CHAPITRE XVUI
Punition.
J'éprouvai une telle eomu\otion à la vue de M. de Mortagne et de M. de Itocheguiie, que je revins tout à fait à moi. Peut-êlre aussi la légère blessme que je m'étais faiie eut-elle une aciion salutaire, en cela qu'elle remplaça une saignée, car je me sentis presque dans mon c'iat naturel. Pendant cpie M. de Mortagne pansait celle blessure, M. de Rocbegune s'emparait des papiers de M. Lugarto, qui était devenu livide de terreur. Alors seulement je m'aperçus que la ligure de M. de Mortagne était meur'lrie en plirsierrr-s endroits. Ses babils, ainsi que ceux de .M. de Rochegune, ciaienl souillés de bouc. Dans mon premier saisissemeril, je n'avais pas réfléchi à tout ce rpre ce secours avait de providerrliel. Plus calme, je rcnrereial Dieu de m'avoir sauvée. Je ne pris qu'irne part muelie à la scène suivante, mais elleest resiée gravée dans ma mémoire en caractères ineffaçables. Tant qu'elle dura, rpioiipre M. de Rochegmre fût pirrs témoin qu'acleur, ses trails basanés cl contractés eurent une expression peut-être ])lus menaçanle, pIrrs effrayante encore, qtre l'emporlemenl de M. de NIorlagrre. Torrles les fois que le regard de M. de lloehegurre s'arrêta srrr Bl. l.rrgarlo, il sembla fland)oycr : plusieurs fuis je remarquai à la crispation nerveuse d« ses mairrs qu'il f:iisail de gr'arrds efforts pour conserver un calme apparent. Toutes les fois aussi que S's yeux gris et perçants s'arrêtèrent sitr M. Lugarto, celui-ci sembla presque en proie à une faseinalion douloureuse.
Après m'avoir donné les premier-s soins, M. de Mortagne m'établit dans un farrteuil, et me dit : — Vous allez, maintenant, pauvre enfant, assister au jugement el à l'exécution de ce monstre... Et il se retour-
nait vers M. Lugarto. — Mais, monsieur, que prélendez-vous donc me faire? Vous n'abuserez pas de voire force, s'écria celui-ci en étendant
les mains d'un air suppliant A genoux d'abord... à genoux... lui dit
M. de Mortagne d'une voix terrible ; et, de sa main puissante, il prit M. Lugarto par le collet et le força de s'agenouiller rudement sur le plancher. — Mais c'est un guet-apens... un abus de... — Tais-toi, s'écria M. de Mortagne. — Mais... — Un mot de plus, je te b.àillonnc. M. Lugarto, accablé, laissa retomber sa tête sur sa poitrine... — Ecoute bien, dit M. de Mortagne... tu vas écrire à M. de Lancry que tu lui renvoies le litux qui peut le perdie : il m'est nécessaire qu'il croie que tu agis volent lircincni en lui rendnnt celte pièce, ei que personne n'a été dans ton horrible confidence... Tu m'entends... Un moment altérés, les traits de M. Lugarto reprirent peu à peu leur expression d'audace. Tonjours agenouille, il jeta un regard oblique sur M. de Mortagne, et lui répondit : — Vous me prenez pour un enfant, monsieur; vous pouvez me prendre ces papiers de force, mais je vous délie de m'obliger à écrire ce que vous voulez que j'écrive... — Tu n'écriras pas?— Non. — Non? — Encore une fois non... non.
