ÉPILOGUE
CUAPITUE PREMIER.
Le café Lebœuf.
Environ un mois s'était écoulé depuis que madame Blondcau avait apporté les Mémoires de Mathilde au colonel Ulrik, auquel nous restituerons son véritable nom, et que nous appellerons désormais M. de llochegune.
Le café Lebœuf offrait toujours à l'admiration des rares passants de la rue Saint-Louis ses bocaux de cerises et ses bols d'argent plaqué, à travers ses vitres. L'hôlcl d'Orbesson semblait toujours solitaire; son unique habitant, successivement surnommé Robin des Bois et le Vampire par les frères Godet, n'avait pas encore passé le seuil de sa porte, du moins pendant le jour.
De temps à autre la figure rébarbative de Slolk apparaissait à la petite porte do service. Toutes les fenêtres de l'hôtel restaient eonlinuellénient fermées. Madame Lebœuf, les frères Godet et les autres habitants du café avaient fini par conclure une trêve avec ce qu'ils appelaient l'ennemi commun, c'est-à-dire qu'ils avaient renoncé à leur système d'espionnage ; sacrifice d'autant plus méritoire qu'aucun l'ait nouveau ne s'était passé depuis la visite de madame Dlondeau à M. de ISouheguue. Chaque niatiu, les l'rèros Godet venaient ponctuellement prendre leur lasse de café, et augmenter le respectable cercle qui entourait le ciMuptoir dacajou de madame Lebœuf. Le 15 mai 1839, par une assez ht lie matinée de printemps, les deux frères, contre leur coutume méthodique, arrivèrent au café Lebœuf deux heures plus tard qu'à l'ordinaire ; ce grave dérangement dans leurs iiabitudes était causé par une gracieuse invitation de madame Lebœuf, qui. depuis quelques jours, les
avait conviés à une sorte de déjeuner diiiatoire que de temps à autre elle offrait politiquement à ses plus fidèles commensaux.
Préparés à cette solennité l'astronomique par une longue promenade au Jardin-des-l'lantes, les frères Godet arrivaient au café Lebœuf, disposés à faire largement honneur à la réfection de leur hôtesse. A quelques pas de rétablissement, M. Godet l'ainé s'arrêta, mit son parapluie sous son bras, sou'eva son chapeau, essuya son front, et, de sa puissante voix de b^isse-taille. il dit à son frère d'im air sentencieux :
— Je ne vous le cacherai pas, Dieudonué, le grau I air, cette promenade, ce beau tenq)S, la vue de la nature des quatre parties du monde que nous venons de contempler au Jardiu-des-PLinlcs, y coui|iris leurs aniinaux, depuis les volatiles jusiiu'aux reptiles les plus venimeux... tout cela m'a donné une faim canine.
— Cela ne m'étonne pas, mon frère, dit timidement M. Godet cadet. Nous nous soiuiiics levés de bonne heure, cl, comme dit la romance : « Quand on fut toujours vertueux, on aime à voir lever l'aurore. »
A cet instant, les deux frères passaient devant la grande porte de l'hôtel d'Orbesson. Godet l'ainé jeta de ce côté un regard sarcastique, et dit à son frère avec l'expression d'une sanglante ironie :
— Si le? gens vertueux aiment à voir lever l'aurore... je suis bien sinque celui qui habite cette maison ne l'a pas vue souvent lever, l'aurore ! ! ! . .
Le mot était dur. Dieudonné en comprit toute la portée, et il dit tout bas à son frère :
— Prends garde. Godet. . quelquefois les murs ont des oreilles.
— Si les murs ont des oreilles, la France a des lois, s'écria Godet l'ainé d'une voix tou'.iante en s'adressant fièrement à la grande porte de l'hôtel d'Orbesson et lui jetant un regard de défi courroucé. Oui. reprit il, la France a des lois, un gouvernement constitutionnel et une garde municipale qui protègent les citoyens paisibles, et qui veillent
d'un œil ouvert et paternel sur les individus qui s'embusquent sournoisement dans les ténèbres ponr machiner... je ne sais quoi ; mais il machine!!! je suis sûr qu'il machine...
— Godet... Godet... calme-toi, je l'eu conjure, dit Dieudonné effrayé de l'audace de son frère.
Les deux Godets.
— Qu'il me fasse, s'il le veut, massacrer par ses sbires, s'écria Godet l'aîné. I\lais il a beau faire le mort depuis quelque temps, je soutiens qu'il machine !!!
Après cette énergique et courageuse protestation, les deux frères entrèrent dans le café de madame Lebœuf. Ici commença pour eux une série d'élonnements plus foudroyants les uns que les autres. D'abord, au lieu du candide Bolard, qui péchait si merveilleusement les araignées dans les carafes, ils virent un grand homme maigre à cheveux et à barbe noirs, d'une physionomie sinistre, qui leur demanda d'une voix brusque :
— Que faut-il vous servir ?
