LK DÉFAUT
naiice de cette acquisition. Le propriétaire nous ferait les mêmes conditions qu''au prince, et, dans de pareilles circonstances, ces gens-là ont toujours des prétentions exorbitantes.'
— Mais encore... combien cela vaut-il?
— Que sais-je? peut-être trente, quaiante mille francs, plus même, cai' on ne peut assigner de prix raisonnable à une chose toute de convenance...
— Comment ! ce ne serait pas plus cher que cela? — m'écriai-je avec joie.
— Enfanl ! — me dit Gontran en me serrant tendrement la main.
— Mais qu'est-ce que c'est que trente mille francs auprès...?
— Écoutez, Mathilde, — me dit M. de Lancry en m'interrompant avec bonté, — puisque nous sommes sur ce chapitre, il faut que nous parlions un peu raison... et ménage ^ comme Ton dit; c'est très-ennuyeux, mais très-nécessaire, et puis je désire savoir si les dispositions que j'ai prises vous conviendront.
— Parlez , mon ami ; mais je ne vous tiens pas quitte de notre maisonnette, j**y reviendrai tout à l'heure.
Gontran haussa les épaules en souriant, me regarda et continua :
— Vous comprenez , Mathilde , que notre position nous oblige à tenir un état de maison convenable, digne de notre fortune, et qui vous mette enfin à même de jouir des plaisirs de votre âge.
— Notre chalet.. . voilà tout l'état de maison que mon cœur désire.
— Mathilde, parlons sérieusement. Voici comment j'ai arrangé nos dispositions intérieures : nous aurons un maître d'hôtel, un valet de chambre pour vous, un pour moi; quatre valets de pied pour l'antichambre et...
— Mais, mon ami, je vous assure que pour moi je préfère réduire cette livrée, et conserver notre petit paradis.
— Soyez donc raisonnable. Il faut, ma chère enfant, d'abord parler des dépenses nécessaires... Notre écurie se composera de quatre chevaux de voiture et d'un cocher pour vous : pour moi, de deux chevaux de harnais et de deux ou trois chevaux de selle , avec mes gens d''écurie anglais, deux femmes pour vous sans compter madame Blondeau; un cuisinier et son aide compléteront notre domestique. Pardonnezmoi ces détails, ma chère Mathilde; mais une fois tout ceci convenu, nous n''en parlerons plus.
— Je vous écoute, mon ami ; tout à Theure je vous ferai mes observations.
iU\ MA'nilLDK.
— Nous habiterons riiolc^l Kocliei^mie pondant fhivor; ensuite nous ferons un voyage aux eaux ou en Italie, alin de levenir dans votre lerre de Maran vers le mois de septeinhie pour la chasse ; nous y resterons jusqu'à hi fin de janvier, épo(pie de notre retour à Paiis. Vous aurez un soir par semaine pour recevoir. Vous choisirez vos jours de loge, l'un à FOpéra , Pautre aux lîoulï'es. Knlin, si vous trouvez que mille francs par mois vous sullisent pour votre toilette , nous conviendrons de cette somme.
— iMon ami...
— Encore un mot, ma chère Mathilde, et je me tais, — dit Contran en souiiant. — Vous voyez que notre état de maison est fort simple; dans notre position, nous ne pouvons avoir moins; ne m'en voulez pas si maintenant j''arrive à de grands vilains chilï'res. Votre fortune s*'élève à cent trente mille francs de rente environ ; avec ce qui me reste de la mienne , nous pouvons donc compter à peu près sur un revenu de cent cinquante mille francs ; mais en défalquant Tacquisition de l'hôtel Rochegune , les non-valeurs et les économies que nous devons rigoureusement tenir en réserve pour les cas imprévus , nous ne devons calculer à peu près que sur cent mille francs par an. Eh bien! ma chère Mathilde, il ne nous faut ni plus ni moins que cela pour tenir notre maison sur le pied que je vous ai dit. Vous le voyez, nous n''avons que ce que l'on pourrait appeler le iiécessatî^e du hiœe, sans aucun superflu , car toutes les dépenses que je vous ai énumérées sont absolument indispensables.
— Ce que vous ferez sera toujours parfaitement fait , mon ami , quoiqu'il me semble qu'on puisse vivre très-heureux sans sacrifier autant au nécessaire y comme vous dites; mais ce qui vous plaît est bien : je ne veux voir que par vos yeux, ne penser que par votre pensée. Seulement, dussé-je pour cela retrancher sur ce que vous m'accordez, je veux... vous entendez, je veux absolument mon chalet de Chantilly ; c''est pour moi la plus indispensable, la plus nécessaire, la moins superficielle de toutes les dépenses; ce sera mon luxe de cœur. Nous irons de temps en temps y faire un joli pèlerinage avec ma pauvre Blondeau pour toute suite.
— Allons , allons, soyez tranquille, nous reparlerons de cela, jolie petite opiniâtre, — me dit Contran avec gaieté. — Ah! j'oubliais; il faudra envoyer notre architecte à votre château de Maran. Depuis vingt ans il n'a été habité que par votre régisseur; il doit tire en ruines.