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plus ; sans doute il méprise la princesse qui 5 désertant son culte et sa patrie , combat pour les ennemis de sa foi ; mais il respecte en elle le sexe qu'il a jure de défendre : cependant les musulmans approchent. « A. moi, sujets de Saladin, s'écrie 1 Agnes, et Montmorency est à vous 1 » Elle dit : Josselin est enveloppé. Libre alors de Tennemi qui l'arrêtait , la fille d'Amaury part pour rejoindre les chrétiens et assouvir sa vengeance ; Montmorency voit son dessein et tremble pour Mathilde. Il lève sa redoutable épée , il abat , il disperse la foule d'ennemis dont il est entouré : c'est une armée qu'il lui faut combattre; mais sa valeur vaut seule une armée. H a rompu les bataillons musulmans , il se précipite sur les pas d'Agnès ; celle-ci , éperdue de le revoir encore , se retourne avec rage et lui porte des coups terribles ; le héros hésite : s'il renverse Agnès il échappera aux Sarrasins qui courent sur lui avec furie, et bientôt il aura rejoint les chrétiens ; mais il craint moins la mort que la honte de
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verser le sang d'une femme. Avec un courage tranquille , il se dévoue donc , attend les raahomëtans, et combat à la fois et Agnès et une armée. IN'aura-t-il pas rempli son sort , n'aura-t-il pas assez vécu s^d peut en mourant sauver Mathilde et les chre'liens ? et n'entend-ii pas ses aïeux qui lui crient du fond de leur tomiDcau , que peu importe la vie pourvu que riionneur reste , et qu'avec le nom qu'il porte il doit compter pour perdus tous les jours qui ne sont pas donnes à la gloire ?
Celle héroïque re'solution l'anime d'une valeur nouvelle; on s'étonne de ce que la valeur de IMontmorency ait pu augmenter encore , et Agnès elle-même commence à croire qu'il n'a point d'égal : en le voyant lutter seul contre des milliers d'ennemis , l'inégalité du nombre la trouble , et elle sent dans son âme quelque chose qui ressemble aux remords ; loin de l'attaquer encore , elle est prête à se ranger de son côté ; elle l'eût fait , si elle n'eût vu dans Montmorency un défenseur
de Malhilde. Cependant ie he'ros entasse les victimes ; sa formidable ëpëe parcourt tous les rang"? ; elle semble se multiplier, elle est partout ; chaque musulman croit avoir Montmorency à combattre ; et , pen^ dant un instant , l'armëe entière a recule' devant lui. Mais les Sarrasins reviennent à la charge; ils ne peuvent consentir a l'afïront de fuir devant un seul guerrier; ils Tenlourent de toutes parts ; en vain Josselin abat une fouie de têtes , ses enne-? mis ne diminuent pas; bientôt son corps est couvert de blessures, sa cuirasse est teinte de sang , son ëpëe se brise dans la poitrine d^un musulman : il en arrache le tronçon , et aiTaibli par le sang qu'il perd , il tombe à genoux , combat tou-^ jours , et les prodiges de ses dernières forces surpassent encore les hauts faits de sa glorieuse vie.
Mais depuis long-temps les chrétiens se sont aperçus de Pabsence de leur chef; ils se dispersent dans la plaine pour le chercher ; à la fin , ils découvrent les ennemis , et , sans s'être dit une seule
parole, ils volent tous ensemble à leur rencontre. La fière Agnès tente de les arrêter : ils la renversent et passent outre ; à la quantité' de morts qu'ils foulent aux pieds , ils cherchent quels chre'tiens ont aide Montmorency à vaincre , et le voient seul, un genou en terre, renversant encore les musulmans avec la poignée de sa lance , tandis que près de lui son cheval abattu semble moins se plaindre de mourir que de ne pouvoir plus être utile à son maîîre.