Godet l'aîné regarda son frère avec surprise ; puis, se ravisant et pensant que Botard était nécessairement employé aux préparatifs du banquet, il répondit d'un ton protecteur :
— Mon bon ami, nous venons pour le déjeuner...
— Quel déjeuner?
Godet l'aîné, se sentant sur son terrain, au lieu de répondre à cet intrus lui dit :
— Où est la chère madame Lebœuf?
— Qui ça, madame Lebœuf?
— C'est un véritable sauvage, dit tout bas Godet l'aîné à Dieudonné, et, sans répondre un mot de plus, il se dirigea vers l'arrière-boutique, où devait être servi le déjeuner.
Le substitut de Botard saisit rudement le paisible rentier par le bras et lui dit :
— Où allez-vous donc par là?... on n'entre pas.
M. Godet l'aîné devint cramoisi ; mais, contenant sa colère, il dit d'un ton de njajestueuse commisération .
Je TOUS roue de coups si vous faites un pas pour sortir. — p»ge 210.
— Mon bon ami... vous jouez gros jeu... fort gros jeu... au moins... mais vous êtes nouveau ici, vous avez droit à notre indulgence... vous ne savez pas que je n'ai qu'un mot à dire à madame Lebœuf pour...
— Eh ! mille tonnerres ! il n'y a pas de madame ni de Lebœuf qui tienne ; asseyez-vous là, on vous servira ce. qu'on aura, mais vous n'entrerez pas l.i-dedans.
M. Godet l'aîné eut encore la force de contenir son indignation, et d'une voix qu'il tâchait de rendre calme :
— Une dernière fois, je vous déclare que je suis un des membres du
déjeuner qu'on prépare là-dedans ; ei je vous somme, oui, je vous somme hautement... d'aller tout de suite chercher votre maîtresse...
Tenez, mon brave homme... si vous n'étiez pas un homme d'âge,
ce serait à vous cribler de coups de pieds dans le ventre, dit le brutal personnage; et il tourna le dos à M. Godet l'aîné.
Celui-ci, malgré les supplications de son frère, ne put s'empêcher de s'écrier :
— Il m'en coûte, il me peine de descendre jusqu'à me commettre avec un mercenaire ; mais je ne puis résister au besoin de vous déclarer que vous êtes
un fier drôle!... que vous devez être le roi des drôles !
Le garçon se retourna vivement et fit un geste si menaçant, que les deux Godet rompirent simultanément d'une semelle ; mais ils gardèrent toutefois lin attitude défensive, en présentant leur parapluie à leur adversaire comme on croise la baïonnette.
Malgré ce mouvement, le garçon s'avança d'un air menaçant.
— Vous voulez donc que je vous fisse une bosse au genou ?
dit ce brutal en faisant une allusion offensauie à la complète niulild du ciàne de Godet l'aillé.
— Insolent malfaiteur ! il n'y a donc rien de sacré pour toi.' s'écria M. Godet en rompant encore d'une semelle.
A ce bruit, un nouveau personnage survint : c'était un homme entre les deux âges, trapu, barbu, coloré, portant une veste ronde et une casquette de loutre.
— Eh bien ! qu'estce qu'il y a donc, Jean?
dit-il au garçon.
— Monsieur Saunier, voilà deux particuliers qui s'acharnent à vouloir entrer à toute force là-dedans; ils disent qu'ils sont d'un déjeuner, et ils demandent madame Lebœuf. Il faut qu'ils soient bus.
— Il n'y a d'ivre ici que vous-même, grossier personnage, dit Godet aîné, un peu rassuré par la présence de M. Saunier.
Mais M. Saunier dit d'un ton presque aussi bourru que celui de son garçon :
— Madame Lebœuf n'est plus ici ; elle m'a vendu son fonds. Je ne donne pas à déjeuner.
On eût annoncé à M. Godet la résurrection positive de Napoléon, qu'il
Si vous êtes ma mère... ohl pardon... pardon... ne me maudissez pas! — page 198.
n'eût pas été plus péirifié qu'il ne le fut à la nouvelle de la retraite subile de madame Lebœuf.
— Mais, monsieur, s'écria-t-il, ceci est inadmissible, ceci tombe dans la fable. J'aurai l'honneur de vous faire observer que madame Lebœuf, hier soir, à huit heures trois quarts, m'a encore réitéré l'invitation qu'elle m'avait faite pour...
— Je vous dis que madame Lebœuf m'a cédé son fonds, son mobilier, son bagage, tout enfin, excepté ses robes et ses bonnets, dont ni moi ni Jean nous n'aurions su que faire, et, hier soir, elle a filé à
dix heures.
— Il n'en est pas moins fort extraordinaire, monsieur, que, venant très-disposés à déjeuner, on...
— Qu'est-ce qu'il faut vous servir?... Je n'ai pas le temps de causer... Jean... sers ces messieurs.