M. de Mortagne garda le silence pendant un moment, jeta tes yeux autour de lui, puis il dit tout à coup : — liochegune, donnez-moi l'embrasse du rideau ; est-elle solide?... —Très-solide, dit M. de Roehegune en otant un assez long cordon de soie de l'une des patères. — Que voulez-vous faire? s'écria M. Lugarto en se levant à demi. M. de Mortagne le rejeta à genoux. —Te mettre ce cordon autour du front et le serrer au moyen d'un tourniquet,., (ce m.mche de couteau sera parfait pour cela), et le serrer jusqu'à ce que tn cèdes... C'est un moyen de torture excellent que j'ai vu pratiquer dans l'Inde... Grâce à lui, les plus têtus obéissent. — Vous ne ferez pas cela ! s'écria M. Lugarto en tremblant, vous ne ferez pas cela... la justice... la loi... — Je me charge de répondre à la justice, limpoitant est que tu écrives, dil M. de Mortagne avec un sang-froid effrayant, en faisant un nœud coulant au cordon de soie. — Mais je ne me laisserai pas faire... mais... — Regarde-moi bien... regaide... M. de Roehegune, regarde ensuite ta chétive personne, et tu veiras si tu peux nous résister. — Mais... — Oh ! finissons. Roehegune, prenez-lui les mains. — La ligin-e de M. Lugarto devint hideuse de rage et de terreur, ,1e mis mon mouchoir sur mes yeux ; une courte lutte s'engagea, au bout de laquelle j'entendis un cri perçant, puis ces mois d'une voix iren.blanle : — Grâce... grâce... j'écrirai... — Alors écris, dit M. de Mortagne. — Vous abusez de votre force... vous êles deux conire tui. .. murnnn-a Lugarto. — Ecriras-tu? écriras-tu?
M. Lugarto se résigna cl écrivit ces quelques lignes que lui dicta M. de Mortagne : « J'ai fait trop longtemps durer la mauvaise plaisanterie que vous savez, mon cher Lancry, je vous envoie le papier en question ; que ce secret soit désormais entre vous et moi, car j'ai grande honte de tout ceci: je pars pour l'Italie ! Adieu. Tout à vous. » M. Lugarto, après avoir écrit, signa. — J'espère que c'est tout, ajouta-t-il,"je cède à la force... Mais patience, patience!... —Tais-toi, dit M. de Mortagne Combien M. de Lancry le doit-il d'argent?- Voici les obligations de M. de Lancry dansée portefeuille, dit M. de Roehegune, trois cent vingt mille francs. M. de Mortagne écrivit quelques lignes sur un papier, les remit à M. Lugarto et lui dit :— Voici un bon de cette somme sur mon
M. do ..hirtagne le joignit à la lettre que M. Lugarto venait décrire h M. de Lancry, et mit le tout dans son portefeuille. En se voyant ainsi arracher le moyen de continuer les tortures de sa victime, M. Lugarlo poussa un cri de fureur presque sauvage. —C'est infâme! il y a contrainte, guet-apens, violence 1 —Mais tu" veux donc que je tebâ'illonne'' secim M. de Mortagne. Je le défends de parler lorsque je ne t'iiilerroge pas. Ecris encore. — Mais... — Roehegune, donnez-moi le cordon M. Lugarto leva les yeux au ciel ei obéit.
M. de Mortagne dicta ce qui suit à M. Lugarlo : « Je déclare avoir 2Cril (le fausses lettres à madame la vicomtesse de Lancry en conlrefaisant l'écriture de son mari. Par ces lettres, M. de Lancry invitait sa lemiiie a se rendre à l'instant auprès de lui, dans une maison siiiiée près Je Lhanlilly. Madame de Lancry, ayant tombé dans ce piège inl-iiiie, est Mrlie aussitôt de Paris ; à son arrivée ici, elle a trouvé une autre lettre le M. de Lancry, également conlrefaiie par moi, dans laquelle il priait sa cmnic de ne pas s inquiéter, de l'altendre, lui annonçant qu'il serait de 'etour le lendemain. Madame de Lancry, épuisée de fatigue, a accepté ç suiiprr que je lui avais fait préparer ; j'avais mélangé un narcotique ans tout ce qu'on lui a servi ; lorsque l'effet de ce poison a commencé le se nianifesicr, je me suis présenté devant madame de Lancry, j'ai eu a barbarie de lui annoncer qu'elle avait pris un narcoiique, et de lui aire constater de minute en miniile rinnucnce croissante de ce breu- ■age, allirmant à madame de Lancrv qu'à miniiil elle serait compléleiient endormie et alors en mon pouvoir. A celle horrible menace, malanie de Lancry, préférant la mort au déshonneur, a rassemblé ce qui ui restait de lurce et de connaissance, a saisi un couteau et s'en est rappee. M. de Morlagne et M. de Rocliegunc, qui étaient parvenus à introduire dans la maison, et qui, cachés, avaient élé témoins de toute elle scène, sont en ce moment entrés dans la ch;mibre. Comme ic suis ussi lâche que cruel... » '
