iMATlIlLDi
" Saiiif-.Noiboit , (V'\ri('r IH'lK».
» C'en est tiiil, iMalhildc, la pauvre Ursule est sacriliée ; elle na plus qu'il vouer sa vie tout entière aux larmes et an deuil. Cest à peine si, au milieu du sond)re avenir qui l'attend, elle entrevoit quelques lueurs de consolation, qu'elle devra sans doute à ton amitié chérie... Mais, mon Dieu! pourquoi m'étonner du nouvean coup qui me frappe! depuis long-temps ne suis-je pas habituée à souffrir! Victime résignée au. nialheur, je ne puis que courber le front et pleurer'...
» Pardon, mon amie, ma sœur, de venii' attrister tes joies par ces plaintes qui s'exhalent de mon âme désolée : car, j'en ai le pressentiment, tu seras heureuse, tu es heureuse selon ton cœur; tu épouseras celui que tu aimes... Si belle, si riche, si charmante pour plaire, tu n'as qu''à paraître ! . . .
» La pauvre Ursule, au contraire, sans charmes, sans attraits, sans fortune, a été en naissant fatalement vouée au malheur... Que veuxtu? c'est sa destinée... Mais, que dis-je?... non, non, je suis injuste; ne t'ai-je pas rencontrée sur ma route? n'as-tu pas tendu la main à la petite abandonnée? n'a-t-elle pas dû à ta générosité, à ta touchante amitié, le plus précieux des biens, une éducation brillante, comme me le répète toujours avec raison mademoiselle de Maran? Ne fai-je pas du... ne te dois-je pas le sentiment le plus doux , le plus cher à mon
cœur, notre amitié! Hélas! sans elle... sans l'espoir involontaire
qu'acné me donne... je serais déjà morte de désespoir... tu n'aurais plus qu'à pleurer ton amie.
» Écoute, Mathilde ; c/'est une folie, diras-tu... soit... mais c''est une douloureuse et triste folie, je t'assure... Pai de funèbres pressentiments, je ne sais quel est le sort qui m'attend. . . en tout cas. . . je voudrais te laisser un souvenir de moi , je voudrais te donner mes livres et cette petite parure de coiail que tu sais. Hélas! je suis sans fortune, je n''ai rien... Pardonne la {pauvreté de ce présent; mais au moins il te rappellera nos journées de travail et notre innocente coquetterie de jeunes filles, n''est-ce pas, Mathilde? Tu pleureras ton amie! n'*est-ce pas qu'un vague souvenir d'elle viendra quelquefois traverser ta pensée au milieu des fêtes bri Hantes dont tu seras la reine?. . .
» Je voudrais avoir ici mon deinier asile. Je suis allée souvent dans le modeste cimetière du village; il u"a rien d(* re|)Oussant; c''est une
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pelouse verdoyante, entouiée crime haie de sureau et (Paubépiue qui au printemps doivent être couverts de [leurs. On y voit çà et là de simples croix de bois... Oh ! qu'il me serait doux d'être là confondue avec les humbles créatures qui reposent dans ces tombes ignorées! car j''aurai passé, comme elles, inaperçue dans ce monde...
» Pardon, Mathilde, de ce triste commencement de lettre; mais j''ai Pâme si profondément navrée que je me suis laissée aller à l'aniertume de mes impressions. Il faut pourtant t'apprendre le sujet de mes larmes...
» Je me marie !
» Et quel mariage! mon Dieu!... Adieu mes rêves de jeune tille! adieu mes vagues espérances! adieu surtout cette vie de dévouement de tous les instants que je voulais passer près de toi! Un moment j'ai pensé à lutter contre Tinébranlable et terrible volonté de mon père ; mais j'ai senti que j'aurais vite usé mes forces dans ce combat inégal, que je serais brisée dans la lutte ; et puis une bien plus puissante raison me faisait un devoir de la résignation. J''ai obéi ; tu sauras bientôt pourquoi. Il y a huit jours, le jour même où je t'avais écrit, sans savoii* ce qui m'attendait, mon père m.e fit venir dans son appartement. Tu n'as jamais vu mon père que dans le monde ou devant mademoiselle de Maran, qui lui itnpose beaucoup ; il n^i du te j)arattre que grave et compassé. Ici il est habitué à dominer, à parler en maître inflexible; sa figure a une expression toute différente; elle est dure, presque menaçante.