Et M. Saunier rentra dans l'arrière-boutique, dout il ferm soigneusement la porte...
— Alors... serveznous ce que vous voudrez... du lait... une bavaroise, que sais-je?
dit M. Godet l'aiiié d'un air égaré en se laissant tomber sur une banquette et en levant les mains aux ciel.
— Il n'y a pas de bavaroise, dit Jean.
— Comment pas de bavaroise?... allons...
eh bien ! alors donnez du café au lait, dit Godet avec un profond Soupir.
— Il n'y a pas de café au lait non plus.
— Gomment!
— Il n'y a que du chocolat enmorceaux, du café eu gr^iins, des cerises à l'eau-de-vie et de l'eau sucrée.
— Mais c'est épouvantable ! on n'ouvre pas un café, monsieur, quand on ne peut offrir aux consommateurs que de tels comestibles! s'écria Godet l';iiné.
— Eh ! mille tonnerres ! ne consommez pas. Qu'est-ce que ça nous fait donc, à nous, ([ue vous consommiez?
Ces derniers mois parurent faire une vive impression sur Godet l'aîné ; il jeta un regard d'intelligence à son frère et dit à Jean :
— Eh bien ! donnez-nous une tablette de chocolat, un verre d'eau sucrée et du pain.
Evidemment Jean était absolument étranger aux premiers principe? de sa profession; il apporta du sucre dans une tasse, une tablette de chocolat sur un vieux journal, et de l'eau dans une bouteille.
A la vue de ces énorniilés, les Gotlel échangèrent de nouveaux signes d'étonnement cl presque d'effroi...
Quelques fidèles habitués, conviés comme les deux frères au déjeuner de madame Lcbœuf, apprirent par eux la brusque disparition de l'hôtesse et quels étaient les sauvages ( ce fut l'expression dont se servit M. Godet l'aîné), quels étaient les sauvages qui remplaçaient la digue veuve, toujours si prévenante pour ses habitués, et son fidèle et inoffensif Botard.
MM. Godet et leurs amis, tout en grugeant leur tablette de chocolat, se livraient à des suppositions fabuleuses à l'endroit de la disparition de la veuve et de l'apparition de ses étranges successeurs ; quelques-uns penchaient pour un enlèvement tenté par un Anglais ou un Américain. Gomme Dieudonné faisait assez sagement observer que l'âge et la figure de madame Lebœuf semblaient donner un flagrant démenti à cette supposition, un ex-clarinette de l'Ambigu, qui avait scruté profondément les mystères du cœur humain, se crut en droit d'affirmer que l'âge et la figure de madame Lebœuf n'étaient pas un obstacle à un enlèvement, vu que plusieurs milords richissimes portaient dans leurs goûts une épouvantable dépravation. Si peu flatteuse que fût cette conclusion poui' madame Lebœuf, elle réunit une majorité assez imposante ; mais les conjectures mêmes manquaient, lorsqu'on en vint à se demander quels étaient les gens qui succédaient à la digne veuve. Tout dans leur conduite semblait mystérieux. D'abord ils semblaient fort peu s'inquiéter des consommateurs. Pourquoi donc alors tenaient-ils un café?
Jean le brutal regardait constamment dans la rue et ne quittait pas des yeux les deux portes de l'hôtel du Vampire. Le vieux domestique Stolk ayant ouvert la petite porte de service au pourvoyeur, Jean quitta précipitamment la porte, alla chercher son maître, le ramena et lui dit en lui montrant Stolz :
— C'est pourtant toujours lui...
— Il faut qu'il ait l'àme chevillée dans le corps, répondit Saunier. La petite porte se referma, Stolz disparut.
Quelques heures après, un homme d'assez mauvaise mine entra précipitamment dans le café et dit à Jean :
— Attention! je ne la devance que de quelques'minutes... Il avait bien dit qu'elle y viendrait.
— Je le crois bien, la souricière est fameuse, dit Jean. Simon est à la petite porte de la ruelle. On ne pouvait pas nous échapper.
— Ah ! la voici, reprit l'autre.
Les deux interlocuteurs et les habitués, qui n'avalent pas perdu une parole de cette conversation, regardèrent attentivement aux vitres.
— Dieudonné ! Bieodonné ! s'écria Godet l'aîné, vite, vite, c'est la même vieille femme qui, il y a quatre mois, a apporté le coffret chez le Vampire, et, il y a un mois, une lettre sans doute. Comme elle a l'air effaré!...
C'était en effet madame Blondeau, toute pâle et toute tremblante. Elle sonna et fut reçue et introduite par le fidèle Stolk dans l'intérieur de l'hôtel d'Oibesson.
— Bon ! dit l'interlocuteur de Jean, quelle heure? Jean tira sa montre.
— Elle y est entrée à midi vingt minutes.
— Suffit, dit l'homme; je m'en retourne à l'hôtel Meurice, où ils sont descendus ce matin à dix heures. Et il sortit.
