CHAPITRE Vn
Matinée dansante.
Je passai une nuit cruelle. Dès que le jour parut, j'envoyai [ilondeau savoir (les imnvelles de M. de Lanery. Il me fit dire qu'il allait parlaitemeut bien. Un peu avant l'heure du déjeuner, il entra chez moi; sa liginc était rianle et douce comme si la scène de la V(.'ille n'avait pas eu lieu. Je restai nmette d'étonuement. Il me prit la main, la baisa avec une gracieuse tendresse, et me dit : — C'est im grand coupable qui vient vous d(;mander pardon, mon amie. Il y avait tant de douceur, tant de sérénilé dans la voix de Contran, que, inalgié moi, je his presque r.issurée. L'inlluence de umn mari sur moi était telle, que mes traits rclhilaieut pour ainsi dire toujours l'expression des siens ; et puis je désii'iiis si ardemment de le voir heureux, que je devais accepter, trop facilement peiitêlre, les ex|)lications sur sa conduite de la veille. — De quel pardon parlez-vous? lui dis-je. — C'est très-embariassant, Malhilde; car couuuent vous avouer... vous expliquer... mi si grand crime?... — Un criiue !... Vous plaisantez... Mais encore... dites... oh ' vous êtes pardonné d'avance. — Je le sais... vous êtes si bonne ! et pointant ce pardon, je ne le niérile pas. — Comment? — Hier, ne vous ai-je pas d'abord inquiétée par mou absence, et presque épouvantée par num retcjur ? — Il est vrai... voire agitation... — Mon Dieu ! ma jolie Mathikle, comineul oser vous dire que vous avez été assez bonne pour vous iiiléressi;i... à... un vilain ivrogne? Voilà le terrible mot prononcé... Oui hier Lugailo m'a retenu à diner chez lui avec quelques amis coninunrs : on a piuté je ne sais combien de toasts à mon bonheur, à votre beauté; je n'ai p;is pu, je n'ai pas voulu rehiser. Depuis que j'ai quitté la vie de gar(,'on, j'ai. Dieu merci, perdu l'habitude de ces diucrs britaunii|uis ; aussi oserai-je vous faire cet abominable aveu : je me siùs grise eu pensant à vous! Vous voyez que je n'ai lait que changer d'ivresse... Mais, iK'las ! la première est aussi belle que l'autre est honteuse... Encore une fois, me paidunuez-.vous? — Comment ? Ces reproches (pie voirs m'avez fiits hier en rentrant... — Qiiils reproches? — Vous m'avez dit que mes l'iigia I mes et celles de ma tante avaient irrité M. Lngarto au dernier |i'iiul ; que sa vengeance pouvait être terrible, et qne...
.M. de Lancry partit d'un éclat de rire si franc, (pic je crus à sa sin- ( éi'i'é. — Mallienreux Lngarto ! répélat-il ; j'en ai fait un ogre, je le vois... Pauvre Malhilde ! je rirais dav.mtage encore, ti je ne vous avais pas inquiétée Mais, sérieusement... quelle terrible vengeance voulezvous que Lngarto?... — Mais, mon ami, hier matin, vous m'a\cz.paru f u'Iié de la dureté de mes réponses. — Oui, sans doute ; car, je vous le ré]ièle, malgré (luelqucs excentricités de caractère, je le regarde, Lngarto, comme un de mes meilleurs amis; comme tel, je désire le voir à l'abri de vos spirituelles attaques, ma jolie petiie méchaiile; mais ce sera difficile, et, je le vois, on dira l'esprit des Maran, comme on disait l'esprit des Morlcmart. Pomtant, je vous eu prie, ménagez ce pauvre gar(;ou ; si ce n'est pour lui... que ce soit pour moi. — Mais hier... vous ni'avez dit aussi que vous craigniez de l'iriiler. — Sans doute, car a!ors inonihc dans des désolations sans lin, il me reproche de ne pas l';iiincr, d'être un mauvais ami ; en un mot, de sa part, ce ne sont |)as des reproches, je n'en supporterais pas, mais des plaintes ; c'est ce qui m'o-
blige à tant déménagements pour lui... — El vous êtes bien sûr de son amitié? demaiulai-je en liésilaut à Contran. — H'aulimt plus sûr qu'elle est plus rare, et (piil n'a aucune raison pour alfecter un sentiment qu'il n'é|)roiiverait pas.
