CHAPITRE XVI
Morel le lapidaire.
Malgré la tristesse que lui avait inspirée la vue des aliénés, madame Georges ne put s'euipèchcr de s'arrêter un monicnl eu passant devant une conr grillée où étaient eul'ermés les idiots iucnraliles.
l'auvres êtres, (pii souvent u'oiit pas niénie lin^liiu'l de la bête et dont on ignore presque toujour.> l'origine; inconnus de tous et d'euxmêmes... Ils traversent ainsi la vie, ahsolument étrangers aux sentiments, à la pensée, éprouvant seuicmcnl les besoins animaux les plus limités...
Le hideux accouplement de la misère et de la débmrhe, au plus profond lies bouges les plus infects, cause ordiuairemeiit cet cliroyable abàlardi-seuieul de l'espèce... qui atteint en griiéral lesclasses pauvres.
Si génér.ilenieul la folie ne se révèle pas tout d aliurd a l'observaleiir superficiel par 1 1 seule iu--pecliou de la pliysimiouiie de l'aliéné, il ii'esl que trop facile de recoiin: ÎLre les earaclèrcs physiques de l'idiotisme.
Le docleiir llcrbiii n'eul pas besoin de f.dre remarquer à madame Georges l'expression d ahrnti-seiueut sau\age, d'insensibilité stu;iide ou d'ébahissenicut im> écile qui duuiiiit aux traits de ces malheureux une expression à la lois hideuse cl pénible à voir. Presque tous étaient velus de longues souipienilles sordides eu lamheaux : car, malgré toute la surveillance possible, on ne peut eiupècher ces êtres, absiduineiit priiés diuslincl et de raison, de lacérei, de souiller leurs vêlements en rampant, eu se roulant comme des bêles dans la lange des cours (1) où ils restent pendant le jour.
Les uns, accroupis dans les coins les plus obscurs d'un hangar qui les abrilail, pelotonnés, ramassés sureux-uicmcs comme des animaux d.Mis leurs tanières, faisaient entendre une sorte de ràlemenl sourd et continuel.
D'antres, adossés au mur, debout, immobiles, muets, regardaient fixement le soleil.
Un vieillard d'une obésité difforme, assis sur une chaise de bois, dévorait sa pitance avec une voracité animale, en jetant de côté et d'autre des regards obliipies et courroucés.
Ceux-ci iiiarc baient circulaireiiient et en hâte dans un tout petit espac(^ qu'ils se liinilaieut. lel étrange exercice durait des heures entières sans inteiiupliiin.
Ceux-là, assis par terre, se balançaient incessamment en jelanl alternalivemeul le liant de leur corps en avant el en arrière, n'interrompant ce monvenieni d une monotonie vertigineuse que pour rire aux éclats, de ce rire strident, guttural de l'idiotisme.
D'autres eiilin, dans un complet anéantissement, n'ouvraient les yeux qu'aux heures du repas, et restaient inertes, inanimés, soiiids, muets, aveugles, sans ipi'un cii, sans qu'un geste ai)uou(,al leur vitalité.
