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CHAPITRE XXII

Inquiétudes.

iiiment, et savoir assez com)>ler pour m aiaei a tenir les. ii>.i-s uu ne ! El puis cette chère petite me seconde si activement en toutes s, ([ue j'en suis à la fois touchée et émerveillée. Ne s'csl-elle pas, lie malgré moi, fatiguée de manière à ni'inquiéier sur sa saule .

Pendant que la Goualense s'occupait de ces soins champêtres, madame Georges et l'abbé Laporle, curé de Bouqueval, assis au coin du feu d.ins le polit salon de la ferme, parlaient de Fleur-de-Marie, sujet d'entretien toujours intéressant pour eux.

Le vieux curé, pensif, recueilli, la tête basse et les coudes appuyés sur ses genoux, étendait machinalement devant le foyer ses deux mains tremblantes.

Madame Georges, occupée d'un travail de coulure, regardait r.abbé de temps :\ autre et paraissait attendre qu'il lui répondit.

Après un moment de silence .

— Vous avez raison, madame Georges, il faudra prévenir M. Rodolphe ; s'il interroge Marie, elle lui est si reconnaissante qu'elle avouera penlclre à son bienfidteur ce qu'elle nous cache.. .

— N'cst-il pas vrai, monsieur le curé? alors, ce soir même j'écrirai à l'adresse qu'il m'a donnée, allée des Veuves...

— Pauvre enfiuit! reprit l'abbé; elle devrait se trouver si heureuse. Quel ehagrin peut donc la miner à cette heure'?

— Rien ne la peut distraire de celte tristesse, monsieur le curé... pas même l'application qu'elle met à l'étude...

— Elle a véritablement fail des progrès extraordinaires depuis le peu de temps que nous nous occupons de son éducation.

— N'est-ce pas, monsieur l'abbé ? Apprendre à lire et a écrire pi csipic comamment, el savoir assez com)>ler pour m'aider à tenir les livres de la ferme !

choses, presque malgré moi, fatiguée I . , , • j

— Heureusement ce médecin nègre nous a rassures sur les suites de cette toux légère qui nous effrayait.

— Il est si bon, ce .M. David ! il s'intéressait tant à elle! mon Dieu, comme tous ceux qui la connaissent. Ici, chacun la chérit et la respecte. Cela n'est pas étonnant, i>uisque, grâce aux vues généreuses el élevées de M. Rodolphe, les gens de cette métairie sont l'élite des meilleurs sujets du pays. Mais les êtres les plus grossiers, les plus indilléreuls, ressentiraient l'attrait de cette douceur à la fois angéhqne el craintive qui a toujours l'air de demander grâce. Malheureuse enfant ! comme si elle était seule coupable !

L'abbé reprit après quelques minutes de réflexions :

— Ne m'avez-vous pas dit que la tristesse de Marie datait poul- ainsi dire du séjour que madame Uiibreuil, la fermière de M. le due de Lucenay à Arnouville, avait lait ici, lors des fêtes de la Toussaint?

— Oui, monsieur le curé, j'ai cru le remarquer, et i.ourtant madame Dubreuil, el surtout sa fdlc Clara, modèle de candeur el de bunle, ont subi comme tout le monde le charme de Marie; toutes deux 1 accablent journellement de maniues d'amitié ; vous le savez, le dimanche nos amis d'Arnouville viennent ici, ou bien nous allons chez eux. Eh bien ! I on dirait que chaque visite augiiunte la mélancolie de notre chère cufaut, quoique Clara l'aime déjà comme une sœur

— Eu vérité, madame Geoiges, c'est un mystère étrange. Quelle peut être la cause de ce chagrin caché ? Elle devrait se trouver si heureuse . Entre sa vie présente et sa vie passée il y a la différence de 1 enfer au paradis. On ne saurait l'accuser d'ingratitude.

