‹ MathildeChapitre 33 sur 35 · II · texte numérisé non relu

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d'un vieux palmier , et , dans ramertume de son âme , il répète ces paroles des prophètes : <? Comment estu tombe, soleil des deux , fils du jour ? Toi qui foulais les nations , te voilà abattu jusqu'à terre. Ah I que mes yeux fussent une fontaine de larmes pour pleurer jour et nuit le blessé à mort. »

Parvenue au plus haut des cieux, la lune éclaire ce lugubre et solennel spectacle; elle frappe également sur le meurtrier qui mord la terre en exhalant les cris du remords près de sa victime étendue sans vie; sur une beauté angéhque , l'amour et l'espérance du monde, de ce monde qu'elle va quitter pour mettre dans un tombeau son amour et ses espérances ; et , à travers les longues feuillr > du palmier , ses pâles rayons tombent aussi sur cet homme vénérable vieilli dans la charité , également cher à Dieu et aux misérables, qui n'a joui que des biens qu'il a donnés , n'a connu que les peines qu'il a vu souffrir ; et , par la longue habitude qu'il a de hk^ faire ,

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fait le bien chaque jour sans avoir même besoin de songer a la récompense qui Tattend.

Au milieu de ce morne et profond silence, qui n'est interrompu que par les gëmissemens du crime , les soupirs de la douleur et les exclamations de la piëlé , le hennissement de quelques chevaux vient de se faire entendre ; bientôt des hommes •paraissent : Tarchevêque reconnaît Thabit musulmane il frémit pour Malhilde , et se hâte d'aller à elle; les infidèles Taperçoivent et le saisissent. « Chrétien , lui disentils , que fais-tu la ? Est-ce toi qui as ôtë la vie aMalek Adhel ?— Je crois , au contraire que je la lui ai donnée , répond-il d'une voix tranquille. » La princesse a entendu du bruit; elle se lève, tressaille, et , se plaçant devant le corps de son époux z ^ Hommes, n'approchez point , s'écrie-telle , ne me l'enlevez pas. » Un des Sarrasins se détache de la troupe, il court , il dit : « Je la reconnais : c'est la princesse d'Angleterre*, mon maître doit être ici. —

Je ne te le rendrai point, Kaled , reprend Malhilde avec un mélange de (erreur et tVégaremenI ; tu fus son ami : mais n'importe , je ne te le rendrai point. » Kaled aperçoit Je corps du héros, i? se jette ]a face contre terre. « O mon maître ! s'écriet-J en se frappant la (éie , ô mon miîfre! te voilà donc comme je devais le revoir ! —Kaled , interrompt !a princesse , ion maître est mon mon époux , je veux mourir auprès de lui. » Il repond : « Nous sommes venus , au risque de nos vies , chercher ces précieux restes pour les rendre à Saladin; ils lui appartiennent. -li^ n'appartiennent qu'a moi, s'éciie Malhilde; et, si ta emportes mon époux , je le suivrai , Kaled , jusqu'au bout du monde; je lesuivrai à pied en te redemandant mon époux. » En parlant ainsi , elle retombe , et serre contre son cœur la main glacée de Milek Adhel. Tant de douleur et d'amour pénè- Irenl l'âme de Kaled; il se souvient d'aifleurs combien elle fut chère à son maîirc, et croit ne pouvoir mieux honorer sa m^

moire qu'en obéissant à la beauté qu'il aima. «Nous avons juré a Saiailin de lai rendre la dépouille de son frère , répondil , et nous lui obéirons ; mais viens avec nous, illustre cbréîiennr , et le sulfan, toucbé de tes larmes , respectera en toi la veuve de Malek Adhel , et ne te séparera po nt de l'objet de ton amour. — Oui , sans doute, j'irai le lui demander, dit-elle vivement. Et vous, mon père, adieu ; retournez vers les cbréîiens , et Lissez-moi remplir un devoir en suivant le corps de mon époux. — Ma fîlle , répond le pieux Guillaume, je ne vous quitterai point. » Les musulmans font un brancard , y déposent en pleurant les restes de Malek Adbel ; la vierge raarcbe â côîé, la boucbe muette et la tête voilée; Tarcbevêque suit de loin le cortège, en répétant à voix basse, et avec des interruptions régulières , ces versets des belles byranes de la mort :

« Mes années coulent avec rapidité, et je marcbe par une voie de laquelle je De reviendrai jamais ; mes Jours sont passés;

ils ont décline comme l'ombre ; mes pensées sont e'vanouies , mes espérances dissipées ; je dis au sépulcre : Vous serez mon père , el aux vers : Vous serez m a mère et mes sœurs. Le sépulcre s'est élai gi , a ouvert sa gueule sans mesure , el le monde y descendra avec sa magnificence , sa multitude , sa pompe , et tous ceux qui s'y réjouissent. »