Je laeontai à Contran l'entretien que j'avais entendu entre M. I ugarlo et la princesse Kseruika. — C'est une plaisanterie de bal masqué sans domino, me dit Contran : il aura voulu s'amuser à la tourmeuler: et cela n'est d'aucune conséquence avec la princesse, qui est la meilleure des femmes. A ce propos, si elle vous fait linéiques avances, répondez-y, je vous on prie, car elle est très-bonne amie quand elle le veut, et les bonnes amies sont rares. D'ailleurs, vous la verrez ce malin à l'ambassade d'Angleterre. — Irons-nous donc à cette fête? dis-je à M. de Lancry d'un air chagrin. — Eh! mais, sans douie. L'ambassadrice m'a écrit ce matin une lettre charmante, me disant qu'elle avait scu'einenl appris hier soir noire retour, et qu'elle espérait bien avoii le i)laisir de vous voir aujourd'hui. — Allons, soil, mon ami, j'irai, dis-je en soupirant. — Un soupir, Malhilde ! mais vous serez channanle. (yesl un triomphe d'être jolie le malin; et moi jiî suis lier de vous, de votre ravissante beauté!... — Hélas! nmn ami, celle beauté est à vous; mais j'en suis plus fière encore quand je me fiis belle pour vous seul. Contran sourit, et me dit: — Je devine... encore vos lèves de niaisonnetle ? — Encore mes rêves do bonheur... Oui, Contran. — Eh bien! soyez jolie, bien jolie, ])lus jolie ipie tmiii^s les femmes, vous voyez que je ne vous demande rien que de très-facile, et nous songerons à celle fulie. — Vrai? oh ! bien vrai? m'écriai je avec ravissement. — Silence, me dit Goniran; il faut dire cela tout bas à mou cœur, alin (pie ma raison ne vous eutende pas; car elle est bien sévère, et elle dirait non. Blondeau entra, portant un cart(m carré. — (Qu'est-ce que cela? — Je ne sais pas, madame ; on l'a remis chez le concierge, c'est (rès-léger; cela doit être des fieurs ou des denlelles.
Je regardai Contran, il ne put s'empêcher de sourire. Je devinai quelque surprise. Mon cœur battit bien fort ; c'étaient peut-être mes chères fleurs de prédilection qne j'allais revoir. Par un de ces enfanlillages très-sérieux pour les esprits falalisles, avec la rajiidilé de la pensée je me dis: Si je Irouve nu boiupict d'héliotropes et de jasmins dans ce carton, ce sera un bon présage, je serai heureuse de ma journée d'aujourd'hui, sillon ce jour me sera fatal. Une fois celte espèce de défi jelc au sort, je me repentis presque de ma téniérilé ; je n'osai plus ouvrir le carton. Contran s'aperçut que ma main tremblait, que je rougissais beaucoup. — Eh bien!... Malhilde, qu'avez-vous? — bien... rien... lui dis-je, et, surmonlanl mon émotion, j'ouvris le carton... Hélas! mon cœur se serra douloiueusement. C'est à peine si je pus retenir mes larmes. Je ne trouvai ni jasmins ni héliotropes : les fleurs qui les rempla(;alent étaient cliarmautes, il est vrai; jamais je n'en ai vu de pareilles... Il y avait un gros bouquet et deux branches de petites grappes de fleurs d'un pourpre très-vif; au centre de eiiaqitc fleur bi illail coinine un diamant une goutte de rosée solide, si je puis m'exprimei ainsi ; de longues feuilles d'un vert d'émcraude glacé de cramoisi coinpiélaicnt cette parure d'un goût parfait, sans doute d'une extrême rareté, el dont j'aurais été heureuse sans mon maudit souhait. — IJiie vous êtes bon, dis-je à Gontran avec reconnaissance. — l^e sont (les euphorbes |l), plantes fort rares et telles qu'il les l'anl pour parer une beauté rare, me dit gaiement iM. de Lancry; rien ne sera plus joli, plus coiiuet que ces deux branches de fleurs purpurines au milieu de vos beaux cheveux blonds, sous un chapeau de paille de riz.
Nous arrivâmes à l'ambassade, le temps était radieux ; les toilettes des femmes étaient d'une fraîi heur extrême ; les rayons du soleil, brisés et adoucis par le feuillage des ple.ules et des masses de fleurs qui garnissaii m la galerie, ne jetaient qii une douce clarté dans ces vastes salons, lîéuéralemeul il n'y a rien de plus gai, de pins riant que ces matinées dansantes, où le soleil remplace les bougies, où la tiide almosphèredii printemps, toute chargée du parfum des fleurs du jardin, remplace la chaleur étouffante des bals de l'hiver. Presque en arrivant, je me trouvai en présence de madame la iluejiesse de IVicheville; elU; lionnail le bras à une femme de ses amies. Je ne pus m'empêcher de rougir exlièmenient eu la voyant. Gontran ne s'en aperçut pas. Madame do Iti- ( heville lui dit avec beaucoup de grâce : — Je vais vous rendre malgré vous à votre liberté, et vous enlever madame de Lancry. Lord Miiiigo nous garde deux ou trois places dans la galerie. Bien hardi et bien adroit celui ou celle qui les lui fera rendre avant notre retour. .M. de Lancry, qiioiipi'il parût vivement cmilrarii', ne put (pracccpler la proposition (le madame de nicheville. Celle-ci prit mou bras, Contran offrit le sien à la femme qui accompagnait la duchesse, et nous nous dirigeâmes vers les [ilaces gardées par lord Mungo. H me parut en effet pal lailemcnt capable de les conserver et de les défendre par sa force d'inertie ; c'était un homme d'un embonpoint démesuré. Lor.sipi'il nous aperçut, il fit un vain effort pour se lever. Madame de Richeville me dit en souriant : — J'ai peiit-éire été imprudente de lui confier nos places; s'il n'allait pas pouvoir nous les rendre! Pourtant grâce à un nouvel eflorl, lord Mungo se leva, et nous nous assîmes louli s les trois parfaitement à notre ai e. Contran s'éloigna après m'avoii jeté un regard expressif en me désignant niadaine de Hicbeville.
