‹ MathildeChapitre 4 sur 35 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Bérengèbe était impalienle de parler de son bienfaiteur , et d'apprendre de Mathilde si elle était toujours reste'e indiffe'rente à son amour et insensible à ses vœux ; elle ne tarda pas à l'interroger à cet e'gard. A peine eut-elle prononce le nom de Malek Adhel, que l'ëmotion de la princesse fut visible , mais elle se tut. La reine insista, et, pour obtenir la confiance de sa sœur , lui montra un cœur où il y avait un peu trop d'indulgence; car elle alla jusqu'à lui dire qu'il lui semblait qu'à sa place son cboix serait fait. Mathilde rougit d'être si bien devinée , et peut-être aurait-elle avoué tous ses secrets à la reine , si elle n'avait craint qu'ils ne passassent jusqu'à Richard ; mais , quoiqu'elle aimât et honorât son frère , elle le redoutait trop pour supporter la pensée qu'il devînt jamais le confident de sa faiblesse.

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Après un assez long silence , les yeux baisses elle front rougissant , elle dit à la reine : «Depuis voire départ de Damiette, j"ai reçu de Malek Adhel des preuves d'une tendresse si pure, si délicate, si de'vouée, qu'il faudrait que j'eusse un cœur bien ingrat s"'il n'en avait pas ële touché; il l'a été beaucoup ; mais l'a-t-il été trop, je n'en sais rien ; Guillaume me l'apprendra sans doute , et ce n'est qu'après lui aToir parlé , ma sœur , que je pourrai être sûre que ma reconnaissance n'a pas été trop loin , et que je puis vous en parler sans

rougir. »

O candeur de seize ans ! te voilà donc altérée , et déjà la funeste influence des passions vient de ternir ta pureté. Hélas ! la princesse le savait bien que sa reconnaissance avait été trop loin ; elle n'avait pas oublié la promesse si saintement jurée à Malek Adhel de n*étre jamais qu'à lui. Son choix était donc fixé en effet , et la reine ne se trompait pas ; mais comment oser dire à la reine qu'elle ne se trompait pas? Comment oser lui dire surtout qu'elle n'a-

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"vait deviné que la moitié de sa faiblesse , et que non-seulement son choix était fait , mais que Tobjel de son choix en était instruit?

En considérant (out ce qu'elle aurait à avouer , la vierge commence à s'alarmer de ce qu'elle a Lit, Quand on n'a à répondre qu'à soi , le sentiment qui nous domine trouve mille moyens de nous engager aux actions qu'il désire , de nous persuader même qu'elles n'ont rien de coupable. Pour avoir un peu combattu , on croit avoir beaucoup fait , parce qu'on mesure bien plus le mérite du combat sur ses douleurs que sur sa durée ; mais quand il faut mogtrer à des regards étrangers et nos faibles efforts qui ne seront point jugés sur la peine qu'ils nous ont coûtée , et notre entraînement si rapide qui ne sera point excusé par la force qui le détermina ; quand, enfin, nous sommes sûrs qu'on ne regardera que le résultat de notre conduite et non les mouvemens qui l'ont ordonnée , alors ce résultat se montre à no as comme il sera considéré

par les anfre^;. Le point d'où nous sommes partis , et celui où nous sommes ai rive's , demeurent seuls ; nous rejetons les nuances qni les lient, et . épouvantes du chemin que nous avons fait , nous le sommes encore davanla^e de Tavoii fait sans l'avoir vu.