Les Sarrasins, qui commençaient à ne pouvoir plus soutenir les efforts de Montmorency, fuient à l'aspect des chrétiens, entraînent x4.gnès avec eux; mais, hélas I il est trop tard : Josselin , nové dans son sang , couvert des ombres de la mort, penche sa têie et ferme ses yeux à la lumière; les chrétiens le soulèvent dans leurs bras , le transportent vers le petit camp où leurs frères défendaient Malhilde; la ils délacent son armure, et s'aperçoivent avec effroi que le fer d'une lance est demeuré tout entier dans sa
poitrine. Un de ses e'cuyers examine ses blessures, et ne désespère pas de le guérir s^il peut arracher le fer qui est resté dans le sein du héros : il tente quelques efforts ; la douleur ranime les sens de Montmorency; il ouvre les yeux; tous ses amis, tristes , abattus , sont autour du brancard où on Ta étendu: un peu plus loin, Malhilde, pâle et désolée , mêle ses pleurs au suc des plantes qu'elle exprime entre ses mains délicates , et qui doit servir à composer le premier appareil. Montmorency la voit et la conjure de s'approcher ; elle vient , le visage baigné de larmes , et tous les traits empreints d'une profonde tristesse ; elle présente sa main au héros; il s'en empare, la porte contre ses lèvres , profère quelques paroles à voix basse, et ajoute ensuite • « Elle seule saura mon secret, je ne l'emporterai pas tout entier au tombeau. » Les pleurs de Mathilde redoublent, elle voudrait parler, mais elle ne peut que prononcer avec un cœur déchiré : <? 0 magnanime héros ! nous serezyous enlevé?..... vous coûterai-je lavie.^
— Ah! lui dit-il, mon sort est plus doux que je ne l'espcrais : je meurs en votre présence, j'aurais vécu loin de vous. » Son e'cuyer l'interrompt; il voudrait essayer d'arracher le tronçon de la lance qui peut rendre la blessure mortelle; Montmorency l'arrête. <ç Attends un moment , lui dit-il, ma vie me quittera sans doute avec ce fer, et j'ai besoin encore de quelques minutes d'existence. » Alors il baisse la voix, et dit à la princesse : « Devant ce trône de la miséricorde divine où je vais paraître, je prierai pour la conversion de Malek Adhel; puisse-t-il être chrétien , puissiez-vous être heureuse, ce sont mes derniers vœux; un jour vous les lui direz, et vous verserez ensemble quelques larmes sur ma mémoire; je verrai votre bonheur, et je n'en serai pas jaloux : on ne l'est plus dans le ciel. » La princesse attendrie tombe à genoux et s'ëcrie : » 0 le plus généreux des mortels, si les chrétiens vous perdent , que deviendra leur armée où vous ne combattrez plus ? Que vais-je devenir moi-même , quand tout le camp désolé
me demandera compte de votre vîe , me reprochera votre mort , pleurera chaque jour Touvrage commencé de la conquête de Jérusalem , que votre bras pouvait seul achever ! »
A ces mots , la douleur des chevaliers e'clate ; de tous côtés ils font entendre leurs regrets; l'un s'écrie : « O saint temple, demeure dans la poussière ; Montmorency ne te relèvera pas. » Un autre dit ; « Tendre et superbe fleur , tu tombes avant le temps, et cependant, dès ton aurore, tu avais laissé toutes les gloires au-dessous de la tienne. » D'une voix fuible et émue , Josselin répondit : «S'il est vrai qu'un peu de gloire ait illustré mes premiers ans , si l'honneur fut ma loi et la religion mon guide , si je meurs fidèle à tous mes serraens et au Dieu de mes pères, mon souvenir ne descendra pas tout-à-fait avec moi dans la tombe, il vivra dans le cœur des héros et dans le vôtre peut-être , princesse. — Toujours , » s'écrie Malhilde en mettant la main de JosseHn sur son cœur, et levant les yeux au ciel pour le prendre
à tëinoin cle la sincëiilë de ses paroles. «(Maintenant, repiendj], qu'aucun repentir ne vienne troubler vos belles destinées, car je vous dois plus de bonbeur par ce seul mot que le monde entier n'aurait pu m'en oiïrir sans vous. Alors , se retournant vers les cbrëtiens qui l'entouraient : «Nobles et généreux amis , leur dit-il , si vous jugez que trop d'orgueil ne dicte pas ma demande , vous élèverez mon tombeau audevant de Ptolëmaïs, de manière qu'il faille le fouler aux pieds pour arriver au pied de ses remparts : peut-être les infidèles ne l'oseront-ils pas. — Nous le le jurons , illustre bëros, s'écrièrent les cbcvaliers d'une voix unanime ; si nous avons le malbeur de te perdre, ta tombe ëlevëe en face de la superbe ville que tu as conquise, lui servira de bouclier, et du sein du trépas tu nous défendras encore. « Josselin sourit avec reconnaissance , puis , mettant sa main sur sa poitrine, il regarde son ëcuyer et Itîi dit : «N'est-ce pas ce fer qui l'inquiète et que tu veux enlever ? — Oui , repartit Të- III. a*
cuyer 5 et puisse ma raain ne pas trembler en l'essayant !— Si lu n'as besoin que d'une main ferme, reprit son maître, la mienne ne tremblera pas. » Et aussitôt arrachant avec courage le fer qui déchire son sein, il ajoute: «Quand on le reçoit pour la défense de l'innocence et de la religion , cela ne fait pas de mal. » Mais cet effort subit et violent , joint à celui qu'il a fait pour parler, font couler son sang avec une nouvelle abondance , et épuisent le peu de forces qui lui reste; ses lèvres pâles murmurent un dernier adieu et se ferment pour jamais. Ses yeux ne verront plus ce jour moins pur que son cœur; ses mains refroidies tombent sans mouvement; son sang glace s'arrête, les larmes de la reconnaissance et de l'amitié' n'arrosect plus qu'un cœur inanime' , et l'âme d'un héros a disparu.