— Elle! grand Dieu!... elle... si tendrement reconnaissante de nos soins ! elle chez qui nous avons toujours trouvé des instincts d'une si rare délicatesse ! Cette pauvre petite ne (ait-elle [las tout ce qu elle peut afin de gagner pour ainsi dire sa vie? ne tàelie-t-elle pas de compenser par les services qu'elle rend 1 hospitalité qu'on lui donne? Ce nesl pas lout ; exei'pté le dimanche, où j'exige quelle s'habille avec un peu de recherche pour m'accompagner à l'égliie, elle a voulu porter de> vêtements aussi grossiers que ceux des lilles de campagne, et maigre cela il existe en elle une distinction, une giâie si naturelles qu elh: est encore charmante sons ces babils, n'est-ce pas, monsieur le cure .'

— Ah ! que je reconnais bien là l'orgueil maternel ! dit le vieux preire en souriant. ,. . ,

A (es mots les yeux de madame Georges se remplirent de larmes : elle pensait à son fils.

L'abbé devina la cause de son émotion el lui dit :

— Courage! Dieu vous a envoyé celle pauvre enfaiii pour vous aider à attendre le moment où vous retrouverez votre 1ils. Et puis un lien sacré vous att.tchera bientôt à Marie : une marraine, lorsqn elle cuinpieiid bien sa mi-sion, c'est presque une mère. Quant a M. Rodolphe, il lui a donné, pour ainsi dire, la vie de l'àme en la retirant de 1 abîme... d'avance il à rempli ses devoirs de parrain.

— La trouvez-vous suflisammeni instruite pour lui accorder ce sacrement, que l'infortunée n'a sans doute pas encore reçu?

— Tout à l'heure en m'en retournant avec elh' au prcsbvlere, je la préviendrai que cette cérémonie se fera proliablemenl dans quinze jours.

— Peut-être, monsieur le curé, pvésiderez-vons un jour une autre cérémonie aussi bien douce el bien grave...

— Que voulez-vous dire ? , ,. . .

— Si Marie était aimée autant qu'elle le mérite, si elle distinguail un brave et honnête homme, pourquoi ne se inarierail-elle pas ?

L'abbé secoua tristement la têle cl répondit :

— La marier ! Songez-y donc, madame Georges, la vente ordonnera de tout dire à celui qui voudrait épouser Marie... El quel honmie, malgré ma caution et la vôtre, aflronterail le passé qui a souille la jeunesse de cette malbeiireuse enfant ! Personne ne voudra d'elle.

— Mais M. Rodolphe est si généreux! Il fera pour sa protégée plus qu'il n'a fait encore... Une dot...

— Uelas ! dit le curé en interrompant madame Georges, malheur à Marie, si la cupidité doit seule apaiser les scrupules de celui qui l'épcisera! Elle serait vouée au sort le plus pénible; de cruelles leeriininalions suivraient bientôt une telle union.

— Vous avez rai::0n, monsieur l'abbé, cela serait horrible. Ah ! quel malheureux avenir lui est donc réservé !

— Elle a de grandes fautes à expier, dit gravement le curé.

— l\lon Dieu ! monsieur l'abbé, abandonnée si jeune, sans ressources, sans appui, presque sans notions du bieaet du mal, enlraînée malgré elle dans la voie du vice, comment n'aurail-ellc pas failli?

— Le bon sens moral aurait dû la soutenir, l'éclairer ; et d'ailleurs a-t-elle làehé d'échapper à cet horrible sort ? Les âmes charitables sontelles donc si rares à Paris?

— Non, sans doute; mais où aller les chercher? Avant que d en découvrir une, que de refus, que d'indilîérence ! Et puis pour .Marie il ne s'agissait pas d'une aumône passagère, mais d'un intérêt continu qui

LES MYSTÈRES DE PARIS

l'eût mise à même de gagner honorableiiieiU sa vie... Bien des mères sans doute auraient eu pitié d'elle, mais il (allait avoir le bonheur de les rciicoulier. Ah! croyez-moi, j'ai connu la misère... A moins d'un hasard providentiel semblable à celui qui, hélas ! trop tard, a fait counaitie Marie à M. Rodolphe; à moins, dis-je, d'un de ces hasards, les malheureux, presque toujours brutalement repoussés à leurs premières demandes, croient la pitié introuvable, et pressés par la faim .. la faim si impérieuse, ils cherchent souvent dans le vice des ressources qu'ils désespèrent d'obtenir de la commisération. A ce moment, la Goualeuse entra dans le salon.