Comment Maihilde se rë^oudra-t-elle jamais à se monlrtr aux yeux de Tarchevê([ue de Tvr , si d tferenle de ce qu'elle e'iait en arrivant en Egvpte , l^i qui Ta vue alors , a l'aspect d'un musulman , saisie de ce saint efFi oi qu'une âme chiëlienne éprouve pour Toeuvre du démon ? et que dira-t-il en la cachant unie à ce même musulman par les plus tendres liens que le ciel et la terre aient établis entre les hommes? Miis hélas ! lorsque M ilek Adhel , supphant à ses pieds, la conjurait d'être à lui , elle croYait faire bit^n peu en ne donnant cju'une promesse ; et maintenant qu'il faut la révéler, elle commence à en sentir l'importance et la témérité. Sans doute , en se rap[)elarjt tous les détads du passé et les teiribles scè: es du désert, elle ne peut se trouver bien cou* llf. 3

pable ; mais Guillaume ne verra ni ces de'-^ tails , ni ces scènes, du moins il ne les verra pas avec le même cœur , et Ma^ thilde sent bien que ce n'est que dans son cœur qu'ils peuvent avoir une excuse. Ce^pendant elle est si humble , elle craint si peu de s'accuser , elle écouterait les re- "proches avec tant de douceur , et se soumettrait aux pénitences avec tant de zèle, qu'il faut bien que ce ne soit pas rojgueii qui arrête ses aveux. Ah ! si elle pouvait être sûre que le premier ordre de l'archevêque ne fût pas de lui commander de bannir une chère pensée, si elle pouvait espérer qu'il lui permît de continuer à aimer ; délivrée de cette crainte , aucune autre ne l'arrêterait , l'archevêque aurait déjà lu dans son cœur, il saurait ce (jue Malek Adhel est pour elle ; et , dût-il la blâmer, elle ne le fuirait plus , car pailer de son repentir , ce serait encore parler i de son amour. Mais elle connaît la sévé-?rite et la sagesse du prélat; elle sait qu'ennemi de toute faiblesse , il va pour^

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suivre la sienne jusque dans les replis les plus caches de son âme , et lui défendre peut-être jusqu'au plaisir de pleurer sur elle. Habituée a se soumettre a ses ordres, elle ne sait point comment elle y pourrait résister; mais, s'il lui commandait d'etouifer sa tendresse, elle sait moins encore comment elle v pourrait obéir. Tourmentée par cette uiceriitude , elle e'viie les occasions de se trouver seule avec Guillaume . et écarte toujours , en dëpit des inquiétudes de sa conscience, un entretien qu'il semble chercher toujours; pour ■y mieux réussir , elle vit moins retirée , se montre plus souvent dans le monde, et ne quitie presque jamais la reine.

Depuis que Bérengère était revenue au camp , elle y avait tenu une cour brillante et nombreuse , où tout ce qu'il y avait de plus illustre parmi les rois et les chevaliers , se faisait un honneur d'être admis : c'est là que parut Mathilde , et dès lors les beautés qui en étaient Tornement ne furent plus que des beaute's ordinaires: Mathilde éclipsa tout, et re'u-

nit lous les hommages. Ce n'e'fait plus cette vieige se'vère qui se cachait aux hommes et fuyait leurs regards : j'ai dit le motif secrer qui l'éloiguait de la solitude, et cette diffeience de conduite fit naître Pidee qu'elle pourrait renoncer à la vie religieuse ; d'ailleurs le sentiment qu'elle portait dans son cœur donnant à son maintien quelcjuc chose de plus touchant, et à son regard quelque chose de plus do4iX, le respect qu'elle avait inspiré jadis par rauslerile de ses manières , fit place a des mouvemens plus vifs. On ne vit plus en elle une sainte deslinee pour le ciel , mais une femme crëèe pour le honheur et rornement du monde , et enfin on osa l'aimer, parce quon pressentit n.u'e'lîe pouvait s'allendiir.