L ah.sence complète de eumuninii aiiou verbale ou intelligente est un des caractères les plus sinistres d'une réuniun d idiots; au moins, malgré rincoliérem e de leurs paroles cl de leurs peii^ces, les fou, se parlent, se reiunnaissent, se reclierchcnt . mais entre les idiots il règne une indifférence stupide, nu isolement l'arouche. .lainais ou ne les entend prononcer une parole articulée ; ce sont de temps à autre quclipics riies sauvages ou des geniisscmeiits et des cris qui n'ont rien d'humain. A peine un irespiiil nombre d'entre eux reconnaissent-ils leurs gardiens. Et pourtant, répélons-le avec admiration, par respect pour la créature,
(1) Disons à ce propos qu'il est impossible de voir sans une profonde admiration peur les iiilcllii;ence> clnrilables qui ont cuiiibini? ces rctliercties rie pioprctc liy;;tciiiqi'C, de voir, disons-nous, les dorloiis et les lits consaciésauxidints. Quand on pense qu'.iuliel'ois ces m Ihenrcux croupissaient dans une paille infecte, el qu'à celte lieufe ils ont des lils exiellenls, ntaliiteiHis d.uis un êlal de saluliiilé pai-liiile par des moyens vr limenl ni< rveilleux, on ne |)eul, encore une fois, que filorihor ictix qui se sont voués à i adout-issenient de telles nii-êres I !t, nulle leeonnais-iiiice à :illen<lrc, pas même la iirililude de l'aninul pour son maître C'csl donc le fion seiilemeiil l'ait pour le liicn au saint nom de l'Iiunianilé; et cel.i n'en e^l que l'ius diji e, que plus j:raiid un n,.' s,iui,iil donc ln<p I iiirT MM les adiiiiiM^iriileu.s el nié le, ms de Uir éliv. ili;n nient >eul.-nas 'l'ailleiirs par 1 1 ii mie el jnsie anlorllé iln cé-iélue docl' ui Fen us chargé île l'inspeelion t^énérile des huspices d aliénés, el auquel on doil l'eïccllentc loi sur les nUi^n^, l«i t>H9éo siir nc.% ftrt-vuMvn et profoHde.s ottti^rvriiiutiA.
CCS infortunés, qui semblent ne plus apparicnir à notre espèce, el pas niêine à l'espèce animale, par le complet aiii''aulissemciit de leurs facultés iiilcllectuellcs : ces èircs. incuiablemcnl frappés, qui lierinent plus du niiillnscpie que de l'être animé, el qui sonvent traversent ainsi Ions les âges d une longue carrière, sont enloiirés de soins recherchés et d'un bien-être dont ils n'ont pas même la ciuiscience.
Sans doute, il est beau de respecter ainsi le principe de la dignité humaine jusque dans ces mtilheureiix qui de l'homme n'ont plus que l'enveloppe ; mais, répclons-le toujours, on devrait songer anssi ,a la dignité de ceux qui, doués de tonte leur inlelligenee, remplis de 7.ele, d'activité, sont la force vive de la nation : leur donner conscience de celle digniti' en rcnconrageaiit, eu la récompensant lorsqu'elle s'est inanilestce pai' l'amour du travail, par la ré-igualiou. par la probité: ne pas dire enfin, avec un égoisine semi-oithodoxc : l'unissons ici-bas. Dieu récompensera là-haut.
— Pauvres gens ! dit madame Georges en suivant le docteur, après avoir jeté un dernier regard dans la cour des idiots, qu il est triste de songer qu'il n'y a ancini remède à leurs maux '
— Hélas ! aucun, madame, répondit le docteur, surtout arrivés à cet âge; car maintenant, grâce aux progrès de la science, les enfanls idiots reçnivenl une soite d edncaliou qui développe au moins l'atome d'intelligence inciimplete dont ils sont (piclquelois doués, Noiisavons ici une école (1), dirigée avec auianl de persévérance que de patience éclairée, qui offre déjà des résultats on ne peut pins satisfaisants : par des moyens ties-iiigéuienx il exclnsivenienl appioprics à leur l'Iat, ou exerce à la fois le pbvsique et le moral de ces p,iiivrcs enfants, et heaiiconp parvienucnl à comiailrc les lellres, les i bilfres, à se rendre compte des couleurs: on est même arrivé à leur aiprciidre à chanter en chœur, et je vous assure, inadame, qn il y a une soi le de charme étrange, à la l'ois triste el louchant, à entendre Ces voix étonnées, pl.iiiitives, ipielipiefois donlonreiises, s élever vers le ciel dans un canliipie dont pres(pie tous les mois, quoique franç:iis, leur sont inconnus. >l,iis nous viuci ;iirivés au bàliincnl où se trouve Morel. J'ai rccoiiiuiaudé qu'on le laissât seul ce malin, afin que leffel que j'espère produire sur lui eût une plus grande action.
— Rt quelle est donc sa rnlic, monsieur? dit tout bas madame Georges au docteur, afin de n'être pas entendue de Louise.
— Il s'imagine que s'il n a (las gagné tieize cents francs dans sa journée pour payer une dette contractée envers un notaire nomme Ferrand. Louise doil mourir sur léchafind pour crime d'Infanlicide.