— D'où venez-vous, mou enfant'? lui demanda madame Georges avec intérêt.

— De visiter le fruitier, madame, après avoir fermé les portes de la basse-cour. Les fruits sont très-bien conservés, sauf ([iieUiues-uns que j'ai ôtés.

— Pourquoi n'avez-vous pas dit à Claudhic de faire cette besogne, Marie ? Vous vous serez encore fatiguée.

— Non, non, madame, je me plais tant dans mon fruitier, cette bonne odeur de Iruits mûrs est si douce !

-- Il Huidra, monsieur le curé, que vous visitiez un jour le fruitier de Marie, dit madame Georges. Vous ne vous ligure/, pas avec quel goût elle l'a arrangé : des guirlandes de raisin séparent cliaqiie espèce de fruits, et ceux-ci sont encore divisés en conqjartiments par des bordures de mousse.

— (ih ! monsieur le curé, je suis sûre que vous serez content, dit ingénument la Goualeuse. Vous verrez comme la mousse fait un joli effet autour des pommes bien njuges ou des belles poires couleur d'or. H y a surlout des pommes d'api qui sont si geiilillcs, qui ont de si cliarmanles couleurs roses et blanches, qu'elles ont I air de petiles tètes de eliéi ubins dans un nid de mousse verte, ajouta la jeune lUle avec l'exaltation de l'artiste pour son œuvre.

Le curé regarda madame Georges en souriant et dit à Fleur-de-.Marie :

— J'ai déjà admiré la laiterie que vous dirigez, mon enfant; elle ferait 1 envie de la ménagère la plus diflicilo ; un de ces joins j'irai aussi admirer votre fruitier, et ces belles pounnes rouges, et ces belles poires couleur d'or, et surtout ces jolies petites pommes-chérubins dans leur lit de mousse. Mais voici le soleil tout à l'heure couché ; vous n'aurez que le temps de me conduire au presbytère et de revenii' ici avant la nuit... Prenez votre niante et partons, mon enfant... Mais au fait, j'y songe, le froid est bien vif; restez, quelqu'un de la ferme m'accompagnera.

— Ah ! monsieur le curé, vous la rendriez malheureuse, dit madame Georges, elle est si contente de vous reconduire ainsi chaque soir !

— Monsieur le curé, ajouta la Goualeuse en levant sur le prêtre ses grands yeux bleus et timides, je croirais que vous n'êtes pas content de moi, si vous ne me permettiez pas de vous accomiiagncr conmie d'habitude.

— Moi ? pauvre enfant... prenez donc vite, vite, votre mante alors, et enveloppez- vous bien.

Fleur-de-Marie se luila de jeter sur ses épaules une sorte de pelisse à capuchon en grosse étoffe de laine blanchâtre bordée d'un ruban de velours noir, et offrit sou bras au curé.

— lleureusemeut, dit celui-ci, qu'il n'y a pas loin et que la route est sure...

— Comme il est un peu plus tard aujourd'hui que les autres jours, reprit madame Georges, voulez-vous que quelqu'un de la lerme aille avec vous, Marie ?

— On me prendrait pour une peureuse... dit Marie en souriant. Merci, madame, ne dérangez personne pour moi; il n'y a pas un (piart d'heure de chemin d'ici au presbytère, je serai de retour av;uit la nuit.

— .le n'insîste pas, car jamais, Dieu merci ! on n'a entendu parler de vagabonds dans ce pays.

-- Sans cela, je n'accepterais pas le bras de cette chère enfant, dit le cuie, quoiqu'il me soit d'un grand secours.

Bieniùt l'abbé quitta la lerme appuyé sur le bras de Fleur-de-Marie, qui réglait son pas léger sur la marche lente et pénible du vieillard.

Uuelques minules après, le prêtre et la Goualeuse arrivèrent auprès du chemin creux où étaient embusqués la Maitrc d'école, la Chouette et luitillard.

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