Le roi de Naples , Boeraond d'Antioche, Raymond de Tiipoii, le duc d'Athènes, et par-dessus tout le roi de Je'rusalem , se consumaient en soins pour attirer ses jegards. Les travaux de la guerre les laissaient-ils respirer un moment, le camp relenlissait aussitôt du bruit des tournois

et des joutes , dont la princesse d'Angleterre était Tunique objet, et tous ces nobles rivaux ne désiraient la vicloire que pour rccevoii^ d'une si belle main le prix de leur vaillance et de leurs exploits. Mais , au milieu de tant d'hommages , Mathilde n'en distinguait aucun ; indifférente aux plaisirs dont elle était entourée comme aux vœux qu'on lui prodiguait, elle portait partout une tristesse que rien ne pouvait dissiper, et ne paraissait se plaire qu'auprès du vieux comte Hugues de 1 ibériade. Hugues avait élé plusieurs années pri<îonnier à la cour de Saladin; il connaissait ^Jalek Adhel ; c'était de sa main que ce prince avait chaussé les éperons et avait été armé chevalier. Hugues le chérissait pour sa valeur, sa générosité, et pour toules les vertus qui faisaient de lui un prince accompli : il lui devait sa libellé, celle de sa nombreuse famille, ses trésors que Malck Adhel lui avait fait rendre : aussi ne parlait-il jamais de son bienfaiteur qu'avec un feu et un enthousiasme qui expliquent assez

le plaisir que Malhilde trouvait à l'entendre. La même cause qui lui faisait goûter les entretiens du comte Hugues était celle qui l'engageait à assister à presque tous les tournois. Là , le nom de Malek Adhel était souvent re'pe'te'; car les Sarrasins, accoutumes à voir les chrétiens de près dans les escarmouches , s'approchaient d'eux sans crainte dans les momens de trêve, et souvent même s'exerçaient avec eux dans les joutes données sous les murs de Ptole'maïs. Les deux champions entrés en lice n'en venaient aux mains qu'après s'être* harangués l'un l'autre; le vaincu était fait prisonnier de guerre ou rachefé, et enfin la familiarité était telle, que les chrétiens dansaient souvent au son des jDSlrumens arahes , et chantaient ensuite pour faire danser les Sarrasins. Cette extrême liberté fourrjissait à la princesse de fréquentes occasions d'entretenir les infidèles , et elle les saisissait avec empressement , espérant apprendre par eux quelques nouvelles de Malek Adhel : mais ses espérances étaient toujours déçues , et

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toiis les musulmans qu'elle interrogeait, moins inquiets qu'elle sur le sort du prince, n'en e'taient pas plus instruits.

Un jour cependant, à une des plus brillantes fêles qui eussent encore ëlé donne'es depuis son retour , se pre'sente tout à coup à l'entrée du camp un Arabe, monte' sur un cheval superbe; sa contenance est haute et fière , et la visière de son casque est baissée. Il propose de briser une lance contre les deux premiers champions qui voudront lui faire cet honneur, et ne demande pour prix de sa victoire que la permission de saluer Ia princesse d'Angleterre , et de s'éloigner ensuite sans être connu. On accepte. Mathilde est prie'e de choisir parmi les chrétiens ceux qui combattront l'infidèle : un instinct secret lui fait nommer les plus faibles guerriers , et à sa voix , le prince de Galilée et le comte de Jaffa viennent de descendre dans l'arène. L'Arabe fournit sa carrière , revient sur eux , brise la lance du premier sans être ébranle' , renverse l'autre , et s'approche , en caracolant , du

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balcon où Mathilde est assise , et où elle contient avec peine remolion de son cœur qui palpite à la vue de cet inconnu , comme s'il pressentait de quelle part il . lui est envoyé. Lusignan , debout auprès d'elle, s'indigne de la facile victoire de l'Arabe , et se dispose a l'aller combattre à son tour ; mais la princesse le relient : « Sire lui dit-elle , les conditions du combat ont été remplies, ce serait les changer que (le proposer une nouvelle course, et l'hon» ïieur ne le permet pas. » Lusignan s'arrête , impatient d'être airêié, et surtout de l'être par la princesse ; cependant tous les te'moins se rangent de l'opinion de Mathilde , et décident que le vainqueur doit obtenir le prix de son triomphe. L'Arabe remet alors les rênes de son coursier aux ecuyers du camp, puis, montant les degrés qui conduisent au balcon de Mathilde, il met un genou à terre , s'incline profondement , baise le bas de sa robe , et , en se relevant, il lui dit à voix basse : « Malek Adhel a Taincu l'armëe de Saladin au Caire ; il est à présent à Césarée ; c'est lui qui m'en-

