CHAPITRE II
dix-huilléme année, son tuteur avait déjà un pied dans la tombe ( car la goutte , suite des erreurs de sa première jeunesse, menaçait sans cesse son existence ) , et était décoré de Tordre brillant delà Jarretière, récompense qu'on avait accordée à sa vieillesse.
Le père de Mailiilde avait presque toujours vécu hors de son pays avant son mariage 5 on avait peu entendu parler de sa mère, et son oncle n'en disait jamais^ rien. On croyait, dans la famille , qu'elle était étrangère, et d'une naissance illustre : et cette supposition paraissait confirmée, en quelque sorte, par le caractère particulier de la beauté de Malhilde 5 car elle offrait la réunion bien rare de ces
traits caraciérisilques , que nous sommes accoutumés à appeler nationaux^ un teint d'une délicatesse tout-à-fait insulaire, un visage ombragé par àGS boucles de cheveux du plus beau noir , des yeux d'une vivacité italienne, qui n'était adoucie que lorsque les tendres sentimens^ qui remplissaient souvent le cœur le plus sensible , lui faisaient verser des larmes. Il suffisait de la regarder un moment , et de remarquer cet air. indéfinissable, dont nous sentons tous l'effet sans pouvoir lui donner un nom , pour être convaincu qu'elle n'était pas le fruit d'une mésalliance.
Je crois que nous sommes portés à considérer ce que les Français appellent Vair noble j comme insé-
ClIAriTRE II. 4^
parable d*iine haute naissance ; et nous conservons involontairement celte opinion , malgré les nombreuses exceptions que nous rencontrons tous les jours (*) 5 mais il est certain que , bien que cet avantage manque quelquefois à ceux qui sont nés dans le plus haut rang y. on ne le remarque presque jamais dans ceux qui ne sont pas issus d'un sang noble j et il est certain aussi que ja^ mais on n'en eut une preuve plus évidente, qu'en regardant lady Mathilde Délavai.
Les personnes, qui la voyaient ra-^
(* ) On a cru pouvoir supprimer ici quelques plaisanteries qui ne plairaient pas en France.
( Note du Traducteur. )
46 TVTATHILDE.
rement , ne pouvaient éire frappées des désavantages que lui donnait sa situation, et ne parlaient que de ses talens et de sa bonté, car elle surpassait tous ses maîtres dans les arts d'agrémens , et elle avait toujours la main ouverte pour soulager les misérables.
-' Lady Matbilde n'avait pas de mère, dont les soins attentifs et vigilans eussent cberché à détruire les germes de Terreur dans son cœur innocent , et lui eussent appris , dès sa première jeunesse, à modérer l'ardeur de ses sentimens par la solidité de ses principes. Elle n'avait jamais eu sous les yeux cette image journalière du bonheur domestique, qui lui aurait montré ce que le pouvoir iuévi-