CHAPITRE V
On pourra peut-être reprocher à mon Héroïne de n'avoir senti péniblement la honte de sa situation que depuis qu'elle était exposée au mépris du monde, et d'avoir paru jouir auparavant de quelques intervalles de bonheur. Maisil faut qu'on se rappelle qu'elle était privée, depuis bien longtemps , de toute affection et de tout bonheur intérieur, et qu'elle se trou-
vait maintenant l'objet du dévouement exclusif d'un homme dont l'unique occupation semblait être de lui dissimuler tout ce que son sort pouvait avoir de pénible, pour ne lui montrer que l'excès de son amour. Cependant, à mesure que plusieurs incidens de ce genre vinrent successivement réveiller dans son âme de meilleurs sentimens; ses remords et la conscience de sa honte devinrent de plus en plus cuisans, et ses intervalles de bonheur plus rares et plus troublés.
Désirant saisir toutes les occasions d'adoucir le plus possible ce que la situation de Malhiide avait de douloureux et l'empêcher de porter continuellement ses pensées sur les mortifications qu'elle pourrait éprouver