A ma gauche était nu véritable buisson de camélias; la duchesse élait
(1) Eu|ihorbi.i fulgens, — Linné.
MATIIILDE.
à ma (Iroile : aussi, en se touinnnl de mou côté, elle pul nie parler à voix basse sans ûlre eiileiuliie de |ieisoiiiie. — Mou Dieu ! lue dil-elle, je vous paiais bien liardie, n'esl-ce pas, après ce qui s'esl passé cuire nous?... — Madame... — Ne m'en \('u\\h-j. pas, j'ai à vous pai 1er de notre ami. de M. de Murlagiie. il a élé eu j^raiid danj^er. — 0"c ditesvous, madame;? — Sausd(jiile; il avait tant sonlTert! et puis les dernières éiiiolious l'ont si vivement agile! niaiuteuant il est encore; bien souffrant, mais il est mieux. — Je le sais, madame ; lii(;r, en leuliant chez moi... — Vous l'avez vu à sa fciirlre. (Jui, il esl allé babiler en face de votre maison pour être plus près de vous. Si vous saviez combien il vous aime! tontes ses craintes. . Eh bien! non... non... ne pailons jilus de cela, repiil la duchesse à un mouvement que je (is ; j'espère que lui et moi nous nous sommes trompés; vous semhlez heureuse... c'est irue conversion ipie vous avez opérée : je ne m'en étonne pas... seulement je n'osais l'espérer. — le suis en effet très-heureuse, madame, ainsi que je l'avais prévu. — Et moi je vous jnre que je suis aussi bien heureuse de in'étre lrouq)ée dans ma prévision. Jlais, dites-moi, pendant (pie nous sommes à peu près seules, n'oubliez pas, si vous aviez quelques letlr(;s à faire parvenir à M. de Morlai;ue, de les faire adresser rue de (ireiielle, à l'hôtel de Richeville, dans le cas où il serait absent pour (piclqu(;s jours... Enfin, pauvre eid'ant, (pioi qu'il vous arrive, dans quehpie occasion (pie ce soit, rappelez-vous que vous avez nue amie IJien vraie, bien dévouée. Cela vous semble étrange, n'est-ce pas'/ 'l'ont ce (pie je vous demande, c'est de inellre à l'épreuve totle amitié ([ue je vous offre; elle ne vous manquera j.imais.
cruauté ; pourtant on le reçoit. Il y a des traits de lui qui fout frémir. L'année deiiiierc; il a perdu, à jamais perdu, une inalhemeiise jeune femnii', madame de liei ny, ([ni est, à celle heure, seule, ahandoniiée de sa lauiille, rcpoiis^ée par tout le monde; il a agi envers elle de la manière la plus biulale, la pl^^ scandaleuse, la plu» croellc. .V. de lierny, so.t faiblesse, soit mépris, s'esl renlermé dans une dédaigneuse iudilTéreiiee sur le sort de sa femme ; M. 1-ugarto esl encore resté mie lois impuni ! l'iiis(pie les hommes sont si lâches, ce serait au moins aux feinines de faire ju-,tice des Lugarto et de ses pareils, .\us5i je ne con(,i)is pas qu'on tolère d.ins le monde une pareille espèce, ou même qu'on lui réponde quand il vous parh;; car il est f.imilier, et sou impudence est grande. Je restai muelle. Je pres-enlais (pic M. Lugarto ;dlait venir auprès de moi. En ellèt. madame de llicheville me parlait encore lorsqu'il s'approcha, me lit un hgersalul, cl iiu' tendit la main en me dis:inl : — Eh bien ! vous êtes venue à ce bal '.' Vous avez eu raison de m'écoulcr.
La serre. — paoe 51.
A ce moment M. Lugarto entra dans la g.tlerie. Involonlaircmeiit je fis un mouvement d'eflroi en me rapprochant de la iluclussc de Iticheville. — On'avez-vous donc '.' me dit elle. — J'ai, madame, un peu froid; il vient beaucoup d'air par cette galerie. Madame de lli( hcville vit par liasard \\. Lng;irlo (pii causait :ivi'c phisieiUN personnes ; elle nie dit eu me li; dési;;naiit : — Vous voyez bien cet homme? — Oui, madame, répondis je eu tremblant. — Eh bien! votre laiile est un ange de mansuétude auprès de lui. C'est l'orgueil dans la bassesse, et la lâcheté dans la
[.(■ b,HO:i tl'Orbevol.