— Ah! monsieur, ce noiaire... el.iil nu monstre I séeri:i madaiiie Georges, instiuile de la haine de cet homine contre Gertnain. Louise Morel, son père, ne sont pas ses seules victimes. H a poursuivi mon fils avec un impiloyable acharnement.
— Louise Jloiel m'a tout dil, madame, répondit le docteur. Dieu merci, ce misérable a cessé de vivre. Mais veuillez m'atteudre un moment avec c( s braves gens. Je vais voir coinmenl se Iroiive Morel.
Puis s'adressanl à la fille du lapidai' c :
— Je vous en prie, Loui.se, soyez bien attentive. An moment où je crierai : « Venez! » paraissez aiissiu>l, mais seiiie... Quand je dirai une seconde fois : « Venez I » les autres personnes entieront avec vous...
— Ah! monsieur, le cœur me mampie, dit Louise en essuyant ses larmes. Pauvre père... si celle épreuve était inutile!...
— J'espère qu'elle le sauvera. Depuis longtemps je la ménage... Allons, r;is6iirez-\ons, et songez à mes recomm.iudaiions.
■ lit lediicleur, quittant les personnes qui l'aceompagiiaienl, cnlra dans une chambre dont les fenêtres grillées ouvraient sur un jardin.
Grâce au repos, à un régime salubre, aux soins dont on l'entourait, les traits de Morel le lapidaire n'étaient plus pâles, hâves cl creusés par une maigreur maladive Son vi.sage plein, légèrement coloré, annonçait le relour de la sanlé; mais un sourire mélancolique, nue certaine fixité qui souvent eiicoie immobilisait son regard, aimonçaienl que sa raison n était pas encore couiplétcment réiahliu.
Lorsque le docteur entra, Morel, assis et courbé devant nne table, simulait I exercice de son métier de lapidaire en disant :
— Treize cents bancs... treize cents francs... ou sinon Louise sm l'échafaud... treize cents francs,,. Travaillons... travaillons... travaillons...
Cette aberration, dont les accès élaienl d'ailleurs de moins en moins rréqnents, avait toujours été le sympiftnie primoidi.il de sa folii>. Le médecin, d'aboiii coiilr.irie de trouver Moi el en ce moiiienl sous l'inlluLnce de sa monomanie, espéra bientôt faire servir cette circonstance à son projet. Il piit dans sa poche une bourse conlcu;int soixaiilr-cinq louis qu'il y avait placés d'avance, versa cet or d.ins sa miin et dit bru-quemeiil à Moiel, ipii. profondément absiubé par son simulacre de travail, ne s'était pas aperçu de l'arrivée du docteur :
— Mon brave ^iorel,. assez travaillé,.. Vous avez enfin gagné les treize cents francs qu'il vous faut pour sauver Uiuise... les voilà...
Et le docteur jeta sur la table la poignée d'or.
-— Luiise est sauvée! s'écria le lajndaire eu l'amassant Tor avec rapidité. Je cours chez le notaire.
(1) Cette école eel encore une dos insliiiituns les pins lui ' iHtArn>sant«9.
.1 les
LES MYSTERES DE PARIS
Et se levant précipiliiiiimcnl i! cniiriit vers In porte.
— Venez ! Cl ia le ilcjcleiir avec une vive :iiig()isse, car la gnénson inslanlaiiéi- du lapiilaire pouvait ilé|ien(lre de celle piemièrciitipres-imi.
A peine eut-il dit « Venez, » ([iic Louise pai ut à la poile, au niurneut nicnie où hou peie s'y présculail.
Mmel, stupéfait, recula deux pas en arrière et laissa tomber I orqii il
tenait. , , . , ., 1 •
l'enilant f|Mclques minutes il contempla Louise dans un cbainssenieiit profmiil, ne la leeoiinaissant pas encore. Il senililait pourtant liieliei de rappeler ses souvenirs; puis, se rapprocliaul d elle peu à peu, il lu regarda avec une curiosité inquiète et ciaiativc.
