IV. V
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huit années, pendant lesquelles il sut se concilier d'illustres sympathies, mais qui furent perdues pour l'amélioration de sa fortune : son goût très vif pour le plaisir l'entraîna, en effet, à de folles dissipations. De plus, le cardinal de Joyeuse, indisposé contre lui, peut-être à cause des désordres de sa conduite, semble s'être fort peu préoccupé du bien-être de son secrétaire qui, s'il faut l'en croire lui-même, vivait à Rome dans un état voisin de la misère :
.... Si jeune, abandonnant la France, .J'allai, vif de courage et tout chaud d'espérance, En la cour d'un prélat qu'avec mille dangers J'ay suivy, courtisan, aux pays estrangers; J'ay changé mon humeur, altéré ma nature, J'ai bu chaud, mangé froid, j'ay couché sur la dure, Je l'ay, sans le quitter, à toute heure suivy; Donnant ma liberté, je me suis asservy, N'ayant d'autre intérêt, de dix ans jà passez, Sinon que sans regret je les ay despensez.
Il revint alors en France, mais il n'y lit qu'un court séjour (i). Il repartit bientôt pour Rome, à la suite de Phdippe de Béthune, ambassadeur de Henri IV près du Saint-Siège. Deux ans après, il était de retour à Paris, mais sans avoir encore avancé ses affaires.
Cependant, en [606, à la mort de Desportes, il trouva, suivant sa propre expression, la pie au nid.
(l) On a soutenu aussi, d'après certains proverbes espagnols traduits par lui, que Régnier séjourna en Espagne, à la suite du cardinal de Joyeuse.
Le marquis de Cœuvres, gendre de Philippi Béthune, lui lit obtenir une pension de deux mille livres sur l'abbaye de Vaux-de-Cernay, qu'avait possédée son oncle défunt. Tallemant parle même, bien que le fait soit fort douteux, d'une autre abbaye de 5,ooo livres de rente, que lui aurait fait donner le maréchal d'Estrées. Enfin, en 1609, il prit possession du canonicat de la Cathédrale de Chartres, qui lui avait été dc-volu dans sa première jeunesse.
Dès lors, protégé du roi, honoré des grands, assure contre l'infortune, il pouvait se laisser aller doucement
A la bonne loy naturelle et réaliser enfin son rêve de
Dormir dedans un lit la grasse matinée.
Mais cette période fut aussi la plus féconde de sa vie; c'est alors, en effet, qu'il publia ses premières satires, dont le succès fut considérable. Un contemporain, l'Estoile (ii, en déclare même le recueil « un des bons livres de ce temps. »
Malheureusement, Régnier ne sut pas maîtriser ses passions ni apaiser dans son existence cette fougue de tempérament qui fait la puissance et l'originalité de son œuvre. Les dérèglements de sa vie amenèrent sa fin prématurée. « 11 mourut à Rouen,
fn L'Estoile, /. • -Journal, 6dit. Chstmpollion , t. II, ;
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le 22 octobre 1 6 1 3, en l'hôtellerie de Y t'en d'Orléans.» au cours J'un voyage en cette ville. « Ses entrailles furent portées en l'église paroissiale de Sainte- Marie de Rouen, et son corps, ayant été mis dans un cercueil de plomb, fut transporté à l'abbaye de Royaumont, lieu qu'il aimait beaucoup, et où il voulut être enterré (i). » Régnier disparaissait à quarante ans, à l'apogée de son talent, laissant une œuvre vigoureuse, à laquelle il n'a manqué pour être parfaite que ces retouches dont l'auteur l'aurait certainement fortifiée, si l'âge du calme et de l'apaisement était venu pour lui.