La princesse enveloppe sa têle dans un voile de deuil , et pousse de de'chirans soupirs : tant de maux vont briser son cœur! Cependant elle rappelle quelques forces , afin de pouvoir honorer les restes du grand homme dont elle a cause' la
mort : on Ta couché sur un lit funèbre , construit à la bâte avec les drapeaux et les lances que son bras a enlevés aux infidèles dans ce dernier combat : sa tête superbe, à laquelle le tre'pas a laissé toute sa beauté, est penchée languissanament , et ii semble que sa chevelure d'ébène brille avec plus d'éclat sur son front pâle et glacé. Tous les chevaliers , la contenance morne , Toeil humide , la lance renversée , pleurent une perîe irréparable , et un chef qui laisse Malek Adhei sans égal sur la terre. Suivie de toutes ses femmes , la princesse s'approche de la couche du héros , répand sur ses cheveux de précieux parfums , les couronne de fleurs, et jette sur sa froide dépouille un crêpe noir qu'elle inonde de larmes ; puis, à genoux près du lit avec toute sa suite , elle chante un de ces saints cantiques qui semblent destinés à accompagner Tâme des mortels du séjour de la terre à celui du ciel, où le concert des ariges la reçoit et la conduit au pitd du trône de TÉternel»
Après avoir employé le reste du jour à lui rendre de lugubres honneurs, les chevaliers reprennent le lendemain la route de Ptolëmaïs; ils approchent du camp, et s'en approchent avec une grande tristesse ; car, s'ils reviennent avec la princesse dMngle terre , ils ne ramènent point celui qui l'a dëlivi ee , et si Richard va les bénir pour le retour de sa sœur, les cris de Piiilippe-Auguste vont les poursuivre et leur demander sans cesse :
« Qu'*avez-vous fait , qu'avez-vous fait de mon hëî os ? »
Bienlô du camp des croise's on a reconnu la brillante devise qui e'clate sur le bouclier des chevaliers de la Vierge : Ri-
chard et Lusignan se précipitent à leur rencontre, Philippe -Auguste les suit; BeVengère gëmit de ce que la dignité de son sexe et de son rang ne lui permet pas les accompagner, et de savoir un moment plus tôt si elle va retrouver sa sœur. L"'archevêque de Tyr, au pied des autels, attend avec une pieuse impatience l'instant qui lui apprendra s'il faut qu'il ofFre à Dieu
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sa résignation sur Tabj^ence de Matbildej ou des benédicîions sur son retour.