Louise, ircmblanic démolion , contenait diflicilementscslarincs, pendant que le docteur, lui recoinmandatil par un ^estc de rester muette, cpiail. allenlif et silencieux, les moindres mouvements de la physionomie du lapidaire. Celui-ci, loujoiirs penché vers sa lille, commença de pâlir : il passa ses deux mains sur son front inondé do sueur ; puis, l'aisanl un nouveau pas vers elle, il voulut lui parler; mais la voix expira sur ses lèvres, sa pâleur augmenta, et il regarda autom de lui avec surprise , comme s'il sortait peu ù peu d'un r,onge.
— Bleu... Iiien... dit lout bas le doi leur à Louise, c'isl bon si-
yue quand je dirai
venez, jetez-vous dans ses bias en l'appelant votre père.
Le lapidaire poi la les mains tnr sa poilrine tu se II gardant, si cela se peut dire, de»; pieds a la tète, comme pour se bien convaincre de son idiiilité. Ses traits exprimaient une ineerlilud,' douluiueuse; au lien datlacher ses yeux sur sa fille, il semblait vonloir se dérober à sa vue. Alors il se dit à \oix basse, d'une voix entrecoupée :
— .Non !... non !...
un songe... où suisje'?... im'possilde !... un songe... ce n'est pas elle... Puis voyant les pièces d'or é|iai>es sur Iciilaneher: ttcetor...
je ne iiu' rappelle pas...
.le m'éveille lUmc '?...
la tèle me tourne... je n'ose pas regarder...
j'ai liunle... ce n'est pas l.onise...
— Venez, dit le docteur à voix baule.
— Mon père... reeonnaissez-moi donc, je suis Louise... votre (ille .... s'éci ia-l-elle l'un lant en larmes et en se jelant dans les bras du lapi-
daiie, au m 'lit où enlraiint la l'emmc de Morel, Rigoletle, madame
Georges, Geimain et les Pipelet,
— Oli ! mon Dieu! disait "" snis-je'/que me veut-on .
Puis, après quelques instants de silence, il prit hrusquement enlie ses .kux mains la tèle do Louise, la regard.i lixemeiit « s'écria, après quel- (pies insiants d'émotion croissante :
— Louise !..
Morel, qn(- Louise accablait de caresses, où que s'eslil passé'.' je ne peux pas croire.
— 11 est sauve ! dit le dnclenr.
— Mon mari... mon pauvre Mord!... s'écria la femme du lapidaire en venant se jniiulre à Louise.
Ma reiniiie 1 reprit Morel, ma femme et ma lille !
— Kl moi aussi, monsieur Morel, dit Rigolettc, tous vos amis se sont donné rendez-vous ici.
Tons vos amis 1. . vous voyez, monsieur Morel, .ijoiita Germain.
— Mademoiselle Rigolelle!... M. Germain !.. dit h' lapidaire eu reconnaissant cbaipic perMinnage avec un nouvel éioimemeut.
— El les vieux amis de la loge, donc ! dit AoasUsic en s'approcbant
à son tour avec .\lfred, les voilà, les Pipelet...
lesvieiix Pipel l...amis à mort. ..et ailliez donc, père Morel.. voilà une bonne journée...
— M. Pipelet et sa femme!... tant de monde autour de moi!... U me semble qu'il y a si
longtemps ! Et
mais mais enfin
c'est toi, Louise... n'estce pas?... s'écria-t-il avec cnlrainemenl en serrant s;i lille dans ses bras C esl loi, Louise?
bien sûr?...
— Mon pauvre père... oui... c'est moi...
c'est ma mère ce
sont tous vos amis
V(ms ne nous quitterez
plus vous n'aurez
plus decbaiirin... nous serons heureux maintenant, tous heureux.
— Tons heureux
Mais attendez donc
que je me souvienne...
"Tons heureux... il me semble pourtant qu'on était venu te chercher pour le conduire en prison, Loui-e.
— Oui... mon père...
mais j'en suis sortie...
acquittée Vous le
voyez me voici
près de vous...
— Attendez encore... attendez... voilà la mémoire qui me revient. Puis le lapidaire reprit avec cflioi : Et le notaire?...