Le funèbre convoi arrive aux premiers rayons du jour sous les murs d'Ascalon ; on lui ouvre les portes ; le peuple accourf, gémit 5 l'accompagne le long des rues qu'il traverse pour se rendre au palais. De tous côtés des éloges et des pleurs se font entendre; les soldats surtout éclatent en sanglots; ils arrêtent sur le seuil du palais le corps du héros qu'ils adoraient , et se prosternent alentour en frappant leurs têtes contre la terre. « O prince magnanime! s'écrient-ils , tu es mort , mais ton souvenir est écrit dans nos cœurs avec tes bienfaits ; tu es mort , et toutes les vertus vont être ensevelies avec toi : la justice , la

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générosité , la bonne foi s'e'vanouiront avec toi; et, après toi, les cruautés , les rapines vont reparaître de nouveau dans le monde désolé : le ciel a perdu sa lu-mière , le monde son plus bel ornement, l'empire son défenseur, et Saladin son seul ami.

Cependant le convoi s'^avance vers la grande salle du palais; le sultan le reçoit, la tête couverte de cendres, et étouffant avec peine la violence de sa douleur. 4^ O mon frère ! dit-il en embrassant ce corps inanimé, mon frère! mon seul ami! esl-ce bien toi?...... Ah! comment porterai-je

sans toi le poids de mon empire ? » La vierge jette son voile en arrrière , et, les cheveux épars, les vêtemens déchirés, la majesté du malheur empreinte sur le front, elle se prosterne aux pieds du sultan , et s'écrie ; « Puissant monarque , de tous les biens que j'étais destinée à posséder sur la terre , il ne me reste que ce cadavre : ne me l'ôte point , je t'ea conjure.... — Que me demandes-tu ? interrompt Saladin avec un grand U^ouble. — Je

le demande mon eponx , reprend-elle ; avant de mourir il a embrasse' ma foi , avant de mourir il a reçu mes serraens et les a emporle's avec lui. Ah 1 permets que je passe auprès de son cercueil ce peu de jours d'une triste vie; donne-moi de INJalek Adhel tout ce qui en reste sur la terre; noble Saladin , prête l'oreille aux cris d^une épouse desole'e. — ^^Es-tu re'ellement l'épouse de mon frère ?» lui demande le sultan en la i élevant avec bonté. L'archevêque s'avance alors, et dit : « Malek Adhel est mort chrétien ; il est mort l'époux de Mathilde.— Jesais que la bouche n'a jamais prononcé un mensonge , Guillaume , lui dit le sullan ; et , si tout autre que toi m'tût dit ces paroles, j'aurais refusé de les croire.,. Malek Adhel est mort chrétien ?... O beauté fatale 1 toi qui m'as ôlé un frère pendant sa vie, qui as causé sa perte, et qui me le ravis encore après son (repas , garde donc ton époux, puisque son dernier voeu fui pour toi. — Maintenant , dit-elle en re- }elant son voile sur son visage , je n'ai

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plus rien à demander au monde, et je vais lui dire un éternel adieu. »

<ç Veuve de Malek Adhel , lui demande le sultan, quel lieu choisissez-vous pour déposer ces restes sacrés ? — Ils me suivront, répond-elle , au monastère du Carrael , dans cette retraite éternelle où je vais m'ensevelir ; plus heureuse que je ne Tespérais, j'y vivrai près de mon époux.— Noble sultan , lui dit Guillaume , accordez quelques jours de trêve aux chrétiens pour qu'ils puissent faire eu paix cette pompe solennelle. »

Saladin Taccorda ; l'archevêque partit pour aller annoncer aux chrétiens tout ce qu'ils avaient perdu , et ce qu'il leur restait a faire; il laissa Malhilde jusqu'à son retour dans le palais du frère de son époux : un vaste appartement tendu de noir est préparé pour elle; nuit et jour auprès du cercueil de Malek Adhel elle pleure et s'écrie : «Paix, paix à tes cendres, mon époux; et, s'il se peut, paix, paix aussi à mon âme ! 0 mon àme l pourquoi

te sens-tu pressée d'une si mortelle frisîesse? et pourquoi demeures-tu plonge'e dans rabattement? Celui que tu aimes a cesse' de verser des larmes; et, tandis que la faiblesse le rappelle sur cette terre, il goûte d'ineffables plaisirs au sein de la félicité suprême à laquelle Dieu Pavait prédestiné par sa miséricorde divine, »

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