Voyant que ji; ne prenais pas la main qu'il in'oiïrail, il reprit en souriant d'un air sardoniipie : — Nous soinines donc tonjuurs eu giiene? J'avais pourtant dn cidire le contraire en vous voyant porter les Iburs que je vous avais envoyées ce malin. — Je ne vous eompiends pas, monsieur, lui répomlis je; et, m'adressant de nouveau à imulame de llichevillc, je lui ilemaiidai le nom de deux très-jolies personnes ipii eii- Iraienten ce niomenl. M.Liigaito ne sedécomeita pas; il cunliima : — Vous ne me comprenez pas : ce que je vous dis, c'est pou. tant assez clair. Les lleuis que vous avez à la inaiii enlans leselievenx viennent de mes serres : c'est moi ipii vous les ai envoyée^ ce matin. Savez-vous que je n'en donne pas ;i toiil le monde, au moins? J'avais, le piintemps pa-sé, donné la p;n'eille garnilnie à la jolie petite inadanicde Beiny... Ça lui a vérildilenieiit porté bonheur. Os lleurs, que je croyais devoir à Conlran, me tirent horreur; il nie fut ciiiel de (leuser que mou mari s'élail entendu avec cet homme pour me les taire accepter. Je vis quel-
que clioso (le sinistre dans le rapproclicnienl qn'il fiiisiiit enlrc moi et colle fciiiini' (liiiil niiiilainc do Riclievilli' veiiiil do ino |)atl('r. Je ne pus
vaincio n ouvoiiicnl do colore; dans mon dépit, j'aiiaeliai qnohiiios
fenilK's dn boiKpiL't qnc je tenais à la main. — l'iono/. gaidc ! s'écria M. Lniiarlo en me mondant nnc sorte do li(pionr hlanclio (|ni sortait do la tiye dos fonillos airacliéos ; \oiis avi'7, la main mio, (ollo siil)4anie est Irés-corrosive ; ces lleiirs sont cliarnianles, mais la plante qni les porte est très-vénéneuse.
Kn effet, une goutte de cette liqiienr lilant lie était tond)i'e snr mon d ligt; je sentis une légère cuisson, et il me re>la nno petite taciro livide à la peau (1). Joue devais pas sans donle ni'otonnor de la propriété vénéneuse de ces (leurs; mais, ensoiigoanlqn'ellos vonaienl d(^ cet homme qui m'inspirait tant d'efiroi, il me fut inq)ossible de ne pas laire dos rapprocliemcnts sinistres on pensant qu'il y avait quel(pie chose de fatal, de mortel jusque dans son présent. Saisie de (erreur, je jetai cet affreux honqnct au milieu dos camélias qui se iroiivaienl près de moi.
M. Lugarlo sourit, el me dit: — On diiaitqtie V(ins avez été mordue par un serpent; il est liien dommage que vous ne puissiez pas jeter aussi loin de vous ces grappes des mêmes lieurs qui ornent vos beaux cheveux ; je suis liemeux, malgré vous, de vous voir obligée de les garder. — Oh ! madame, dis -je ;i voix basse ;i madame de Pdcheville, ce qui se passe ici a l'air d'un rêve terrible ; emmenez-moi d'ici, je vous en conjure, allons retrouver M. de lancry; je désire me retiier. — Je ne reviens pas de ma stnpour, me dit la duchesse ; vous connaissez donc col homme ? — Non pas moi, madame; il est i ami intime de mon mari, qni me l'a prcsenlé ; il nu; cause autant de frayeur que d'aversion. Ôli! par griice , emmenez -moi d'ici. Pendant que je parlais ;i voix basse avec la diichosse, M. Lugarlo répondit d'un :iir distrait et hautain aux empressements de quelques jeunes gens, j;rauds iidmiraleurs de son luxe ot de ses chevaux. Madame de llicheville resta un momonl silencieuse et (OJume id)sorbée; puis elle me dit avec un accent profondément ému : — Bérnssez Dieu, pauvre enfant , de ce qu'il vous a renduM.de
Mortagne ; je ne sais pourquoi cette intimité de votre mari et de >I. Lugarto m'épouvante. Venez retrouver M. i\r liUiery, vous èles tonte p;do. — Oui, madame, et puis, c'est un enlaulill jgo, mais il me semble que ces horribles llours que j'ai au front me (lo;:nont le vertige.
.le ne sais si M. lugarlo m'entendit ; ah.aulonnant aussitôt les personnes qui l'entouraient, il se retourna au moment où moi cl madame ih- r.iohc\ille nous nous lovions. — Vous vous on allez de là'? me ditil; \oul(/-vi Us mon bras'/ Sans lui répondre, je me pressai contre madame de lliohovillc.— A propos, madame la duoliesso, dit M. laigailo en laissant tomber ses paroles une à imo, el en suivant du regard I elfel (pi'oUos
(1) Le Suc (lo rcupliorbe est un très-violcnl poison.
v4 rarii liiij'iL ïtic Sclit^ûJct, Tuc (1 Erfurlli. <■
Saisie de lirrcur, je jetai ccl .iffrcut bouquet
produisaient, j'ai nno qne-liou assez insign'rfianle .i vous adresser. Y alil longtemps que la vieille m;idemoisolio Albin a été au \illagc de Bory on Anjou, chez U] fermier Ausolmo ? Madame de Richcvillo resta stupéfaite, rougit et pfdit lour à tour, i onmio la princesse Ksernika avait pâli ot rougi la veille. M. Lugarlo mo regardait d'un air Iriomphaiil. Tout à o(jup ses trails ohaniièronl d'oxprcssion; son inipertinento audace dispanit sous im masrpie d'hmuililé forcée ; il salua doux l'ois, avec nar oliséquicnse politesse, mie persouiie que je ne pouvais voir. Je nu- touiu;ii ; c'était M. do llochogimr. t^e dcridor répondit par uu froid signe de lète aux civilités empressées de M. Lugarlo, et s'appiocha de madame de Iticheville. Encore sous le coup de son émotion, la duchesse n'avait pu liouvei une pamlo. M.idame doHiiheville pai ut éprouver un profond scnlimcnl de joie en voyanlM. de Rochegune. — Une votre proscnce ne
fait de bien ! reprielle ; je suis mieux dopuis que von- êtes là. M. de l'iochogune regarda mad,:mo de liicbevi Ile d'un air étonné.