— i\lort il est
mori, mon père... murmura Louise.
— Mort! lui!
alors... je vdus crois...
nous pouvons èlre lienreux... Mais où suisje?... comment siiis-je ici?... depuis combien
de lemps et pour-
tpioi?... je ne me rappelle pas bien...
— Vous avez été si malade, munsienr, lui dit le docleur, qu'on vous a transporté ici...
à la canq)agiie. Vous avez eu nue lièvre trèsviolente, le délire.
- Oui, oui... je me souviens de la dernière chose avant m., maladie; j'étais à parler avec ma lille. cl... qui donc, qu, donc ; .\h . un homme bien généreux, M. l'od,d|.lie... .1 m avait empeebc d etie anele. Deiiuis. par exemple, je ne me souviens de rien. , • • r,
L Voire maladie s éiait coinpii.piée d'une absence de mémoire, dit le médecin. La vue de votre lille, de votre femme, de vos amis, vous I a rendue. .
— El chez qui siiis-je donc ici ?
Le Squelelic
— Lhez un and de M. liodolplie, se hâta de dire Germain; ou avait songé que te changement d'air vous serait utile.
LES MYSTKRKS DK PAfllS.
— A merveille, dit loiif b;is le doclenr ; et s'adrcssiiiil à iiii siirveillanl il ;>j()iil;i : liivoyc/, le liarn' ait Ixiiil île la nii'lhî ilii jaiiliii, aliii »|iril ii'ail pas à Iraveiscrlfs murs el à soilli- par la ijraiide porlc.
Ainsi que cela arrive qncUpieliiis dans les cas de folie, Blmel iiavail ancuiicineiil le souvenir cl la consciente de laliéuaiion doiil il avait élii alleinl.
Quelques moments aprè', appuyi; sur le liras de fa femme, de sa fille, e.l acconqiagné d un élève tliii uigieii que, pour plus de pi udeuce, le docteur avait coiniids à sa surveillance jusqu'à l'aris, Morel nionlail en liacre et quitlait Bicélre sans soupçonner qu il y avait été enfermé «omme (ou.
— Vous croyez ce pauvre homme complétemenl guéri ? disait madame Georges au docteur, qui la reconduisait jusqu'à la graude porte de Riccire.
— Je le crois, madame, el j'ai voulu exprès le laisser sous l'heureuse iniluence de ce rapprocliement avec sal'annlle j'auraiscraint de l'en séparer. Du reste un de mes élèves lie 1e(iuilter:i pas et indiquera le régime à suivre. Tous les jours j'irai le visiter jusqu'à ce que sa guèrison soit tout à fait consolidée ; car non-seulement il m'intéresse beaucoup, mais il m'a encore été liés ■ pariicnlicrcment recommandé, à son entrée à Ricctre, par le chargé d'affaires du granu-duclié de Gerolstcin.
Germain et sa mère écliaugéreut im coup d'œil signilicatif.
— Je vous remercie, monsieur, dit madame ik'orïcs, de la boulé avec laquelle vous avez bien voulu me faire visiter ce bel établi— sèment, el je me fel cite d'avoir assisté à la scène touchante que votre savoir avait si liabilameut prévue el annoncée.
— Et moi, madame, je me félicite double ment do ce succès, qui rend un si excellent homme à la tendresse de sa famille.
Encore tout émus de ce qu'ils venaient de voir, madame Georges, Iligiilelle et Germain repi'irent le chemin de l'aris, ain^i que M. et madame l'ipelel.
Au moment où le docteur llcrbin rentrait
filort du Cliourincur. — p.igk ô.VV
dans les cours, il renccmtra un euqiloyé tupiM-ieur de la uiaiscni ipii lui dit :
— Ah ! mon cher monsieiu' llei biu, vous ne sauri( z vous iiuigiiiir à quelle scène je viens d'assi>ier. l'our un observateur connue vous , c'eût été une source inépuisable.
— Comment donc? quelle sccue?
— Vous savez que nous avons ici deux femmes condamnées à mort, la mère cl la lille, qui seront exécutées demain ?
— Sans doute.