Jean rentra précipitamment daus l'arrière-boutique.
Quand on connaît la curiosité féroce des habitués du café Lebœuf, quand on pense que depuis plusieurs mois cette curiosité était réduite au plus maigre régime, on se figure facilement de quelle fièvre dévorante durent être transportés les Godet et la troupe en voyant la mystérieuse intrigue qu'ils avaient crue terminée se renouer et se compliquer davantage par l'intérêt que semblaient y prendre les nouveaux possesseurs du café Lebœuf.
CHAPITHE II.
Li'hdtel de Maran.
Pendant que les nouveaux propriétaires du café Lebœuf et ses anciens habitués ont les yeux attentivement fixés sur les portes de la maison habiiée par M. de Rochegune, nous conduirons le lecteur à l'hôtel * de Maran, toujours habité par la tante de madame de Lancry.
La nuit approchait. Une table abondamment et somptueusement servie était dressée au milieu d'une belle office parfaitement éclairée, avoisinant la grande salle à manger.
Servicn, maître d'hôtel, présidait au dîner. Deux femmes de chambre, deux valets de pied, le cuisinier et deux ou trois de leurs connaissances, faisaient donc bonne et joyeuse chère aux dépens de mademoiselle de Maran, retenue depuis plusieurs mois dans son lit par une paralysie qui lui permettait à peine de remuer le bras gauche. Ainsi qu'on l'a vu dans les mémoires de madame de Lancry, mademoiselle de Maran, exécrée, abandonnée de tout le monde, était entièrement livrée à la merci de ses domestiques.
— A votre santé, monsieur Servien, dit le cuisinier, à tout seigneur tout honneur. Vous êtes plus ancien que nous dans la maison, tods !
L'homme à la tache de vin se leva et dit d'un air singulièrement sardonique :
— A la santé de notre bonne maîtresse!... Puisse-l-elle vivre encore longtemps comme ça pour faire notre bonheur !
Ce toast fut accueilli par les éclats de rire des convives.
— Tiens, ça me fait penser que j'ai oublié son potage au tapioka, dit le cuisinier. Ah bah ! reprit-il, elle mangera de la soupe à la tortue... ça sera tout de même, et ça la changera; il en reste dans la soupière.
A ce moment une sonnette retentit bruyamment dans l'office. Personne ne bougea.
— Bon ! la voilà qui recommence son carillon de tout à l'heure ; ça va être amusant, dit mademoiselle Julie, la première femme de mademoiselle de Maran.
On sonna une seconde fois.
— C'est insupportable ; je la croyais calmée, dit mademoiselle Julie ; on ne peut pas dîner tranquille. Vous êtes aussi bien peu aimable, monsieur Servien ! Vous nous promettez de casser une fois pour toutes le mouvement de ses sonnettes pour que nous ayons la paix, et vous n'y pensez pas.
— Le fait est, dit le cuisinier, qu'elle devient sonneuse, mais sonneuse que c'en est fastidieux.
Trois ou quatre coups de sonnette précipités confirmèrent l'assertion du cuisinier.
— Décidément il n'y a que cela à faire, dit Servien ; vous avez raison, mademoiselle Julie. On détraquera le mouvement, et alors nous serons en repos.
— Ou pourra lui laisser une petite sonnette de main pour l'amuser, dit mademoiselle Julie; les portes fermées, on ne l'entendra pas.
— Oui, mais madame fera venir un serrurier, dit un valet de pied d'un air fin; on raccommodera le mouvement, et alors, alors...
— Vous êtes encore bien de votre village, monsieur Goujon, dit niademuiselle Julie. Est-ce qu'on l'écoutera, avec son scnurier? Elle donnera l'ordre d'y aller? eh bien! on n'ira pas, et on lui dira...
— On lui dira qu'il y a une épizootie qui a emporté tous les serruriers, dit M. Servien.
Cette plaisanterie fit tellemeirt rire les convives, que le bruit des coups de sonnette de mademoiselle de Maran, qui allaient alors crMcenrfo /'urioso, fut un moment étouffé ; mais lorsque ces éclats de gaieté ceseèreut un peu, on entendit un carillon assourdissant.
— Il n'y a pas moyen d'y tenir ! s'écria mademoiselle Julie.
— Est-elle sonueuse, est-elle sonneuse ! dit le cuisinier.
— C'est maintenant qu'elle doit joliment niàthoimcr entre ses dents et se tortiller, colère comme une possédé», dit Coujon.
— Ah ! bien oui ! je lui en défie, de se tortiller, dit Servien. Elle est impotente sur son lit... Il n'y a que sa main gauche qu'elle puisse remuer...
— Eh bien ! elle se rattrape joliment sur sa main gauche, dit le cuisinier. Tenez... tenez... entendez-vous son bacchanal?... Allons, allons, j'en suis pour ce que j'ai dit... c'est une sonneuse...