— Mon Dion ! qu'avezvoiis donc, mad.ime '.' lui dil-il. — liion, nue folio; vous savez que je crois aux pro-ages; madame de l.:iuoi y partage mes supeiM liions, nous venions de nous efliayerpour rien: mais en vous voyaiil,.jous, l'homme sago i I raisonnable par excoilence, nos folles visions se .-ont bien vile ovanoiiies.
Lorsque madame de liichoville m'eut nommée, M. do Uoohi'guno s'inclina respoi liionscmont de mon colé. Je ne l'avais pas revu depuis la scène de roionnaissance dont j'av;iis été témoin chez lui averma Linle ot (iouliaii : il u:e semlil.iit Iri'S-obangé; nu sourire douloureux donnait un c.iraclère singulieremeui tiisto à sa (igure, à l.i fois douce cl grave. — Vous n'êtes pas resté longloMips en \oyago, nioiisiour; vos amis (Mil du élre bien salislai;s de vdiro prompt leloiir'.' dit M. Lugarlo a M de ISooliegmie avec une excessive all'ahilité ; vous mo permollrez, je l'espère , d aller vous chercher un do ces matins.
— Je regretterais que vous pi issioz celte peine, monsieur, car on me trouve rarement chez moi , lépoiidil M. de nochogune d'un ton glacial. — Si jo ne suis pas heureux dans ma première visite, reprit M. Lugarlo, je le serai poiit-ètre dans la seconde, monsieur. Je ne me découiai-c pas facilement, lorsqu'il s'asit d'une clio-c ;'» laquelle j'altacbo beau; oup de prix. — Vous ("'les trop bon, monsieur, je oiaius que voiii vous exagériez beaucoup la valeur de mes rolalions; d';iillonrs, je n'ai ici ipiun piod-à-torre tellomeiit modosle, que je n'y puis absoluiiioiit recevoir que mes amis. Ces dernières paiol.s, dites tres-secheinoiit, termineront colle conversaliou. .M. Lugirl ^ dissimula son do(il, et, \onlanl suis doute se venger sur qiielipi un, il dit à madame de liiolieville : — Vous n'onblierez pas le lonseigiiomout que jo vous ;ii donné, madame la duchesse; lorsijuo vous le désirerez, j'aurai l'hounenr daller causer avec vous. A mou grand ('louuemont, à celui de M. de Uochogune, nuidame de Richeville répondit d'une voix émue : — Mais, demain, si vous le voulez, monsieur... De
î\fATIIILr)R.
(|tialrfi à ciiKi lieiircs vous me iionvon /. — Je no rn;iiif|iicr:ii pas de prolilci' de colli: liuiilie Ibi'linK.', iii;>d;Miie la diicliOsse, (lil M. Liiy.u'lo cii s'iiicliiiaiil pniroiidéiiiciil. l'iiis, s';ulrus.>;ii]l à moi ; — Ali '. iii.idame, prenez i/;iiile... je vous dénonce M. de Laiitry (miiiiiiic un iiilidele... Je l'aperçois là-bas en grande coipiellei le avce la belles priiieesse Kseiiiika, (jni esl fort exiiéililive, je vous en préviens... car eliez tlli; ini caprice prend bii'ii vile le caraclèrc de la passion. Tenez... voyez-vous ce inonslre de Lancry ! il esl si absoibé, {|n'il ne se souvient pas senlenieiil (pie vous êles ici. Km fflel, Uoiilraii (ravei sail un salon avce la piincesse Ksernika ; il lui donnaiUc bias, el lui pailail bas en souriant. Klle baissa les yeus, rougit légèrement, sourit aussi, et lit un petit nioiivenienl d'inipalience.
