Satire NV, vers 231, éd. Courbet, p
2. Saltire NII, vers 163, éd. Courbet, p. 63. On donna à la cour, peu après le mariage du roi, un Ballet des Vertus; chacune des principales vertus était représentée par une dame qui en donnait une définition en vers; voir les vers de ce ballet dans le Recueil de quelques vers amoureux, Paris, chez la veuve Patisson, 1602.
3. Baron de Fœneste, liv. T, chap. n. Ce sujet de conversation avait été mis à la mode par l'Académie du Palais. Henri IIL avait proposé aux académiciens ce sujet de discussion : « Quelles vertus sont plus excellentes, les morales ou intellectuelles? » Ronsard parla en faveur des vertus morates, Desportes et A. Jamyn en faveur des intellectuelles. Voir E. Frémy, l’Académie des derniers Valois (Paris, 1887, Leroux), p. 221 et suiv.
comme. à celte date, où, suivant leur expression, ils le « raffinèrent ». Les raffinés, c'élaient des gens qui se battaient pour un clin d'œil, si on ne les saluait que « par: acquit », si le manteau d’un autre touchait le leur, si on crachait à quatre pas d'eux; c’élaient ceux qui imilaient deux gentilshommes dont l’un avait provoqué l’autre en le prenant pour un tiers; en allant sur le pré, le provocateur demanda à son adversaire s’il n’était pas un tel d’Auvergne; « Non, répondit celui-ci, je suis un tel de. Dauphiné »; l'erreur. était évidente; « pourtant ils avisèrent, ajoute avec admiration le baron de. Fœneste qui conte cette histoire, que, puisqu'il y aboit appel, il se falloit tuer, comme ils firent; et cela s'appelle raffiné d'haunur ‘! » Un tel ridicule ne pouvait échapper à l'œil observateur de Regnier. Malheureusement le poète, abandonnant pour une fois la peinture des mœurs, se borna à traduire les deux Capitoli écrits par le Mauro « pour déshonorer l'honneur »; mais, si l’on peut regretter qu'il n’ait pas allaqué ce travers d’une manière plus pittoresque, du moins par l'idée qu'il eut de composer une Satire contre l'honneur,
ce monstre abominable, Qui nous trouble Pesprit et:nous charme si bicn Que sans lui les humains icy ne voyent rien,
par les allusions qu'il fit ailleurs aux raffinés d'honneur, par les expressions qu'il puisa dans leur vocabulaire ?, on peut comprendre la place que tenait le ducl dans la vie des courtisans du règne de Henri IV.
Les divertissements de ces bretleurs sont ceux qu’on peut altendre d'hommes nourris dans les camps et qui n’ont pas eu d’aulre école que la guerre. Epris des exercices du corps, ils jouent volonticrs, s’il faut en croire
1. Baron de Fœneste, liv. J, chap. vux et 1x. 2. Par exemple, Salires 1X, 50; XIT, 126; XIIT, 4.
d'Aubigné, à des jeux d'enfant, à l’un desquels Regnier fait également allusion : à biscombis, où chacun saute successivement par-dessus la têle des autres; à michaut, où l'un des joueurs a les yeux bandés et essaye de frapper les autres avec une serviette nouée; au rot dépouillé, où l'on arrache ses vêtements à celui qui se laisse prendre tout en s’inclinant devant lui et en l’appelant Sire ‘; et pendant l’hiver ils se battent sur les ponts de Paris à coup de pelottes de neige dans lesquelles M. le duc de Vendôme prend soin de mettre des pierres, au risque de meurtrir le visage de ses gentilshommes : ce sont là jeux de princes ?. Un courtisan à celte date ignore le grec et le latin, ou, s’il apprend ces langues, c’est en secret, aimant mieux perdre cent écus que de s'entendre appeler docte en certaines compagnies *; mais il fait la voltige, comme les
écuyers de nos cirques,
Fait crever les courtaux en chassant aux forests, Court le faquin, la bague, escrime des fleurets, Monte un cheval de bois, fait desus des Pommades, Talonne le Genet et le dresse aux passades #.
Il donne son argent à l’astrologue qui entend l'influence secrète du ciel; il paye fort cher au sieur César le plaisir de faire connaissance avec le diable; Cosmo Ruggieri lui vend au poids de l'or des statuettes de cire qu'il suffit d'approcher du feu, pour qu’aussitôt l’amour fonde le cœur de la dame la plus rebelle *; mais il considère l'inspiration poétique comme « un mal d'esprit », met les vers « au
1. Baron de Fœneste, liv. II, chap. vu; Regoier, Salire XI, 271.
2. Journal de L’Estoile, 5 janvier 1610 (Supplément tiré de l'édition de 1736).
3. H. Estienne, Dialogues du françois ilalianizé, éd. de 1518, p. 418.