CHAPITRE I
dans lequel elle était alors, empêchassent Mathikîe de sentir rinconvenance de voir tous les jours lord Ormsbv, cependant il arriva quelques circonstances qui vinrent par degrés lui ouvrir les yeux, et lui montrer l'imprudence d'une aussi gran.le intimité. Sans qu'elle s'en aperçût ellemême, il se trouvait toujours qu'elle répétait plus souvent les morceaux de musique qu'il aimait le mieux : tandis qu'elle se persuadait que c'étaient ceux qu'elle chantait le moins bien , 1 es plus indifterensremarquaient combien son exécution et son goût s'v montraient plus parfaits que dans aucun autre. Involontairement aussielle se surprenait, copiant et recopiant sans cesse un beau portrait de lui
4 MATHILBE.
peint en miniature , croyant n'en avoir pas encore saisi toute 1* expression , bien que sa table fût couverte de plusieurs fac simile qui attestaient qu'elle l'avait recommencé plus d'une fois.
J'ai déjà dit que, dans l'éducation de Mathilde , on ne lui avait jamais fait sentir l'influence que les principes peuvent avoir sur la conduite. Elle ne suivait que l'impulsion de ses sensations, était guidée seulement par un sentiment inné du bien, et protégée par la délicatesse la plus exquise que pût avoir une femme. Elle se trouvait alors mécontente d'elle-même , quoiqu'elle n'eût à se reprocher aucune action, ni même aucune pensée inconvenante.