Contran sen)bla insister dans sa demande, elle leva les yc iix sur lui, rencontra son rcgaid, el, au lie" de l'éviter, il me sendda qu'elle se complaisait à le soulcnii' ; puis, connue M M. de, Lancry se lût scn!cnient alors souvenu ou aperçu de ma prcsencc, il lil un brusque mouvement, dit un mot à la princesse en rcg rd.mt de nuui côlé, cl l'expression de leurs deux |iliysionondes cliaugea à rinslanl. Tout ceci s'était passé en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire; p^iur la première l'ois, je conims la jalousie. Jamais je n'oublieiai le coiq» douloureux, profond, que je ressentis au cœur en voyant la princesse soiu'ire ainsi à Ijoiilran. Elrange et cruel mystère! celle jalousie envaliil soudainement, conq)lé- Icnienl loiilcs mes f. cultes; il me scndila (pie depuis longlenqis j'avais I liabilude de celle sonlTrancc. Va\ un instant, j'éprouvai ses baincs, ses di'lianees, ses bundliaiiiins.,. Je n'éebappai à aucune de ses tortures vari(;es. llélasl la j.dou^ie esl nn de ces seulirnenls qui débulent par une teriible malurilé; connue Minerve, elle nait armée de t()ntes pièces. Mon àme se brisa, mes joncs se colm'èrent d'une rongeur fébrile ; Gonliaii s'avança, il d(umait le bras à la priucei^se llellc-ci viol à mui d'en ail' riant el ouvert; ji; seuils mes larmes prèle, à couler : je no pus que m incliner, sans répondie à <pielques pandes aimables qu'elle me dit. — ,'lonsieur de Roebegnuc, voulez-vous me doimer votre bras'? dit madame de Hicbevillc; vous aurez la bi)iilc de demaniler ma voilure. — Vous ici, monsieur de llocbcgune','dil (;(mirau en tendant la main à ce dernier ; je vous croyais eu voyage. J'esperc (|ue vous n'aurez pas coinpli-lmienl oublié le (-110111111 de voire ancienne maison, et que madame de Laucry el moi nous aurons le|)lai^ir de vous voir souvent. — Je crois rester ires-pen à Paris, dit M. de Itocbcgune ; mais je n'oublierai pas voire bien aimable proposition ; et j'am-ai an moins l'Iionneur d'aller faire mes adieux à madame de Lancry, si elle m'accorde celle faveur.
Je répondis macbin.dement ; madame de Uiclie\illc et i\I. de lloclicgiiii • quittèrent la galerie. — Je désirerais m'en aller, je suis un peu soiilfranle, dis-je à M de Lancry. — l'as encore, ma clierc i\lalbilde; la juiiicessc a traversé toute la foule pour venir vous trouver, M. Lngarto sapproclia de madame de Ksernika ; il me parut (pi'ils éebangeaicut nn regard d'inlelligcnce, La princesse, si liaulainc la veiJo, lui dit avec une soitc d'affabilité craintive : —Je vous pardonne vos mécbancclés, vous êtes un homme terrible au moins! Elle se retourna vers moi, et ajouta, en s'asseyant à mes côtés : — Je prends la pl.iee de la dueliesse de liicbeville, dont j'étais vraiment jaliiuse. — Vous éies bien bonne, madame, mais... — .le vais faire un lour dans le bal avec Lngarto, me dit Coulrau, Tout à I heure, si vous le désirez, je reviendrai vous ehcrcber. ,M. de Lancry prit le bras de M. Lngarto, cl Ions deux s'éloigiièreul. Je rc.-.lai près delà princesse.— Savez-vous, me dit-elle très-gaieniciit, que vous avez un mai i cliarmant '.' Je ne le connaissais que de réputalion ; car, depuis que je suis entrée dans le momie, le hasard a fait (juc Un ou moi nous avons toujours élé en voyage ; mais je compte bien me dédommager celle saison. D'abord je commence par vous prévenir que nous sommes déjà fort en coquetlcrle ; elj'ai presque envie d'en èlreanx regrets, car il me semble très-dangereux. Ah çà, que dii iez-vous donc si j'allais vous l'culever?
La princesse aurait pu parler longtemps encore, sans (|uc je songeasse à lui répondre, (je qu'elle veuail de me dire poiuait passer pour nue de ces plaisanteries que le monde tolère. Pourtanl, cliacimc di^ ces paroles me iiorlail un coup cruel. .Mon amour pour lloulran élail si dévoué, si sérieux, si fervent ; cet amour, eiilin, sur lequel reposait ma ^ie, ma destinée tout entière, élail |)oiir moi lobjel d un cnllc si religii n\, que, lors nièine que la jalousie ii'i ùl pas élé doulotireusemenl cxcilév', j'aurais été blessée de la légèreté du langage de la princesse. Il y a dans tout sentiment sincère et profcuid qui sent sa vaillance une sorte d'austérité ombrageuse, de sn-ccplibililé farouche, de pudeur sacrée, qui se révolte à la moindre prol'auali(ui. Aussi, songeant à mon isoK nient, à mon caractère déliant, aux niallieurs de non enfance, à lc^p,oil■ immense que j'avais fondé sur mou mariage avec Gontran, on compiendra iieut-étre mes rcssenlimenls. I a princesse, élouuée de mon silence, me dit; — iMais vous semblez préoccupée, madame -, à (|Uoi peuscz-voiis doue'? Je fus sur le point de lui dire avec candeur ce ipie j'éprouvais, et de la supplier, au niuii de mon boubcnr, de ne pas ("'tre co- (|uelle pour (joiilran; mais je uillcibis au lidicnle de celte di'inar(die : i'v renonçai. Le ukuuIc eslainsi fail, ipiil n'a (pie des mépris ou des sarcasmes |iour l'expression d'une diuleiir b'giliuK! el iui'cnue. Alors mon orgueil s'indigna, des paroles remplies de lii I cl dainerlume me vinrent aux lèvres ; je lâchai de m'inspirer de la mi'chaneelé de mademoiselle de Jlaran; je tâchai, mais en vain, de Ironver ipnlque répartie sanglante... je souffrais trop pour avoir de lesprii.