— Je n'écrirai pas cela, s'écria M. Lugarto en rejetant la plume. Du revers de sa main, M. de Morlagne donna un vigoureux soufflet à M. Lugarto. Celui-ci voulut se lever. M. de Morlagne le maiulint sur sa chaise et lui dit : —Je veux te prouver à loi-même, ce que tu sais d'ailleurs de resle, que lu es un misérable lâche ; je t'ai sounieté, je te dois une réparation. Voici des pistolets chargés, il fait un clair de luue superbe, Roehegune sera notre témoin. Viens... Et il saisit M. Lugarto par le collet en faisant un pas vers la porte, pendant que M. de Rochecune prenait des pistolets qu'en entrant il avait déposés sur la table. M.'Lugarto écumail de rage, et paraissait en proie à une lutte violente. —Allons, viens, dit M. de Mortagne en voulant renlraîncr; viens, j'ai idée que je te tuerai, car Dieu est juste; viens donc. M. Lugarto se leva, fit un pas ; mais la peur l'emporta sur le désir de venger son outrage ; il retomba affaissé sur sa chaise en disant à M. de Morlagne d'une voix altérée : — Vous êtes un duelliste consommé, vous voulez in'assassiner... Je... — Alors écris donc que lu es un lâche, ou je te brise les os ! s'écria M. de Mortagne d'une voix terrible.
M. Lugarlo courba la tête, reprit la plume et continua d'écrire • « Comme je suis aussi lâche que cruel...» Ouvre une parenthèse, ajouta M. de Mortagne. « ( Et si lâche qu'après avoir élé tout à l'heure souffleté par M. de Mortagne...» Ecriras-tu ! M. Lugarto hésita encore. Il se décida. « Qu'après avoir été tout à l'heure souffleté par M. de Mortagne, je n'ai pas eu le cœur d'accepter le duel qn il daignait in'offrir.1 » Ferme la parenthèse. «J'ai déclaré et avoué les infamies que je vieiis d'écrire en tremblant de peur. Je déclare aussi avoir fait tomber M. de Roehegune dans un guet-apens dont Fritz Jluller, homme à mes gages, a élé l'inslrument, ainsi que le démontrera l'inslruclion qui va être provoquée par M. de Roehegune. » —Mais, dit M. Lugarto en s'interrorapani encore, puisque je consens à tout, épargnez... — Te tairas-tu!... Ecris : « Fait, signé et déclaré vrai, sous l'empire de la terreur que les lâches de mon espèce ressentent toujours eu présence des honnêtes gens courageux. Lugarto.» Après avoir signé son nom, M. Lugarlo jeta sa plume et cacha sa tête dans ses mains. — Maintenant, écoute, continua M.de Morlagne. Demain matin lu partiras pour IKalie, et je te défends, tu m entends bien, je te défends de remeltre les pieds en France, à moins que je ne t'y autorise ; je t'exile. — C'est de la folie ! s'écria M. Liigario. Apres tout, je brave vos menaces ; la loi me protégera, je resterai en France si cela me convient.
— Ecoute-moi, s'écria M. de Mortagne en se redressant de lonte la hauleur de sa grande et robuste taille, et il appuya sa large main sur l'épaule de M. Lugarto, qui fut presque obligé de se courber sons celle puissante étreinte. Ecoute-moi bien. Depuis qiialre mois tu as élé le mauvais génie de la plus adorable femme qui existe sur la terre ; tu as fait tout au monde pour flétrir sa réputation, pour avilir son mari; tu as usé de la plus exécrable perfidie pour accréditer des bruits inlàniaiiis; tu as voulu faire assassiner M. de liochegune, lu as élé faussaire pour attirer ici madame de Lancry. Toi et les complices vous avez éie encore meurtriers en me faisant tomber dans un piège horrible; tu as été empoisonneur en faisant prendre à-celte malheureuse femme un breuvage qui devait te permettre d'ajouter nu nouveau crime à laut de crimes. Voilà ce que tu as fait, entends-tu, enlends-tu ?... L'air, la voix, l'accent de M. de Morlagne étaient si menaçants, que malgré son audace M. Lugarto n'osa répondre un seul mot.