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voie près cle vous , il ne pouvait vivre clans rinccrtitude où il était sur voire sort; je suis Kaled.» A ces mots la vierge rougit , se trouble; elle veut parler : la voix lui manque , et TArabe est déjà bien loin avant qu'elle ait rappelé ses esprits. La joie de ce qu'elle vient d'api)rendre , le regret de n'avoir rien repondu , Tagitenl si violemment, que tous les regards se fixent sur elle. La reine sourit et lui prend la main ; Tarchevêque de ïyr Tembarrasse de son œil pénëtranl et sévère, R chard l'interroge ; « Ma sœur, lui l t-il , cet infidèle vous a-t-il appris son nom ? — S'il Pavait fait , sire, reprit -elle dans une confusion inexprimable , et qu'il m'tùt demande le secret , me serait-il permis de vous le dire? — Comme votre fière et votre roi, peut-être pourrais-je l'exiger, rèponditRicbard. — Mai- comme le plus galant cbevalier de la terre , vous ne l'exigerez pas , interrompit vivement Philippe- Auguste : et qui pourrait ici s'ëîonner que la plus belle personne du monde reçoive les Lomma?,es de toutes les nations iih 5*

de l'univers ? » Richard sourit , et , se retournant vers sa sœur , dont Tembarras augmentait de plus en plus , il lui dit : « Pourquoi rougir ainsi , Mathilde ? Une telle tinaiclilë pouvait être convenable lors qu'en sortant de votre couvent , le monde et les hommes s'offraient à vous pour la première fois ; mais maintenant que vous avez traverse lOcëan et les déserts , que les plus grands héros ont déposé leur liberté à vos pieds, que nos ennemis même , vaincus par vos charmes , viennent vous porter leurs vœux jusque dans notre camp, et que le roi de France, en vous voyant si belle , trouve une excuse à leur tëme'rite' , il faut prendre un peu plus d'assurance et savoir mieux soutenir les regards que vous savez si bien attirer. »

Ce discours n'e'fait pas fait pour diminuer le trouble de Mathilde; hors d'ëtat de répondre à son frère , elle jetait sur la reine un œil suppliant , qui la conjurait de vouloir bien venir à son secours. Bérengère Tenlendit; et, se levant aussi*

tôt, elle déclara qu'elle allait se relirei : la princesse lui serra la main et se hàla de la suivre. Lusignan demande à Richard la permission de les accorapa^^ner jusqu'aux chars qui doivent les reconduire à Plolemaïs ; il l'obtient sans peine, et présentant aussitôt son bras à la princesse, il lui dit tout bas : <ç A présent, madame , que les conditions du combat ont été remplies, ne puis-je , sans blesser les lois de Phonneur et sans risquer de vous déplaire, attaquer Theureux inconnu dont j'envie bien moins la victoire que l'intérêt qu'il a paru vous inspirer ? — Sire , reprit la princesse avec un peu de fierté', mon frère lui-même n'a pas ose dire que j'eusse marque de l'intérêt , il n'a parle que de mon embarras ; quant au chevaHer inconnu, si pouvez Talteindre, je n'ai aucun droit de vous empêcher de le combattre.—Je l'atteindrai , madame, et j'en triompherai, fut-ce Malek Adhel lui-même >> Mathilde le regarda d'un air de doute, et il ajouta avec un accent irrite : « Votre altesse le croit-elle donc invincible? — Mais

