‹ Mathilde (volume 3)Chapitre 32 sur 107 · DESCENTE DE L'OPERA · texte numérisé non relu

DESCENTE DE L'OPERA

brillants dehors d'un homme à la mode. Anssi mon cœur se serra bien donlonreusement quand j'entendis ma tante dire à M. de Lancry :

— Ma nièce Mathilde est si malicieuse, avec son air de sœur-Angélique , qu'elle est bien capable de se moquer de votre conte , au moins, mon pauvre Gontran.

Je levai vivement les yeux sur M. de Lancry comme pour le rassurer. Je rencontrai son regard, mais si triste, mais si découragé, que je fus sur le point de pleurer de chagrin et de dépit. Je ne sais comment cette scène se serait terminée sans l'arrivée de M. de Versac, qui ne précéda que de quelques moments le lever du rideau. J'éprouvais un trouble profond, une sorte de vertige que la puissance de la musique augmentait encore; chacune des pensées qui m'agitaient était pour ainsi dire accompagnée d'une harmonie tour à tour rêveuse, tendre ou passionnée , qui n'était que trop d'accord avec l'état de mon cœur.

Dans certaines circonstances, la musique a des séductions immenses.

Ainsi, sans songer un instant aux obstacles que pouvait rencontrer le sentiment qui s'éveillait si délicieusement en moi , bercée par d'adorables mélodies, je me plaisais à rappeler à ma mémoire les touchantes paroles de M. de Lancry; je me laissais aller à toute Tadmiration que m'inspirait le caractère que je lui supposais. Des idées de jalousie venaient aussi m''assaillir lorsque, à travers ce songe éveillé, je voyais vaguement devant moi la brune figure de la duchesse de Riche ville... L''acte fini , j'écoutais encore ; j'^étais si absorbée que ma tante dut m'^appeler à plusieurs reprises pour me tirer de ma rêverie.

On sortait de la salle; je donnai le bras à M. de Versac; M. de Lancry donna le bras à Ursule. Je descendis presque machinalement, entendant, voyant à peine ce qui se passait autour de moi. Au moment où l'on vint nous annoncer notre voiture, je sentis un parfum très-agréable, mais très-fort ; le frôlement d^ine étoffe toucha ma robe , et une voix émue, affectueuse, me dit ces mots presque à Poreille :

— Prenez garde , pauvre enfant on veut vous marier Attendez M. de Mortagne

Je retournai vivement la tète pour voir qui venait de me parler; je n'aperçus que le manteau de satin cerise et le turban lamé d'argent de la duchesse de Richeville, qui descendait légèrement Tescalier devant moi avec M. et madame de Mirecourt.

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