M. de Morlagne ajouta avec une exaltation croissante, et me dési- Bignant à M. Lugarto : — Tu ne sais donc pas que j'ai promis à sa mère mourante de veiller sur elle comme sur mon enfant? Tu ne sais donc pas quels dangers on court en attaquant ceux que j'aime? Tu ne sais donc pas que, sans l'intérêt que j'avais à pénétrer quel étail le mobile de la fatale domination que lu exerçais sur .M. de Lancry, je t'aurais déjà chassé de France en le crossant de coups de pied? car tu sens bien qu'un homme comme moi qui veut s'acharner à la poursuite d'un misérable coiume loi vient à bout d'en délivrer la so.iélé, et qu'il n'y a pas de tribun.Twx qui fassent !... Et d'ailleurs, s'écri.i M. de Moitagu'e ne se possédant plus, est-ce que lu n'es pas hors la loi? i;n vérité, je suis bien bon de ne pas te tuer là comme un chien. Est-ce qno je n'en ai pas le droit ?— Le droit ! s'écria M. Lugarlo effrayé de la violenre de M. de Mortagne.— Oui, le droit! oui, j'ai le droit de te tuer... là... à l'insi uil Malhilde est ma parente. In i'atlires ici à l'aide de fausses letlres, j'en ai la preuve; tu rempoisonues, j'en ai la preuve; tu vas coinniellie un crime exécrable lorsque moi, son ami, son parent, j'arrive, je le surprends, je prends ce pistolet, je le l'appuie sur le crâne, —et M de Bloriagne a|)puya en elfet un pistolet sur le front de M. Lugarlo, —et je te fais sauler la cervelle. Eh bien! après? qui donc me blâmera '' quel tribunal osera me condamner? N'es-tu pas pris en llagraiil délit'' ta vie ne m'apparticnt-elle pas, hein ! misérable?
Epouvanté de la fureur de M. de Mortagne, qui, s'exaltaiit peu à peu, ne se connaissait plus, et qui lui tenait toujours le pistolet armé sur le front, M. Lugarto joignit les mains avec terreur; sa figure se décomposa, il n'eut que la force de dire : — Grâce... grâce... Prenez garde, mon Dieu ! le iiislolet est chargé... El il laissa retomber ses dein bras le long de son corps, comme s'il eûl jierdu tout seniimenl. M. de Uochegune lui-même, efirayé de l'exaspération de M. de Morlagne, lui dit : — Ayez pitié de ce niisér;i^le. — Eh ! a-t-il eu pitié de celle malheureuse enfant, lui, lui?... s'écria M. de Alortagne.— Grâce... mon Dieu... je partirai quand vous voudrez... je vous le jure, niininura M. Lugarlo à
voix basse. — Oses- lu bien faire ici un serment?... Ce n'est pas sur ta parole que je compte, mais sur l:i mienne, et je te la donne, entcndslu?.. ma parole dliomiêle lioiiimc, que tu ne remettras pas les pieds en France, cl par une bonne raison que tu vas comprendre... Comme après tout il laiit que tu sois puni de les infamies, et que la voie légale ne peut me convenir; comme après tout tu es un faussaire, un meurtrier, un cnqwisouneur, et qu'on marque tes pareils d'un fer chaud, je veux aussi te marquer, moi... enteuds-tu? te marquer non pas sur l'épaule, mais sur le front... te marquer d'un ï et d'un F, pour que cela se voie bien et toujours ! ... De la sorte, tu ne seras pas tenté de revenir en France, j'espère. — Mais c'est le démon que cet homme ! s'écria M Lugarlo en joignant les mains avec terreur et en se levant à demi. Mon Dieu ! mon Dieu ! que voulez-vous donc me faire encore? Ne m'avez -vous pas assez insulté, humilié? — Je veux te marquer sur le fi'out. La lainiî de ce couteau, rou;;ic à la llaunne de cette bougie, sul'lira pour rendre l'empreinte ineffaçable.