— (( Vous n'avez pas de fortune, » — me dit il, — « il faut songer » à vous marier. J'ai trouvé pour vous un parti inespéré, un jeune » homme qui a plus de soixante mille livres de rentes, sans les espé- » rances et ce qu'ail peut gagner encore ; car il gère sa fortune à mer- » veille et entend parfaitement les affaires. Il viendra ici demain avec )) sa mère. Arrangez vous pour lui plaire; car, si vous lui plaisez, le )) mariage est conclu. Surtout soyez simple et gaie, car M. Sécherin est » un garçon de bonne humeur, tout rond et sans façons. Réfléchissez à ») cela; je vous laisse. Il faut que j'aille à ma ferme des Saulaies. En » vérité, cette malheureuse propriété me coûte plus qu'elle ne me rap- » porte, et vous avez besoin de faire un bon mariage pour ne pas être, » après ma mort, dans une position pire que médiocre. »
» Sans me donner le temps de lui répondie un mot, mon père me laissa seule.
» Oh ! mon amie, je ne sauiais ((? diix* dans cpiel abîme je cius tom-
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ber en eiiteiulniil ces fatales paroles, moi cjui, lu le sais, avais (ou joins rêvé, comme loi, cette ravissante union des âmes (jui tôt ou tard si» rencontrent, parce qu'elles se clierclient involontairement!'. Je j)assai
la nuit dans les larmes lu me demanderas peut-être, bonne {*t
tendre sœur, si javais oublié la généreuse promesse (jue tu rnavais faite de partager ta fortune avec moi pour me faciliter un mariage selon mon cœur, ou bien de me garder près de toi si je ne trouvais pas un l)arti qui me convînt. Non, Mathilde, non, je ne lavais pas oubliée, cette promesse! Je savais que ton cœur était assez grand, assez noble
pour la tenir Cest |)our cela que j'ai voulu rendre impossible le sa-
crilice que lu voulais faire à notre amitié.
» Dans ton dévouement, aussi admirable qu'irréOéclii , tu n'avais pas songé à l'avenir: quoique considérables, tes biens ne sont pas assez grands pour pouvoir ainsi se diviser; avec ta fortune entière, tu es une très-riche héritière, et tu peux prétendre aux plus brillants partis. En la partageant, tu diminues tes chances de moitié. Sans doute, rester éternellement près de toi a été un de mes plus doux lèves de jeune tille ; mais qui sait si cet arrangement conviendrait à celui que tu choisiras pour mari? Grand Dieu! plutôt mourir mille fois que d^ tre la cause du plus léger dissentiment entre vous! Je me suis donc résignée, Mathilde. J'ai trouvé la force de cette résignation dans mon amitié, dans mon dévouement pour toi. Je bénirai toujours le sacrifice que je me suis imposé, en songeant qu''il a peut-être pu contribuer à assurer ton bonheur à venir. Hélas! il m'en a bien coûté, j''ai pleuré, amèrement pleuré pendant la nuit qui précéda ma première entrevue avec M. Sécher in...
» Oserai-je tout te dire, tout t'avouer? Un moment une pensée im[)ie suspendit mes larmes... La maison de mon père est entourée de fossés profonds et remplis d'eau. . . je me levai. . . j'ouvris ma fenêtre. . . je mesurai la hauteur; la lune était voilée, il faisait une triste nuit d'^hiver, le vent gémissait; je m'avançai hors du balcon... je me dis : Mieux vaut une mort criminelle, sans doute, que la vie qui m'attend. Un vertige me saisit; j'allais peut-être céder à une funeste inspiration, lorsqu'en donnant un dernier adieu à tout ce qui m'était cher, c'est-à-diie à toi , ton souvenir m'arrêta... Grâce encore te soit rendue, Mathilde! car ce souvenir m'a retenue au bord du précipice, il m'a empêchée de commettre un crime , je me suis résignée à vivre. . . Hélas ! cette vie que je' dispute si faiblement aux chagrins qui m'accablent, cette vie ne s'usera-t-elle pas bientôt? Oh! si cela était... si cela était! je bénirais