Forcée de répondre à une seconde interpellation de la princesse, je ne pns(|ue trouver celte sottise, que je dis en somiant avic anuitunie : — Je ne doute pas, madame, de la pui>sance de vos cliarmes, — Mon Dien ! de (piel air sombre et tragique vous me dites cela ! reprit madame de Ksi!riiik a en riant aux éclats. Lst-ce (|ue vous seriez jalouse, par hasard.' el jalouse de votre niaii encore'.' mais ça serait trespi(ju,inl. — Madame... — Ah çà ! n'allez pas avoir celle ridicule faiblesse, au moins! j'en serais désidée. Mon iriomplio serait bien moins grand, la jdoiisie vous ferait perdre nue grande partie de votre sn;;éiiorité sur moi. Mais voyez donc un peu ma prétention, ma laiiité ! j osi' entrer en lutte avec vous, avec vous armée de lanl davaulages! avouez que c'est bien héroïque! J'étais au supjdice ; il me f.dlnl l'habiliide de dissiinider mes chagrins, habitude que j'avais conlnclée pendant ma Uisie cu'auce, pour m'empécber de pleurer à cliandes larmes. Hélas! je n°aur,ds pas cru devoir silôl recourir à cette faeiillé, frui' d'im si misérable pas.«é. Toutes les forces de mon ànie fiucut employées à celle conlrainlc. Je sentis que j'allais encore faire une sotte réponse ; cl, 'presque nialgr(î moi, je balbutiai ces mots absurdes : — i'ailez-voiis sérieuseuenl, madame'? La princesse lecommenç.i de rire aux éclats, — Comnieni, si je parle sérieusement! vous me laites là une qicstion de peiisionn.iiic. Mais, certainement, tout ce (pic je vous dis est très-sérieux. Je ralfole de I\I. de Lancry. cl V(îus \oyez en moi u.nc rivale déelarce, prête .à vous disputer ce cœur par tous les moyens possibles. Quelle belle occasion ! enlever nue charmante conquête à une adversaire redoutable !
Je regardai fixement madame Ksernika pour tâcher de pénétrer le fond d(! sa pcnsi'e. Cela me fut im|iossiblc, tant l'expression de ses traits cl il mobile et changeante. Peu à p.eu pc urlnit je repris mou sang-froid, je siiriiionlai mon émolion, je tachai lic prendre un air riaiil et léger. — Mais, madame, r<'poiidii-je, savez-vous que vous risquez lii>aucoi;p en entrain en lice contre moi? — Cerlaiiicmcnl, cl c'est ce (pii fail mon orgueil; car ciilin vous êtes bien plus belle, bien phu jeniie, bien plus aimable que moi, dit la princesse avec un accent nio(|ueur. — Ceci n'est pas la question, madame; ce qui fail ma supériorité, c'est que je n'ai pas comme vous une réputalion à conserver... — Commi nt cela, madame? dit la princesse en me rcg.irdant avec surprise; votre réputation.,. Oli ! madame, j'ai la mienne comme vous avez la vôtre,,. Il y en a (le loiiics les sortes. Madame de Ksernika fil un moii\emcnt de dépii. Je me hâtai de continuer. — La vôtre est une réputalion de heaiiié irrésislible, établie par de hrillanls el surtout par de numhrcux succès. Si dans notre lutte vous triomphez encore, une nouvelle conquèlc n'augmenlera pas beaucoup' votre gloire: taudis que si vous smeonibez... jugez donc.,, madame, ce sera devant qui',' devant e.nc pauvre jeune femme sans expérience qui entre dans le monde et qui dé end lionrgeuisemenl...son mari.., on, si vous l'aimez mieux, son honbeur,,. La pi imesse prit son air hautain, cl me dit assez aigrement : — Vous êtes piquée, madame ?
Je vis à ces mots qnc ma réponse avait porlë juste; j'en rcssoniis une joie amère. — Pas du toni, madame, car nous plaisantons,., je crois, Gontran revint avec M. Lugarlo.— Piineesse, dit .M. de Lancry, mesdames d'Anheterie et M. de Saint-Prix viennent d'arranger une partie de petit spectacle et un souper au cabaret pomcesoir; vous conviendrait-il d'en être avec madame de Lancry, moi et Lugarlo? — Sans doute, avec le plus grand plaisir, reprit-elle'! — Voici ce qu'on propose encore, ajouta ,M. de Lancry. 11 est bicntôl six heures, le temps est cbannanl, nous irions faire un lour an l)ois de Boulogne jusqu'à sept heures et demie, cl de là nous irions voir Arnal au Vaudeville. — C'est à merveille : répi'la la princesse; adopté à l'uuauimilc ; n'cst-il pas vrai, mad,. me de Lancry? — Je me sens assez soiilfranle, dlsjc à Gontran, pour vinii prier de me dispenser de ce plaisir. — Y pensez-vous? répondit M. de Lancry; au contraire, cela vous distr.iira. — Arnal est ravissant d'.ibord, "ajouta M, Lngarto, — Je vous en prie... di -je en jetant un regard suppliant sur mon mari. — Mon.^ieur de Lancry, soyez inipitoyahle, dit la |)riiieese; faites le lyran, ordonnez. — Nous serions trop privés de rabsenee de madame de Lancry, répondil Gonlran en sourianl, | our que je ne suive pas le b:!rbire conseil de la princesse. Ainsi donc, ajoiila-t-il avec une euqdiase comiipie, niad,une de Lancry, je vous ordonne posiliveinenl de venir passer avec nous une charmante soirée. — Si vous l'exigez... dis-jc .i Gontran, — Sans doiiie, nous l'exifcons ions, ajoula M. Lngarto. — C'est convenu, reprit Gonlrau. Je vais aller [revenir Saiiil-l'rix el madame d'Aubeterie. et envoyer tout de suite prendre deux avant-scènes au Vaudeville cl eoinmander le souper chez Vé"y.
