‹ Mathurin RegnierChapitre 103 sur 168 · Regnier, Satire IV · texte numérisé non relu

Regnier, Satire IV

Avez vous pas sur vous quelque chanson nouvelle ? J'en vy ces jours passez de vous une si belle Que c’est pour en mourir!

Voir encore Satire VIII, vers 40; d’Aubigné, Baron de Fœneste, liv. I, chap. m1 : «et puis ceste velle greve (belle jambe) : c’est pour en mourir! » Mémoires de Sully, partie IT, chap. 11 : « ces cajoleurs de cour semblent n’y estre que pour faire des exclamations de tout ce qu’ils voyent et oyent et crier en voix dolente : Il en faut mourir! »,

. 8. Regnier, Satire NIIT, 25; d’Aubigné, Fœneste, I, 11, et Confession de Sancy, IL, 1.

d'Hérode), avait publié la loi suivante comme une des plus nécessaires au maintien de son État : « La bienséance de nos sujets est d’avoir en eux le mouvement perpétuel, soit de la tête, du corps et des jambes; et surtout nous tenons les façons sautelante et branslante pour les plus agréables et mieux séantes ‘. » |

La mode régente aussi bien les sujets que les formules de la conversation. Quand le courtisan a causé de l’avancement en cour et de ceux qui ont obtenu une pension à son détriment (« il a tant servi, tant fait la faction! »), qu'il a

Parlé de ses hauts faits et de ses vaillantises,

bien inutiles en un temps où « les galants et baillands hommes », comme dit M. de Fœneste, sont si peu estimés, qu’il a demandé combien de pistoles ont perdu au jeu Créqui et Saint-Luc, « comme on ne peut discourir toujours sur des choses si hautes », il « glose sur les habits » et leur forme, il « philosophe sur les bas de chausses » et leur couleur, il disserte sur le bleu de turquoise ou sur l’orangé, sur l’isabelle ou sur la couleur ventre de biche, ou sur une des cinquante autres couleurs à la mode, dont le baron de Fœneste donne consciencieusement la liste *. Notons ici, d’après Regnier, et pour la satisfaction de ceux qui s'intéressent à l’histoire du costume, que vers le début du xvu° siècle le vert et le gris commencent à n’être plus de mise pour l'avoir trop été jusque-là. Le vert plaisait à la belle Gabrielle. Le roi aimait le gris : « Vive le Gris », dit une chanson de 1600 :

1. L’Ile des Hermaphrodites nouvellement découverte, pamphlet contre la cour de Henri III, imprimé en 1605; il eut, d’après L’Estoile, un succès prodigieux.

2. Regnier, V, 230; VIII, 190 et suiv.; Baron de Fœneste, liv. I, chap. ir et 1x; Confession de Sancy, liv. II, chap. 1, éd. Réaume, t. Il, p. 310.

Le Gris n’est point de ces couleurs qu’on donne Pour vestement à la sotte personne :

Le Roy souvent en porte à ses habits.

Vive le Gris !.

On sait que Henri IV avait canonisé sa couleur et qu'il jurait par le ventre de ce nouveau saint. Aussi vit-on au début du règne les courtisans prendre avec servilité les livrées du maître et celles de la favorite; et les poètes de cour chantèrent avec enthousiasme les mérites du gris :

Si quelqu'un ne vous aime, Ô belle couleur grise, I ne mérite pas que sa dame le prise; Car qui n’ayme le gris, il n’est pas vray amant,

dit le sieur de la Roque, et le sieur de Vermeil enchérit encore :

Le gris est le milieu de deux couleurs extresmes; Le milieu est le but que les vertus ont pris;

Puis donc que les vertus et le gris sont de mesmes, Qui aime la vertu il aimera le gris ?,

Mais trop est trop. Au moment où Regnier écrit sa troisième Satire, le gris et le vert finissent par devenir ridicules, et l’on ne saurait plus en mettre désormais sans

Entendre un marjollet qui dit avecq” mespris : « Ainsi qu’asnes ces gens sont tous vestus de gris; Ces autres, verdelets, aux perroquets ressemblent 5 ».

Cette noble matière du vêtement et des couleurs une fois épuisée, il reste à parler de la vertu. Car l'Italie n’a pas mis la vertu à la mode, mais elle y a mis le mot vertu, auquel on prête tous les sens du motitalien correspondant,

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