‹ Mathilde (volume 3)Chapitre 17 sur 107 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lorsque mademoiselle de Maran nous eut annoncé qu'elle nous conduirait au bal de Tambassade d'Autriche, Ursule et moi nous fûmes très-inquiètes; cela était fort simple, car nous vivions presque dans la retraite. ^

Rien de plus monotone, de j)lus régulier que nos habitudes.

Le matin nous prenions nos leçons. Dans Tapies -midi , selon la saison, nous allions nous promener, soit à pied avec madame Blondeau. soit en voiture avec mademoiselle de Maran ; puis nous rentrions, et, après nous être habillées , nous restions quelquefois dans le salon de ma tante à travailler jusqu'au dîner.

Plusieiu^s de ses amis venaient la voir a cette heure. Ils étaient peu nombreux, et tous d'anciens compagnons d'émigration de mon père.

Parmi eux, nous aimions beaucoup M. de Versac, l'un des grandsofïiciers de la maison du roi.

Malgré ses soixante-dix ans, on ne pouvait voir un vieillard d'un esprit phis gai, phis jeune, plus aimable. Il était d'une tournure encore très-élégante, montait achevai à merveille, (^1 ne manquait aucune

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(les chasses (lu roi onde monsieur le (hmpliiii. Il iivait loujouis cMé poiii

moi (rime bonté parfaite, et, à ma i»ian(le jcMC, il avait souvent (h'»- 4^w

fendu Ursule en pienant très-gaiement son paiti contre ma tante.

M. (le Versac étail d un (caractère charmant, mais sans consistance; il avait pass() sa vie à plaire, et il lui eût été iuipossible de ne pas (lii'(^ une chose aimable, gracieuse ou llattcuse. Jamais il n'avait, je crois, prononcé un mot (pii a|)prochAt de la criticpie.

Je suis maintenant ([uehpiefois tentée de croire que cette impitoyable bienveillance cachait, sinon un profond dédain, du moins une parfaite indillérence de tout et de tous. Mais si ce sentiment existait chez M. de Versac, il devenait difficile de le pénétrera travers Tenveloppe dVnba nité et d'airabilité exquise dont il s''entourait. D''ailleurs je n''ai jamais pu me représenter M. de Versac ne souriant pas ou ne tlattant pas . il avait les plus belles dents du monde, un sourire très séduisant : peut-être ces avantages décidèrent-ils de son optimisme.

Je vois encore sa figure remplie de noblesse et de cette grâce affectueuse particulière aux vieillards heureux. Il portait ses cheveux blancs avec beaucoup de coquetterie. Lorsque, le soir, sa toilette, d^ine recherche peut-être extrême pour son âge , était rehaussée du cordon bleu et de la plaque d''argent de l'ordre du Saint-Esprit, on ne pouvait imaginer un type plus agréable du grand seigneur d'autrefois.

Il voyait rarement madame la duchesse de Versac, sa femme, qui depuis la restauration était retirée à l'Abbaye-aux-Bois, où elle s*'occupait de pieuses et bonnes œuvres.

Ce qui nous faisait encore aimer M. de Versac, c'^étaient toutes ses narrations^ enchanteresses des bals de madame la duchesse de Berry, et surtout des quadrilles costumés. M. de Versac était un homme de plaisir par excellence ; il parlait de ces fêtes , de ces distractions de la vie oisive et opulente avec le plus vif intérêt.

Parmi les autres personnes qui composaient, le matin, le petit cercle de mademoiselle de Maran, il y avait encore un des ministres du roi. C'était le meilleur homme du monde ; il nous amusait fort par ses distractions et par ses insurmontables envies de dormir, auxquelles il cédait quelquefois en plein jour avec une bonhomie charmante.

Ce qui mettait le comble à notre joie , c'était l'arrivée de M. Bisson , homme d''une science prodigieuse et d''une réputation européenne ; il passait pour l'un des membres les plus éminents de T Académie des sciences. C'était un grand homme maigre, haut de six pieds, avec une toute petite tête, et la figure la plus débonnaire qu''onpiit voir; son

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