, au contraire, accueilli comme d*habitude; son visage rayonnait. Je crus voir que les hommes lui jetaient des regards d'envie et que plusieurs femmes me montraient avec dédain.

Les révélations de M. de Rochegune me vinrent à X lu pensée; je frissonnai en songeant aux bruits ignominieux dont moi et Gonlran nous étions peut-être Tobjeten ce moment, tant les apparences semblaient accablantes..

Je me sentis défaillir; je dis à M. Lugarto d'une voix suppliante :

~ Vous tenez notre destinée entre vos mains, monsieur, ayez pitié de nous... sortons de ce jardin...

— Voici, madame, la duchesse de Berri. Gontran ne peut se dispenser d'aller la saluer, ni vous non plus, — me dit M. Lugarto.

En effet, Madame était venue à cette fête; elle entrait alors sous une tente où Ton dansait.

Je repris un peu d'espoir. Lorsque j'avais été présentée à Madame^ après mou mariage, elle avait bien voulu m'accueilliravec cette grâce touchante et cordiale qui n'appartennit qu'à elle.

— « C'est un trésor que mademoiselle de Maran ; « en vérité ; vous êtes plus heureux que vous ne le « méritez, monsieur de Lancry, » — avait-elle dit à Contran d'un air moitié souriant, moitié sérieux.

Je pensais que Madame , en nous accueillant avec sa bonté accoutumée, imposerait aux méchants propos du monde, et que , par habitude de cour, toutes

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les personnes présentes modèleraient leur conduite envers nous sur celle de Madame,

Je pris lé bras de Contran ; nous nous approchâmes de S. A. R.

Mon cœur battait à se rompre.

En nous voyant venir, les personnes qui accompagnaient Madame s'écartèrent de façon à laisser un assez grand espace vide entre nous et la princesse. ,

Je vis avec frayeur la figure de Madame, d*une expression ordinairement si bienveillante, se rembrunir tout à coup et devenir hautaine et sévère.

Malgré son assurance, M. de Lancry tressaillit légèrement. A peine avait-il salué Madame , qiie S. A. R., après avoir regardé mon mari avec un mélange de dédain glacial et de fierté révoltée, comme si elle eût été iudignée que nous eussions osé nous présenter devant elle , nous tourna le dos sans lui dire un mot.

M. de Lancry devint p&le de douleur et de rage. Il me fit tellement pitié que j'eus la force de surmonter mes ressentiments. Je lui dis d'une voix ferme 2

— Mon ami , pardonnez à Madame. Elle, toujours si bonne, si généreuse, aura été involontairement surprise par les calomnies du monde... Venez, venez... Pas un mot de ceci à M. Lugarto; ne donnons pas ce nouveau triomphe à sa méchanceté.

J'entraînai presque M. de Lancry.

Un grand nombre de personnes curieuses de voir Madame l'avaient suivie ; nous pûmes cacher notre confusion dans la foule , et rejoindre M. Lugarto et madame de Ksernika.

EXPLICATION, Ul

— Il me seirible que madame la duchesi^e de Bcrri vous a parfaitement accueillis , — dit M. Lugarto avec ironie à M. de Lancry.

— Oui... oui... fort bien , — dit Gontran en souriant d'un air contraint.

Je donnais le bras à Gontran ; son cœur battait si vite , si violemment, que j'en sentis les pulsations. Je vis qu'il se contenait à peine.

— Je ne veux pas , mon cher, vous enlever plus longtemps à madame de Ksernika, — dit M. Lugarto.

Je me pressai contre Gontran; il me dit à voix basse : — JUn moment encore... donnez-lui le bras... je vous en prie.

L'accent de s§ voix me parut singulièrement altéré ; il ajouta tout haut :

— Et moi, mon cher Lugarto , je ne veux pas vous enlever plus longtemps non. plus à madame de Lancry ; nous nous entendons à merveille. Mais ne devions-nous pas aller prendre des glaces chez Torloui, ce soir?

— Sans doute,— répondit M. Lugarto. J'y pensais bien, mon cher, et je ne vous aurais pas fait grâce de cette partie du programme de notre soirée^ — ajoutat-il avec un sourire sardoniquè.

— Ni moi non plus, mon cher, — reprit Gontran. J'étais désolée, je croyais cette malheureuse soirée

terminée. Tout Paris était à Tortoni ; notre présence allait être une nouvelle occasion de calomnies.

En regagnant notre voiture , M. Lugarto me dit à voix basse :

— Je n'ai pas été dupe de Lancry; la duchesse de

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