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il me semble , reprit-elle en souriant , que jusqu'à ce jour c'est le seul reproche que les chréîiens aient jamais trouve' à lui faire. » En achevant ces mots , elle monta dans le char de la reine. Lusignan , reste' seul, réfléchit au ton dont elle avait prononcé le nom de Malek Adhel, et de ce moment il commença a craindre que la mort de Montmorency ne l'eût pas délivre' du plus redoutable de ses rivaux. L'amour et Tambition lui faisaient également désirer la main de Maihilde , et avec leurs forces réunies il ny avait point d'excès où ces deux passions ne pussent le porter. Richard l'aimait beaucoup, et il lui avait promis de soutenir ses droits; mais ce n'éftiit point assez, il fallait que Richard l'aimât au point de forcer sa sœur à s'unir à lui, parce qu'alors, devenant personnellement iniésessé a sa cause , il braverait tous les obstacles pour rendre le ticne de Jérusalem à celui qu'il aurait nomme son frère. Liisignan sent bien que, hors cette alliance , il n'y a pour lui aucun moyen de reconquérir son royaume , et

il frémit à l'idée des propositions qui ont e'të faites à Malek Adhel. On a beaucoup parle de son amour pour Malhilde ; s'il j était vrai qu'elle en eût e'të touchée, s'il était vrai qu'eile eût éclaire ses erreurs, et que ce fût elle qu'il df iiiandàt pour prix de sa conversion et du secours de ses armes, Richard la refuserail-ii ? Il ne se dissimule pas que celte alliance serait un inestimable avantage pour la cLiëtientë, ma'S elle serait la mort de toutes ses espérances et dès lors il ne la regarde que comme le plus grand des malheurs.

Ainsi , dévoré par ses inquiétudes , il se promène, so.nbre et pensif, sur le bord de la mer, cherchant par quels moyens il pourra gagner Richard , et il ne rejette aucun de ceux qui peuvent Tamener à son but. 11 ne parle point de sa tri>tesse au roi d'Angleteire , il laisse a ses regards le soin de la peindre, et aiïecte même de fuir le monde et ses fêtes pour s'ensevelir dans des lieux sombres et caches. Richard s'inquiète de ce changement ; il Ta au-devant de soa fièie d'aimesjil lui

reproche son silence : <? Mon ami est malheureux , Uii dit-il , et mon ami me fuit. » Lusignan soupire et kii fait entendre que la délicatesse ne lui permet pas de de'couvrir sa peine à celui qui pourrait seul la faire cesser. Le brave Richard exige un aveu sincère, et Lusignan, comme vaincu par la puissance de Tamitié , nomme Mathilde , et tombe aux pieds du roi.

« Viens dans mes bras , mon frère , s^ècrie Richard; depuis long-temps mon cœur t'avait donne ce titre; la main de ma soeur le confirmera. — Auguste monarque, répond Lusignan , vous dont le grand cœur est incapable de faiblesse, comprendrez-vous la faiblesse du mien ? Je vous dois tout; c'est vous qui m'avez fait triompher d'un orgueilleux rival; c'est vous qui me rendrez mon royaume ; mais si à tant de dons vous ne joignez la matn de Malhilde , abandonnez-moi , car la gloire et mon royaume ne me consoleraient pas de la perte de ce bien-là. » A ces mots , Richard Tinterrompt avec une brusque franchise , lui reprochant le

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doule qu'il paraît avoir sur la sincërifë de son amitié, et s'engage, avant l'année révolue , à le rendre maître de Jérusalem et de Malhilde. Le cœur de Lusignan est gonfle de joie; il reçoit le serment du roi; cependant il lui dit: <? ^"ous qui pouvez tout, illustre monarque, pouvez- •vous disposer du cœur de la princesse ? — S'il est demeure libre , reprend Richard, elle me le laissera diriger , et je crois être sûr qu'il n'a ëte' encore louche par pf^rsonue. — Dans Pâme d'une vierge, des secrets de cette nature sont caches si avant, repartit Lusignan, qu'il est bien difficile de les pe'nëtrer. » Richard lui promit d'y parvenir, et ne crut pas lui promettre beaucoup ; car , habitue comme il Pelait à voir tout plier devant lui , il In semblait qu'aussitôt qu'il Paurait ordonne , Mathilde lui dévoilerait toutes ses pensées.

Le jour même de cette conversation , Richard , se trouvant seul chez la princesse , avec la reine et Parchevêque de TjT, lui parla en ces termes :

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