— Mais c'est à devenir folle ! s'écria mademoiselle Julie. Mais j'y songe, monsieur Coujon. Allez donc prendre l'éclicllo de la bibliothèque ; le mouvement de la sonnette passe ici : nous allons le couper, et nous serons tranquilles.
On applaudit d'autant plus à l'excellente idée de la femme de chambre, que la sonnerie de mademoiselle de Maran devenait convulsive, incessante, et n'était interrompue que par de rares repos, que mademoiselle Julie, qui se piquait d'un peu de musique, appelait ingénieusement des points ^'orgue.
Goujon apporta l'échelle ; Servien lui confia une pince à déboucher le vin de Champagne. Le fd de fer du mouvement fut coupé au milieu d'un tintement formidable, et le bruit cessa subitement.
— Dieu... quelle figure clic doit faire dans son lit avec son chapeau de soie carmélile ! dit mademoiselle Julie en éclatant de rire. Je ne voudrais pas m'en approcher à cette heure ; elle me mordrait, bien sûr.
— Et voilà une morsure qui serait venimeuse, dit le cuisinier.
— Mais pourquoi donc que madame s'osline à porter un chapeau de soie et un casaquin puce dans son lit... puisque voilà deux mois qu'elle le se lève plus? dit Goujon.
— C'est un vœu qu'elle a fait au diable, dit M. Servien avec un sé- •ieux comique.
-- Le fait est que si le diable est son parrain, elle est bien sa fdleule, dit mademoiselle Julie. Est-elle méchante ! est-elle méchante ! Nous a-t-elle tourmcnlés quand elle se portait bien ! a-t-elle lésiné sur tout ! nous a-t-elle brutalisés. Tiens, chacun son tour !
— Ce qui l'enragc, reprit -M. Servien, c'est qu'elle ne peut plus écrire... à M. Luchet, son homme d'affaires, ce grand caliboignon, à qui elle se plaignait toujours de nous... Elle a beau m'ordonner de lui écrire de venir... moi pas si bêle...
— Le père Fabri, le concierge, l'a renvoyé il y a huit jours, dit Goujon.
— Je le lui avais recommandé dans le cas où il viendrait de lui-même, ce M. Luchcl, mauvais intrigant... Vous sentez bien, mes enfants, que madame serait capable de le faire installer ici. Alors ça serait fini pour nous. .\u lieu de nous asseoir bien à notre aise dans l'ollice de la salle à manger, devant un bon dîner à deux services... il laudraii descendre dans l'ollice de la cuisine... Nous n'aurions plus les mêmes douceurs.
— Dites donc, monsieur Servien, dit mademoiselle Julie, si l'on disait de M. Luehet ce qu'on dira des serruriers, qu'il eslmoit, qu'il y a eu aussi une épizootie sur les bonnnes d'affaires'?
— I^la fui, ça ne serait pas de refus ; nous aurions la paix. D'un autre cote, l'on dirait à M. Luchet que madame ne veut plus le voir, et il n'en serait que ça... S'il écrivait, connue je connais son écriture, je ne don- .lerais pas ses lettres, et il n'en serait encore que ça...
— Oui, mais il faudrait prendre garde aux amis de madame, qui pourraient lui dire que ça n'est pas vrai, ces épizooties... dit mademoiselle Julie d'un air malicieux.
— Avec ça qu'il en vient, des visites ! dit M. Goujon. Depuis six mois que je suis dans la maison, je n'ai encore vu personne... que ce vieux savant si mal peigné.
— M, Bisson le brise-tout, dit Servien, il n'y a plus que lui de fidèle. 11 est venu au moins irois fois depuis que la maison esi l'eruiée, et on lui a toujours dit qu(Mua(lanie ne reçoit pas... Ali ! quelle diflëreuee du temps de madame Ursule! Les bals, les concerts, \vs dincrs, eoninie ça roulait!
On a tant dansé, tant chanté, tant dîné, qu'il m'en est resté... une bonne petite ferme en Bauce.
— Ah ! voilà ce que c'est que l'économie, dit mademoiselle Julie. Mais ça fend le cœur... cette pauvre madame Ursule.
— Si j'avais à plaindre quelqu'un, je plaindrais plutôt madame la vicomtesse, la nièce de madame, qu'elle tourmentait si méchamment quand elle était petite... dit Servien.
— Avec cela que ça vous réussirait bien de plaindre madame la vicomtesse, dit mademoiselle Julie. Vous avez vu comme madame s'est disputée il y a quinze jours avec son médecin, le docteur Gérard, qui lui disait du bien do madame de Lancry. Madame a dit tant d'injure» à M. Gérard, qu'il a déclaré qu'il ne remettrait plus les pieds ici.
— El pour la punir, au lieu d'aller, le lendemain, cherclur M. le docteur Verleuil, dit Servien, je n'y suis pas allé... Bah ! un médecin nous gênerait.
— Tiens... dit mademoiselle Julie, est-ce qu'on a besoin de médecin quand on est paralytique?
