‹ Mathilde, ou, Les anglais en Italie (volume 3)Chapitre 26 sur 101 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

calmer et à la consoler en lui répétant les mêmes raisonnemens, ou en convenant de la justice des reproches qu'elle se faisait à ellemême.

Enfin, tâchant de retenirses larmes, Mathilde continua ainsi en lui serrant tendrement la main : ce Pardonnez^ moi si je vous afrhgej mais cette femme a dit une chose qui a déchiré profondément mon cœur. Mahontene finira pas avec ma misérable existence !

Oh ! Auguste, je ne puis supporter la pensée que je ne vis que pour transmettre mon infamie à une créature innocente, que, dans peu de mois , une preuve vivante de mon déshonneur sera pour moi la source des plus cuisans remords. Laissez-moi, je vous

en conjure , jouir tani que je le pourrai de ces douces caresses que je devrai à l'ignorance de l'enfance \ car le premier rayon d'intelligence apprendra à mon enfant à rougir de celle qui lui aura donné le jour. »

11 e'tait impossible qu'un tel sujet de conversation ne produisit pas beaucoup d'impression sur Ormsby; il n'était pas exempt d'orgueil de famille : au contraire , quoiqu'il ne fût jamais hautain ni offensant , il le possédait à un degré qui allait presque jusqu'à la faiblesse. Il avait souvent parcouru la longue galerie d'Ormsby Castle , et avait pris un grand plaisir à considérer tous les signes de noblesse dont elle était remplie , et à compter tous les

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illustres anneaux par lesquels sans aucune interruption cette ancienne baronnie s'était perpétuée successivement pendant plusieurs siècles. Il n'avait pu contenir son indignation lorsque son frère fit nn mariage si honteux. Il était donc impossible qu'une image plus douloureuse pût être offerte à son esprit, que celle de son premier enfant, de l'enfant de Mathilde repoussé comme illégitime, errant, et banni loin du château de ses parens , pendant qu'il verrait son nom et sa famille s'éteindre avec lui, et l'ancienne propriété de sa maison passer à des collatéraux. Oppressé par cette idée ^ quelque désir qu'il eût d'adoucir la douleur de Mathilde , il ne savait comment s'y prendre, ou

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quelle consolation lui offrir, tandis que lui-même sentait d'une manière si poignante toute la force de ses argumens et toute rétendue de ses regrets. Il garda donc le silence et la laissa continuer ainsi sans l'interrompre.

«J'ai toujours envié plus que toute autre chose au monde les sentimens d'orgueil maternel que vous et Emilie inspiriez à votre mère. J'ai désiré souvent pouvoir dans un âge plus avancé avoir un tel fils et une telle fille, et je pensais que, si j'étais destinée à n'être mère que d'un seul enfant , je serais embarrassée de choisir entre les soins constans et les attentions respectueuses d'une tendre fille, ou les qualités brillantes d'un

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