Enguerrand de Tiennes est le premier chevalier que les deux i ois rencontrent ; son maintien triste et abattu les fait tressaillir; Richard s'écrie : « Les infidèles ont retenu ma sœur. — La princesse d'Angleterre revient avec nous , répondit Enguerrand; dans peu d'instans elle sera entre les bras de son frère. — Comment ? elle vous suit , s'ëcrie Lusiofian : vous avez enlevé cette glorieuse proie des cliaînes de l'impie , et la plus profonde douleur est empreinte sur votre front ! » Enguerrand se tut et baissa vers la terre des regards pleins de tristesse. Les deux rois étonnes de ce silence , le gardèrent aussi, n'osant interroger le guerrier sur un malheur dont ils pressentaient assez Tèlendue, puisque la joie du retour de Mathilde ne le faisait pas oublier. Ils cherchaient en eux-mêmes quel était rèvèuement le plus fatal aux chrétiens , et n'ayant plus à redouter la prise de Jérusalem , ils pensèrent à la mort de Montmorency. Celle crainte leg
frappa tous deux à la fois ; elle fît pâlir Tintiëpicle Richard , et jeta dans son ânae un sentiment qui lui était inconnu , car il ressemblait à l'effroi. Lusignan , jaloux de toute gloire qui surpassait la sienne , devait être moins affecte de cette perte , et conserva la force de prononcer le grand nom de Montmorency. Enguerrand mit un genou en terre , d'une main montra le cercueil qui s'avançait , et de l'autre le ciel. Richard demeura immobile ; en vain il commençait à distinguer la litière de sa sœur , il ne s'en approchait pas , ne se sentant plus , dans un pareil moment , le courage d'être heureux ; mais en apercevant Philippe-Auguste , il s'ëcria : « Ah ! sire , était-ce avec des larmes que je devais vous annoncer l'anivëe de ma sœur?
Assurément elle m'est bien clière , mais je n'aurais pas paye' son retour ce qu'il nous coûte. » Philippe-Auguste aperçoit au même instant la jeune Mathilde qui s'avance lentement vers son fière , et un peu plus loin un cercueil recouvert d'un drap mortuaire aux armes de Montmoreccy :
il se trouble , il frémit ; sa douleur est trop grande pour lui permettre de saluer la princesse ; il oublie qu'elle est femme , il ne voit point qu'elle est belle, il ne sent que la mort de son ami ; et, sans songer à s'excuser , il va cacher dans sa tente et ses regrets et ses larmes. Malhilde reçoit I avec tristesse les embrassemens de son f 1 ère , qui n'ose la serrer dans ses bras qu'en soupirant. Ce cercueil du plus grand des héros ne semble la suivre que pour effacer par des larmes la joie de son retour ; elle entre dans le camp , traînant après elle le deuil et la mort , et ne renconire que des cœurs abattus et des re^aids aiîligës qui n'osent même admirer l'éclat de sa beauté , en voyant à ses côtés la fin de tout ce qui brille le plus sur la terre 5 et tout ce qui reste de la gloire. Le lendemain on célébra en grande pompe les obsèques de Tinfoituné Montmorency. Les diverses nations assemblées dans le camp y assistèrent en cérémonie; toutes avaient paré leurs drapeaux d'un signe de deuil. Mais on en voyait une qui ne
ressemblait point aux autres , et c'était plus encoie à l'abattement de leur contenance et a la profonde tristesse de leur Tisage , qu'a la glorieuse enseigne des lis qui flottait sur leurs têtes, qu'on reconnaissait les Français] ils pleuraient dans Rjonlmorency non • seulement un iieros enlevé à la tleur de son âge, dont la valeur était le plus ferme appui de la foi , mais un héros dont la gloire rejaillissait sur eux, et donnait à leur nation une prépondérance qu'elle allait perdre avec lui j ih marchaient lentement, traînant leurs piques renverse'es , tandis qu'à leur tête Philippe-Auguste , enseveli dans de profondes pensées j se préparait déjà à quitter cette terre malheureuse qui venait d'engloutir l'objet de ses plus chères espérances , et dont les exploits naissans avaient déjà jeté tant d'éclat sur son
règne.
Mathilde parut à celte fête funèbre; elle avait quitté ses habits religieux pour revêtir une longue robe de deuil; un voile de gaze noire couvrait sa tête , et ses
cheveux blonds paraissaient à travers le tissu trans[)arent , semblable a un re'seau d'or; pâle, trrste et timide, mais plas belle par sa pâleur , sa tristesse et sa timidité, on s'élonnoit de voir une beauté si jeune verser déjà tant de larmes , et on l'eût prise pour la fleur du matin sur laquelle, aux plus beaux jouis du plus beau printemps, l'aurore vient de verser tous ses pleurs.
