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LES MYSTÈRES DE PARIS

revenez à vous... répoiule'/.-nioi. La Gunalcuse... celte jeune fille que vous ave/. f;ilt enlever par la Chouette à Bouqueval... était...

— Notre lillc!

— Elle!':

— Et ils l'ont tuée!

— 0!) ! non... non... vous délirez... cela ne peut p;is être... Vous ne savez pas, non, vous ne savez pas comliii'u cela serait aCIiciix. Sarah ! revenez à vous .. parlez-moi trancpiillenient. Ahseyezvoos, (vilnie/viius. Souvent II y a des re-seMilil;inci's, des apparences (|ui Ironipi'nt ; on est si enclin à croire ce ipi'on diisire Ce n'est pas un reproche ipie j(' vous fais... ruais expliquez-moi bien... dites-moi liien toutes les riiisoris cpii vous portent à penser cela, car cela ne peut pas être... non, non ! il ue faut pas (jue cela soit ! cel.i n'est pas I

A|iies un uKimeiit de silence, la comtesse rassembla ses pensées, et dit à llodol|ilic^ d'une voi\ détiiillante :

— A|qiienant votre mariage, pensant à me marier moi-même, je n'ai ])as pu giirder notre lille auprès de moi; elle avait (luatre ans alors...

— Mais à cette ('poque je vous l'ai demandée, moi... avec prière?, s écria liodolphe d'un ton déchirant, et mes lettres sont restées s.ins réponse. La seule que vous m'ayez écrite m'annonçait sa mort!

— .le voulais me venger de vos méi)risen vous relusant votre enfant. Cela était indigne. Mais éeoulcz-moi... je le sens... la vie m'échappe, ce dernier coup m'accable...

— Non ! mm ! je ne vous crois pas... je ne veux pas vous croire. La liou;deu-e... ma tiile! 0 mon llicu, vous ne voudriez pas celai

— Lcoulcz-moi, viiusdis-je. Lorsqu'elle eut qualie ans, mon frère chargea madame Séraphin, veuve d'un ancien serviteur à lui, d'élever renfant jusipi'a ce qu'elle lût eu âge d'entrer en pension. La somme destinée à assurer l'avenir de noire lillc fut déposée pai' mon frère (liez un notaire cité jiar sa jirobilé. Les Icllres de cet liouune et de mad;ime Séraphin, adressées à cette épo(pie à moi et à mon l'i-ere, sont là... dans cetle cassette. Au bout d'un an ou m'écrixit que la santé de ma fdie s'alléralt... huit mois après qu'elle était morle, et l'on m'envoya son acte de décès. A celte époque, madame Séraphin est entrée au service de .Jacques Ferrand,. après avoir livré notre lille à la Chouetie, par l'irrlermédiaii-e d'un misérable aetiiellcmi'Ut air bagne de Roeliefoit. Je commençais à écrii'e cetle déclai'ation de la Cluiuelte, lorsqu'elle iir'a fi-appée. Ce papier est là... avec un portrait de noire lille à l'âge de quati'e ans. Examinez tout, lettres, déclaration, portrait; et vous, qui l'avez vue .. cetle irralheureiise enfant... jugez.

Apri's ces mots qui éjinisèrent ses forces, Sarah toiirba défaillante dans son fuiteuil.

Rodolphe resta forrdroyé par cette révélation.

Il e.it de ces nralheurs si imprévus, si abominables, qu'on tâche de ne pas y croii'e jrrsqu'à ce qu'une évidence écrasante vous y conti-aigne... Roi.'olphe, persuadé de l.i mor l de Fleur-de-Marie, n'avait plus qu'un espoir, celui de se convaincre qu'elle n'était pas sa lille. .

Avec un calme efl'niyant qui é|iori\;iirta Sarah, il s'approcha de la table, ouvrit la cassette et se irrita lire les lettres rrne à une, à examiner, avec une allenlioa sciuimleirse, les papiers qui les accompagu;rieiit.