— Mais, j'y pense, dit la prinee>se, mad.inie de Scri^iiy m'a amenée, el je n'ai p;i"s demandé mes gens! — hien de plus simple, piiiicesse, reprit M. Lugarlo. lancry dispnsc de sa voilure pom- envoyer relenir les luges, je vous offre la mienne ainsi qu'à madame de Lancry et à Gonlran. — C'est on ne peut mieux, dit mou mari en ofirant son bras à madame de Ksernika. Allons la^joiudre ces dames, elles nous alleiidenl.
.'\1, Lug.ulo m'oflrit sou bras avec un soutire de triomphe.,. Il m'était impossible de le refuser malgré ma répugnance. Il me dit tout bas : — Cela vous désole d'être parée de mes Meurs, d'aceepler mon bras, de venir dans ma voiture. J'en suis désnli', c'est votre faute: pom quoi me Irailcz-voiis si mal, que loiiles mes prc'vcnances lonrnent pour vous en conliariék's. Je ne répondis rien; je traversai ces salons reinplis de gens heureux etg:iis. Les fenêlies ouvertes laiss:iienl voir le jar-iiu avec tous SCS trésors de Heurs et de verdure. En contemplant ce rianl la-
3lenii, en enleiid.nit l'hariiioiiic ilo l'orclicslre, j'avais la mort dans le ■œur : ce Cdiiliablt' m'étail insiippoi lalile. On ini; irgaidail heaticoup. reiileiulai^ iiiiinmiior niiiii luiiiK^t celui de M. Liigarto ; je rougissais de loiUf, ponsaiil que lotil le monde avait poin' lui aulaut de mépris que iioi. Jclais navrée de iiarailie liée inlimcnienl avec cet lionmie. Il n'en
•lait rien, du moins en apparence ; les h' nés échangeaient avec lui
ni salul cordial ou quelipies paroles picienanles; bcaucon|) de Icnnnes ui sounaienl en lépoiidanl à son salul : lui numienl nous nous arrêlànes dans l'embrasure d'une porte. La jenuit inarquise de Sérigny, Irès- 'rande dame poni tant, s'a|)proclia de M. de Lugarlo, et lui dit : — Je liens vous piésenler une recpiéle an nom d'une l'oide de jolies femmes. — Voyous, de quoi s'agit-il .' demanda M. I.iigarto. — D'mi ou de deux l)als charmants (pic vous deviez nous domier ce printemps pour ( élébrcr votic retour. VOns savez si bien organiser nue l'été ! ce seiait délicieux. — Oui, oui, donnez-nous des b.ds de priulemps, M. Lugarlo, reprirent quelques jeunes léninies en se joignant à mailaine de Sérigny. M. I.ngarto se reiourna vers moi, et me dit liès-li,uil, avec sa familiarité cliuquante : — Allons, voyons... décidez : voulez-vous, oui ou non, que je donne quelques bals? Fixez l'époque, le nombre, et je vous obéis... à vous... Je devins pourpre de boule; tous les yeux se lourncrcnt vers moi ; je remarquai queNpus méchants sourires; mon cœur se serra, je ne trouvai pas un mol. — Lancry, lépondez doue pour voire femme, dit Lugarlo à num maii, (|ni était devani nous; je lui demande si elle veut que je donne des bals ; elle ne dit in oui ni non. — Ilonnczles toujours, dit Contran ; je suis sûr que la discrélion cmpéelie seule madame de Lancry de vous dire oui. —Eh bien ! mesdames, alors, puis- Iquc cela plaît à madame de Lancry, je donnerai quatre bals. — Deux bals du matin et deux bals le Soir, avec illuminaliou dans votre magnifique jardin, ci' seia ravissant, dit madame de Sérigny. — Peut-être bien... répondit M. Lugarlo. 11 faudra que je demande le goûl d'une persoime de mes aniii s, et il nie jeta de nouveau ml regard expressif, et eu qui j'ai lonle conliancc. — Slousieur Lugarlo, vous êtes toujours un boninie charmant, dirent plusieurs femmes. — Sans doute, quand je vous donne des bals, répoiiditil insoleinmenl. Nous passâmes pour aller alteudre nos voilures.