— Eb bien ! de ma vie je n'ai vu mw audace et un sang-froid pareil à celui de la mère. C'est une femnie irifciiiale.
— N'est-ce pas cette veuve Mailial qui a montre tant de cynisme dam les débats'^ — Elle-même.
— ?,l qu'a-l-clle fiil encore?
— Elle avait dcuiaiidé à et e e:iferniée dans le même rnb.iiion que sa fdie jii>qu'au luoiueut ili! leur exérulinn. Ou avait acci'Mlé à sa deui.inde. Sa lille b(Niueou|i moins eudiinie qu'elle, parait s'auiollir à uicmuc que le luoiMCiit fatal appriielie, taudis que rassmanic diabaliiiue de la veuve aiignienUî eiKoie, s'il est possible. Tour à I lieiire le véuiii able aiunùniei' do la prison est erilrc; darjs leur cachot poni- leur ciH'rir les coiisolalious de la icligiorr. La lille se piépaiait à li'S accepter, lorsque sa mère, sarrs perdre un rnonieiit snir s.ingfioid glaci.il , l'a accablée . elle et l'airiiioriier, de si irriligrres sarcasures, rpre ce véirérable préirc a dr'i qiriller le caebot après avoir en v;iirr teuré de faire entendre qiiclqires s.iiir'cs paroles à celle feniore indoioplable.
— A la veille de monter à l'écliaiaud ! une telle and rce est vnimeiil
eflrayantc, dit le docteur.
— Du reste, on dirait une (le ces faurillcs pour'siiivii's par la fatalilé arrtiqrre. Le père est iriorlsur récbalarrd, un autre lils est au bagrre, iiii aiilrc, airssi coiidaiiirré à uiurt, s'est derrrieierrrerit évadé.
Le (ils airré seul et derrN jerrrreseirf.irrlsont éelrappé à cerirt époirvarrlable conlagion.
Porrit.irrt celle tcurrric a (ail derriaiiilcr- à ce Gis arrié, le serri borrnète Iroiiimc «le celte exécrable race, de venir- derirarir irratirr recevoir ses dernières voloulé-i.
— Qirellc cni revue !
— Vous n'èles pas curieuN d y ;rssi>ler'/
— Frarreireirieut iron.
Vdirs corrnaissi-7. mes prrirripes au srrjet de la peine de moi l, el je n ai |:as besiiirr d riu si alirerrx spetlacle porrr nr'arieriiiir' eiriore d.ins ma uiariiere de; voir, si eeire lerr ilile ferrrrrre pir; le sirii car acier e inilorrrplable jir>(|iie sur I éebafarril. rpiel dépliiialilr e\rnrple porrr le peuple !
— Il va l'ucoreqrrelqrre chose dans celle dorrble exccutirin qui me paraît Ires-srrr^nliei'. <■ <sl le joui' qu'en a choisi porrr la l'aire.
— Coiruireut .'
— C'est anjiiuid Lui la Dii-carèmi'.
— Elr bieir?
— Ueirrairr l'exécution a iierr à sepl lieirrcs. Dr, des barrdes de gi'us dcgirisés, ipri anlorit pas-é celle irrril d irs les bals de barrières , se ( ruiscr'orit uécebsair-errr<rrl. err rerrtrant liarrs l'aris, avec le liruebie cortège.
— Vous avez raison, ce sera irn contraste biiL rr\.
— Sarrs coiiipler qire de 1 1 pl.iee de lexicrrliiirr, barrière Sairrl-Jacqrres, on errlcndr-a an loin la rnir>iqiie des griirrgireiles errvirunrrarrlcs, cal', pour fêler le diM rri. r jour- dir carnaval, on danse dans ces CabaiclS jusqu'à dix cl onze heures du malin.
Le lendemaiir le side.l se leva rad'eux, éblorrissarrl.
A cjiralrv bernes du uratru, plrrsieiirs piquets d iiifaulcric et de Cavalerie viiireril entourer et gai'der les abords de Dicèlre.
^'o^s cuirduiions le lecteur dairs le cab.iuou où se trouvaient réunies la veuve du supplicié et sa mia CalvUasso.
LES MYSlt.UES DE PARIS.