Ces lettres, timbrées et datées par la poste, écrites â Sarah et à son frère par le notaire et par uradanre Séiaphirr, étaient relatives à l'enfance de Fleur de-Maiie et au pl.icemiMit des fonds qu'on lui destinait. Rodolphe ne iiouvait dorrter de rarribenticité de cette correspondance, la déclaration de la Chouette se trouvait confirmée par les renseignemeirts dont noirs avons parlé arr conrnierrcenrent de celle histoire, renscignemeirts pris par orihe de Rodolphe, et qui sigrralaienl un nommé Pierre Torrrnemine , fcirçal alor's à Rochel'ort, comme l'hornUK' ipri avait reçu Fleur-de-.Marie des mains de madarrre Sér'apliiu pour; la livrer à la Chouette... â la Chouetie, (pri> la malheureuse enfant avait reconnue plus tai'd devant Rodolehe arr lapis-fr'anc de l'ogresse.

Rodolphe ne pouvait pirrs douter de l'identité de ces personnages et de celle de la Coualeuse. i

L'acte de décès |)araissait en règle ; mais Ferrand avait lui-même avoué à Ce( ily qrre ce lârrx acte avait sim vi â la spoliation d'une somme considérable, autrefois placée crr viager' sur la tête de la jeune lillc rpi'il avait fait noyer par' Mai liai à l'ile du Ravageur. .

Ce hit donc avec rrne eroissairle et épouvairtabli^ angoisse (|ue liodolphe acqiril, malgr-é lui, cette terrible conviction que la Uoiraleiise était sa lille el qu'elle élail morte.

Malheurcrrsemeut pour lui... tout semblait coufirmcr cette cr'éance. Avant de condamner .Jacrpies Feri'arid sur les pr'euves données par le notair'e lui-mêiue à Ceiily, le prince, dans son vif Intérêt pour' la (Joualense, ayant (ail prendre des informations à Asnières, avait appris qrr'iMi effet deux femmes, l'une \ieille et l'aiiti'e jeune, vêtue eu paysariu!!, s'élai<'ul noyées en se rendant à I île du Ravageirr, et que le bruit publie accusail les 5Lu liai de ce noirveau crime.

Disons eidin que. malgré les soins du docteur Griffon, du coirrte de Sainl-Remy et delà Louve, Fleur-de-Marie, longtemps dans un état désesi^éi'é, entrait à. peine en l'onvaleseeuce, et qiK- a faiblesse morale et piiN^iquê c l.iit encoie telle, qu'elle n'avait pu juscpCalors prévenir ni irrad.ime Geor'ges ni Rodolphe de sa iiosiiioi.

Ce concours de cii'consianccs ne pouvait laisser le moindre espoir au prince.

Une der rrièi'e épreuve lui était léservéi;.

Il jeta enfin les yeux sur le portrait qu'il avait presque craint de regarder.

i;e coup fut afl'reux.

Dans cette figure enfantlirc et char rrranle, déjà belle de cette beauté divine rpie l'on piête aux < hérubiris. il retrouva d'ruie nr.inière saisissante les traits d(^ Flerrrde-Marie... son nez tin et di'oit, sonirnble front, sa petite bouche déjà un peir sérieuse. Car, disait mad.inre Sér.qdiin à Sarah dans une des lelties ((ue Rodolphe verrait de lire : « L'enfant demande Inrrjours sa nrère et est bierr triste. »

C'étaierrt encore ses grands yeux d'irn bleu si pur et si doux... d'un bleu de bturt , avait dit la Chorrelle à Sarah, en recnnrraiss int dans cetl(i minialirre les traits de l'irrlortrrnée qu'elle avait poursuivie enfant sous le rroirr de Pégriolti-, jeune lille soirs le nom de Coualeuse.

A la vrri' de ce porlrait, les turmrltrrerrx et violents seirlimenls de Rodolphe l'uieut etoulfés par ses larmes.

Il ictorrrba brisé dans un fauteuil, et Cacha sa figure dans ses inaiirs ?il sanglotant.

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