— C'est pas une maladie... paralytique, dit Goujon; on ne bouge pas... on est comme quelqu'un qui reste bien tranquille... bien tranquille, voilà tout.
— Bien sûr, reprit Julie. Et puis, pour ce que lui ordonnait le docteur Gérard... c'était pas la peine d'avoir un médecin... De petites bouteilles avec de la fieur d'orange... de petites drogues de rien du tout c'était pour l'amuser...
— Le fait est que depuis quinze jours qu'elle se passe de médecin... elle n'en va pas plus mal, dit M. Servien ; ça peut aller conmie cela trèslongtemps : les bossus ont la vie dure... c'est comme les chats. Nous aurons toujours de quoi faire la dépense ; j'ai l'habitude de donner les reçus aux fermiers pour madame... je ne prends que juste ce qu'il faut pour que nous ne manquions de rien... le reste, je le mets dans la caisse de madame.
— Quant à cela, nous sommes très-bien, très-bien, dit mademoiselle Julie, seulement il nous faudra prendre un petit garçon pour nous servir à table, car c'est ennuyeux de se lever à chaque instant.
— C'est ça, dit le cuisinier. Je dresserai le dîner, ma fille de cuisine donnera les plats au gamin, et nous mangerons plus chaud.
— Adopté, dit Servien. A propos, reprit-il, depuis que son dernier chien est mort, madame me relance tous les jours pour que je lui en achète un autre.
— Ah ! je ne veux plus de chien ici ; nonl s'écria mademoiselle Julie, je ne veux plus de chii'n ici ! j'ai été assez comme ça la servante des animaux... El, d'ailleurs, ça n'était pas pour en avoir un second que j'a donné une arête au dernier.
— Tiens, tiens, tiens... c'est vous qui l'avez fait étrangler? dit Servien.
— Sans doute : c'était une horreur que cette vieille bêle-là, si méchante.
— C'est pour sa méchanceté que madame l'a pleuré, bien sûr.
— Ainsi bien décidément... pas de chien? demanda Servien.
— Non, non, pas de chien, répéta-t-on en chœur.
— Accordé, dit le maître dliùlcl : je lui dirai qu'ils ont le même sort que les serruriers, les lioumies d'allaires et les médecins.
Cette facélie fit beaucoup rire les convives, qui en étaient au Iruil.
— Eh bien! il n'y a pas de vin de Chypre, monsieur Servien? voilà un joli dessert ! dit mademoiselle Julie.
Servien regarda sur la table.
— Je croyais en avoir pris une bouteille chez madame...
— Voyez donc ce genre, de garder comme ça son vin de Chypre dans l'armoire de son grand eabiuci de toilette, dit mademoiselle Julie, tandis que les autres vins sont à l'ollice ou à la cave.
— C'est une idée qu'elle a ; ne m'en parlez pas, ça fait pilié, dit Servien. Puis il se leva en disant : Je vais en aller chercher.
— Dites donc, monsieur Servien, portons-lui son potage en mê-me temps, nous ferons d'une pierre deux coups, d't mademoiselle Julie.
— Vous avez, raison. Quelle lieuic csl-il ? Neuf heures. Elle le voulait à liuil lieurts et demie ; il n'y ;i (|u'iMie ilemi-lioure de relard.
Le cuisinier mit négligemuteut uu reste de soupe à la tortue dans une assiette de porcelaine. Servien prit une serviette, l'ctendit sur un plateau d'argent, se fit précéder de mademoiselle Julie portant une bougie, et traversa les trois salons qui réparaient l,i salle à manger de la cliauibre à couclier de mademoiselle de Maran.
La nuit était complètement venue.
— Dites donc, monsieur Servien, prenez garde qu'elle ne vous dévore quand vous allez lui servir son potage, dit mademoiselle Julie en riant et eu ouvrant la porte.
L'intérieur de cette chambre était toujours ainsi qu'il a été décrit par madame de Lancry dans ses Mémoires.
Sur la cheminée, des pagodes de porcelaine verte à yeux rouges toujours en mouvement; sur le secrétaire de vieux laque, trois générations de chiens-loups blancs empaillés : de graves portraits de personnages des siècles passés se détachaient des boiseries grises.
A la faible clarté que projeta dans cette vaste chambre la bougie que portait mademoiselle Julie, on put voir se détacher du fond de l'alcôve, drapée de damas rouge sombre, la figure jaune et terreuse de mademoiselle de Maran assise dans son lit et adossée à un énorme coussin.
C'était toujours la même robe de soie carmélite, le même manteau de lit, le même tour de cheveux noirs couvrant à demi son front plat et déprimé comme celui d'une vipère; c'étaient toujours ces yeux renfoncés, ardents, et qui, au moment où Servien entra, brillaient d'une indicible rage.
La position de cette femme était d'autant plus affreuse que la paralysie ne lui laissait de libre que le cou, l'avant-bras et la main gauche ; le reste du corps était complètement inerte.