Imi disant CCS mois. M. de Mortagne prit le couteau avec lequel je m'étais blessée, et rapproclia de l'un des llambeaux. M. Lugarto le regard.lit avec terreur: il courut à la porte. Elle était fermée. Il revint, se jeta à mes pieds, et me dit dune voix déchirante: — Oh! pas cela... pas cela... madame... ayez pitié de moi. Je vous ai offensée... J'ai élé lâche, infâme, je partirai.. Je partirai... Jamais je ne reviendrai... Mais pas cela... Oli ! par pitié ! pas cela 1!! Les traits de cet honnne étaient boideversés par la terreur; il pleurait, il tendait les mains vers M. de Morlague. Celui-ci, impassible, continuait d'exposer la lame du couteau à la llainme de la bougie. — Mais vous, monsieur, vous serez moins impitoyable! s'écria M. Lugarlo en s'adressant à M. de Roclieguue. Je vous ai fait Irailreusement attaquer, je l'avoue... Je m'en repens, ayez, piiié de moi, priez pour moi... Mais, au nom du ciel, pas cela... Pour la vie!... Jugez donc, marqué pour la vie... sur la ligure... Ah! c'est horrible!., c'est une idée infernale ! M. de Uocheguue haussa les épaules, et ne répondit pas. — Madame, mais... vous... vous, ô mon Dieu! par le souvenir de votre mère que vous aimiez tant... madame, pri<'z pour moi.
Mal,i;ré moi... malgré le mal horrible que m'avait fait cet homme, je recul.ii devant la barbarie du châtiment. — Mon ami, mon sauveur, disje à .M. de Mortagne. laissez cet homme à ses remords : qu'il parte seulement qu'il parte... — Ses remords! dit M. de Mortagne, est-ce que ses pareils ont des remords? La rage d'avoir au front l'empreinte d un fer cliand, voilà le seul remords qu'il puisse coiuiaitre. Allons, Rocliegunr , le couteau est cbauf/é à blanc... attachons-lui les mains. — Par pilié, laissez-le, m'écriai-je, je n'assisterai pas à cette torture horrible. Mon ami, je vous en supplie, une telle vengeance est indigue de vous et de moi. Après avoir un niouicnt regardé M. Lugarlo, qui à travers ses sanglots nmrmurait encore des prières et des supplicalions, M. de Mortagne lui dit : — Uràce à cet ange de bonlé, celte fois encore j'ai pitié de toi. — Oh ! votre main... voire main, laissez-moi baiser votre main! s'écria M. Lugarlo dans un élan de reconnaissance indicible, en se traînant à genoux jusqu'auprès de M. de Mortagne. Celui-ci se relira vivement, le repoussa du pied, et lui dit : — Mais je te jure que si lu oses revenir en France, ce que je ne fais pas mainii-nant je le ferai alors ; tu dois me connaître assez pour croire que je ne rec nierai devant rien : moi et deux hommes déterminés, nous suffirons à cette exécution, et je saurai bien m'emparer de toi. — Je vous promets de ne jamais revenir en France, tout est prêt pour mon départ, ma voilure viendra ici demain ; au point du jour je partirai pour l'Italie ; je voyagerai jour cl nuit, jusqu'à ce que je sois sorti de France, je vous le jure, dit M. Lugarlo, dont les dents se choquaient de terreur. — Ma- Ibilde, mon enlanl, vous avez besoin de repos, me dit M. de Mortagne, votre femme de chambre est là, vous n'avez plus rien à craindre. Venez, Roehegune va rester avec ce misérable. Demain, lorsque vous serez plus reposée, je vous dirai comment nous avons découvert le mauvais dessein de cet honmie. Je suivis le conseil de M. de Mortagne, je me retirai dans la chamlne qu'on m'avait préparée. Bienlôt je m'endormis d'un profond sonuneil.