CHAPITRE m. 8g
qu'elles étaient encore toutes deux dans leur première jeunesse , et après qu'une douce intimité eut succédé aux politesses d'usage entre voisines.
Ce collier contenait les cheveux de son amie et ceux de son frère Auguste. Dans un moment de gaieté, Emilie l'avait ôté de son cou avec une joie enfantine, pour en entourer celui de Mathilde. Depuis long- temps Mathilde ne l'avait pas vu , car Félicie pensait qu'il n'éiait digne, en aucune manière, delà personne qui le possédait, et le cachait habituellement sous les ornemens plus brilians qui l'entouraient. Mais, dans ce moment, Mathilde le saisit avec em- [ .''esse ment , car il lui rappela, avec une nouvelle vivacité le jour où
il lui avait été donné. Elle ne le porta pas à ses lèvres, une sorte de délicatesse l'en empêcha } mais ses yenx continuèrent à s'y fixer, comme par enchantement ^ et faisant un trèsgrand effort sur elle-même, elle finit par se convaincre que rien ne pouvait être plus déplacé, et moins convenable, que de se laisser dominer ainsi par ses impressions et par ses sentimens. Elle se demanda courageusement pourquoi, dans cette soirée, ses chagrins habituels lui avaient paru plus difficiles à supporter, qu'à l'ordinaire 5 et la réponse ne fut rien moins que satisfaisante pour sa conscience, ce Non,» pensa- t-elle : rc ce n'est pas en me livrant à de tendres souvenirs du passé , ou à de vains regrets sur