Les imprécations qu'elle se mil à vomir contre Servien et mademoiselle Julie n'étaient donc accompagnées que d'un faible balancement de tête et de quelques mouvements convulsifs de la main gauche.
— Misérable, s'écria-t-elle en écumaut de colère, affreux scélérat ! C'est donc ma mort que vous voulez, brigand que vous êtes ?
Servien s'approcha du lit avec un sang-froid imperturbable pour y déposer son plateau.
Ce silence redoubla l'exaspération de mademoiselle de Maran, qui s'écria :
— Va-l-en... sors d'ici... je te chasse... que je ne te voie plus. Servien tourna sur ses talons, fit un signe à mademoiselle Julie et regagna la porte.
— Mais le vin de Chypre ? lui dit tout bas celle-ci.
— Laissez donc, elle va me rappeler.
— Servien, Servien, Julie... Voulez-vous rester là ! Ah! les misérables! ils ont juré de me faire mourir à petit feu.
Servien (il une seconde conversion sur lui-même, et revint du même pas lent et solennel avec son plateau.
Mademoiselle de Maran sentit le besoin de se contenir, et dit d'une voix entrecoupée par la colère :
— Quelle heure est-il?... A quelle heure avais-je demandé mon tapioka?
— J'attendais que madame eût sonné pour la servir, dit Servien en posant le plateau sur le lit.
— Madame sonne ordinairement pour avoir de la lumière, dit ingénument mademoiselle Julie.
Mademoiselle de Maran leva les yeux au ciel et dit d'une voix sourde :
— Ils me tueront... ils me tueront! Je mourrai de male-rage. Comment, je n'ai pas sonné... sonné depuis une heure à me rompre le bras! s'écria-t-elle avec une explosion de fureur impossible à décrire.
— Madame a sonné?
— Madame aura peut-être cru sonner ! dit mademoiselle Julie.
— J'aurai cru sonner... entendez-vous cette soile bête, celle vilaine
menteuse. J'aurai cru sonner!!! Je sonne depuis une demi-heure à tout briser, drôlesse que vous êtes !
— C'est ça, madame, en sonnant si fort, aura cassé le mouvementi et nous n'aurons rien entendu, dit Servien.
— Et à qui la faute si j'ai cassé le mouvement, animal ! !N'est-ce pas la vôtre? Voilà une demi-heure que je suis dans l'obscurité, et vous savez bien que j'en ai horreur, de l'obscurité. Eh bien ! voyons, les allumerez-vous, ces bougies, au lieu de rester là à bayer aux corneilles, butorde que vous êtes...
Au lieu d'obéir, mademoiselle Julie prit le coin de son tablier, le porta à ses yeux, feignit de pleurer, gagna la porte, et disparut en disant d'une voix entrecoupée :
— Je ne peux pas m'habituer à être traitée comme ça... hi, hi, hi...
— Julie, Julie, voulez-vous bien rester là. Ah ! la malheureuse ! s'écria mademoiselle de Maran ; je ne veux pas qu'elle reste un moment de plus chez moi... je ne veux plus de ça ici, qu'on la chasse, qu'on la jette à la porte, non pas ce soir, mais à l'instant. Eutendez-vous, Servien?
— Oui, madame, soyez tranquille, calmez-vous. Et après avoir mis le plateau sur une table de lit, qu'il plaça devant
mademoiselle de Maran, il alla dans le cabinet prendre une bouteille de vin de Chypre ; il refermait l'armoire lorsqu'il entendit le bruit d'une assiette qui se brisait sur le parquet, et la voix de mademoiselle de Maran qui s'écriait dans un nouvel accès de rage :
— Servien ! Servien !
— Qu'est-ce qu'il y a, madame?
— Mais voulez-vous donc m'enipoisonner? mais c'est affreux ! mais qu'est-ce que c'est que ce potage-là ?
— Comment ! madame l'a jeté au milieu de la chambre ? et l'assiette aussi ? en voilà par tout le parquet.
— Vous me donnez de la soupe en tortue, à une malade ! Mais vous voulez dune me tuer, infâme gueux que vous êtes !
Servien, songeant sans doute que ses camarades s'impatientaient en Sun absence, sortit sous le même prétexte que mademoiselle Julie, et dit d'un ton douloureux et pénétré :
— Il est bien dur pour un vieux serviteur de se voir traiter de la sorte ; ça me fait trop de peine d'entendre madame me parler ainsi, j'aime mieux m'en aller.
Et il disparut en fermant respectueusement la porte derrière lui.
— Servien, Servien... voulez-vous bien rester!... Ah ! mon Dieu... qu'est-ce que c'est que cette bouteille qu'il emporte là... Servien... mais c'est de mon vin de Chypre, j'en suis sûre ! Servien ! Ah ! les infâmes voleurs, les misérables I j'éloufle de rage.