Les vieux chevaliers admiraient dans la mélancolie de ses le^aids une sorte de pureté' qui attirait leurs respects; les jeunes sentaient leur cœur ti oublé par le mélange de sensibilité qu^ils croyaient y apercevoir : ils comn)ençiîent a aimer près de ce tombei 'j où tout finissait ; près de ce tombeau qui venait d'engloutir tant de glo're , de jeunesse et de beauté; ils se jetaient dans l'avenir et s'y livraient à de tendres espérances. La mort toute grave, toute solennelle qu'elle est, ne repousse dorjc pas l'amour ! ei il sait venir se placer jusque sur un cercueil; enfant Je la mélancolie bien plus que de la joie j
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jamais ses feux ne sont plus arclens que quand il les allume dans des yeux noyës de pleurs , et ce n'est que nourri par la tristesse qu'il peut être éternel : ainsi l'amour , cette première des félicites humaines, a besoin , pour être durable, que la douleur lui prèle ses larmes ; le plaisir le dissipe , le rend léger comme lui , remplace par de fugitives jouissances les longues et profondes e'motions , et remplit l'âme d'un vide plus difficile à supporter que le malheur. O e'trange penchant du cœur de l'homme , qui lui fait trouver plus de douceur dans une situation où il jouit peu et où il espère beaucoup, que dans celle où , rassasie de biens , il n'a plus de vœux à former? étrange penchant en effet , s'il n'e'tait la preuve de sa glorieuse destination 1 Jeté' sur la terre pour exercer des vertus et en recueillir le fruit, il n'y doit trouver rien de fixe, qui le contente , qui lui suffise; car le secret de sa faiblesse et de ses misères , le mystère de ses passions et de sa conscience et le but de sa vie entière sont tous renferme's pour lui dans ce seul mot : Attends,
Ce fut à une demi-lieue de Pfolemais , au pied d'une petite ërainence et à l'entrée d'un bois de sycomores , que furent deposés les restes de Aïontmorency. On couvrit son tombeau des innombrables dépouilles de sa dernière victoire , et a la vue de tant d'oriflammes, de boucliers et d'armures , enlevés aux infidèles par une seule main , et dans un seul combat , ceux qui savaient le mieux qu'il n'y avait rien d'impossible à la valeur de Montmorency s'étonnaient encore, et se demandaient entre eux : « Comment a-t-il péri , celui qui pouvait ainsi lenverser des armées ? » Pbilippe-Augusle s'approcha de la tombe, baissa dessus la pointe de son épée , et dit : « Cher et brave Montmorency, je donnerais la moitié de mon royaume pour racheter ta vie; je donnerais fautie pour venger ta mort : périssent les impies qui ont osé attenter à tes jours, qui n'ont triomphé de toi (ju'en imposant toutes leurs forces à la seule force de ton brasl que jusqu'au dernier tous servent d'expiation à tes mânes! 0 vous qui m'en-
tourez , chrétiens de toutes nations , jurez avec raoi de n'épargner aucun musulman , et vous, madame, continua-t-il en s**adressant à Matlnide qui était prosternée près du tombeau , vous qui ne pouvez faire que des vœux , mais dont les vœux doivent être accueillis par Dieu comme le sont ceux des .anges, demandez-lui que sa foudre immole à votre Lbéraleur ce que l'empire du croissant contient de plus illustre. — Sire , reprit la vierge en élevant vers lui ses yeux noyés de pleurs , il n'y eut jamais d'âme plus belle et plus généreuse que celle de Montmorency ; permettezraoi donc de ne pas former d'autres vœux que les siens , et de ne demander à Dieu que d'exaucer ceux que ce héros lui adresse en ce moment.:^ Elle dit, et le souvenir des dernières paroles de Montmorency en faveur de Malek Adhel redouble son attendrissement, et donne un tel caractère de ferveur à ses prières, que Pmlippe-Auguste et presque tous les assistarjs ne doutent point qu'en regrettant Montmorency elle ne regrette plus que le héros.
Le jour fuit , les rois se retirent , la foule rentre au camp et dans Piolëmaïs; les prêtres restent auprès du tombeau.
La nuit n'interrompt ni leurs hymnes , ni leurs pleurs ; la croix à la main , la religion console encore les fioides denouilles que le monde abandonne ; elle ne se lassera point de gémir sur ceux quM va oublier : constante , invariable , elle demeure quand tout passe, brave le temps, survit aux senlimens fugitifs , aux vaines amitiés, et, par ce caracière auauste , se distingue de tout ce qui est humain , nous montre sa source, et nous appi enJ qu'au milieu des choses de la terre seule elle n^est point la terre.
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