Elle saisit péniblement la sonnette, mais elle rejeta bientôt le cordon en s'écriant :
— Elle a c«ssé... ils ne viendront pas! Ah ! que faire? Seule, seule... personne pour me délivrer de celle valetaille ! Ils m'insultent, ils me torturent, ils me pillent... el je ne puis rien... seule, vieille, impotente... abandonnée de tous... Après cela, je chasserais ceux-là, j'en prendrais d'autres, ça serait tout de même : je n'ai personne pour me soutenir, pour prendre mes intérêts. Ah ! mon Dieu ! que je suis donc malheureuse ! A mon âge, malade, inlirme, privée des soins les plus vulgaires! je ne mange au monde qu'un pauvre polage, je ne peux pas seulement l'avoir ' Mais j'ai faim, moi... j'ai faim, mon Dieu ! mon Dieu! Moi, souffrir de la faim, au milieu de ma maison, de mes gens... mais c'est affreux!... Servien! Servien!... Rien... ils ne veulent pas venir. Mais il n'y a donc pas de justice au ciel et sur la terre? mais qu'est-ce que c'est que celte barbarie-là ?. . . Mais c'est atroce ! mais la dernière des femmes du peuple, lorsqu'elle est malade, a une famille qui la soigne... a quelqu'un qui prend pitié d'elle... et moi, persomie, personne! j'en suis réduite à une fureur impuissaute, à écunier de rage... El dire que c'est ainsi tous les jours! Servien ! Servien!... J'ai beau les appeler... ils ne m'écouleront pas... Oh! les scélérats! Mon Dieu, que faire? Si je criais au secours... au feu... Oui, oui, ils viendront peut-être.
Mademoiselle de Maran se mil alors à crier de toutes ses forces, d'une voix clieviolaiilc : — Au feu! au secours!...
Sa voix, encore alfaiblic par rémoliou de lu colère, ne parvint pas aux oreilles de ses gens; tout resta silencieux.
La liidriisc ligure de mademoiselle de Maran devint livide de teneur; la pâle clarlé de la bougie qnicîclairait sa eliamhre suflisait à peine pnur dissiper l'obscurité qui y régnait. Connue ions les caractères méchants et lâches assaillis par les remords, mademoiselle de Maran avait horreur des ténèbres.
— Au secours! répéta-t-elle d'une voix épuisée, au feu!... Après im moment de profond silence, elle reprit avec désespoir :
— Ils ne viennent pas! .le brûlerais, je mourrais, qu'on me laivserait nmurir et brûler... Ali ! mon Dieu ! mourir... c'est alfreux de mourir... mourir ainsi seule, sans personne autour de vous... ipie des valets qui n'aliendent que votre agonie pour vous dévaliser! Mourir... mourir... et après... après... oh 1 non... après, il n'y a rien, il n'y a rien !
A ce moment, ses yeux, égarés par la frayeur, s'arrêtèrent sur le portrait d'une de ses parentes, autrefois abbesse d(!s llrsulines de Blois. Cette ligure pâle et presque sépulcrale, coiflée d'un camail noir, semblait soriir de son cadre.
Mademoiselle de Maran sentit redoubler son épouvante.
Sou isolement, la vue de celle religieuse, lui domièrent quelques idées de piété, que son égoïsme odieux llétrit bientôt.
— Mon Dieu! ayez pitié de moi! s'écria-t-elle ; j'aurai de la religion, je prierai, je prendrai un aumônier, un confesseur... il ne me quittera pas... il me soignera... il me débarrassera de ces infâmes valets, il les chassera, il me défendra... ça me fera une société ! Oui, je vous le jure, mon nieii ! .Maiscoiument l'aurai-je? Ce prêtre, qui l'averlira?. .. J'aurai beau ordonner qu'on m'en cherche un, ces misérables iuépri«eroiil mes ordres... Depuis quinze jours je demande un médecin... ils font exprès de me désobéir ! lîl à qui me plaindre .' qui me soutiendra?... je suis seule, toujours seule... Je crois bien ! on me hait tant I qui viemirail voir une pauvre vieille femme inlirme .'... C'était bon quand je donnais des fêles, ou que je pouvais nuire... Maintenant on ne me craint plus, et l'on m'abandonne... on se venge du mal que j'ai fait.,, ah ! c'est horiible !... Mais j'entends du bruit... une voiline... une voilure s'arrête devant ma porte 1 Ah ! mon Dieu ! quel bonheur!... Mais ils ne laisseront entrer personne, ils vont la renvoyer.. . Non, non, elle reste, on a refermé la porte... Oh ! je suis sauvée ! Si c'était le médecin que j'attends depuis si longtemps I Des pas... oui, oui, j'entends des pas... c'est (|uelqu'nn ! Jésus, mon Dieu I c'est quelqu'un !
On enleudil en effet des pas précipités, et madame de Laucry, ouvrant violenunent la porte, entra chez mademoiselle de Maran, suivie de Servjen.