‹ Mathurin RegnierChapitre 107 sur 168 · Satire IV · texte numérisé non relu

Satire IV

3. La Bibliothèque nationale possède, entre autres, les sept recueils suivants reliés en un seul volume : Sommaire de tous les recueils de chansons tant amoureuses, rustiques que musicales, Lyon, Rigaud, 1579; Ample recueil des chansons amoureuses, rustiques et musicales, Lyon, 1579; la Fleur des chansons nouvelles, Lyon, 1580; le Printemps des chansons nouvelles, Lyon, 1579; le Rosier des chansons nouvelles, Lyon, 1580; Le Plaisant jardin des belles chansons, Lyon, 1580; Nouveau recueil des chansons qu'on chante à présent, Lyon, 1580. — La Bibliothèque de l’Arsenal possède un volume semblable d'une date un peu postérieure. Elle possède encore : le Recueil des chansons nouvelles de divers poètes français, Paris, Nicolas Bonfons, 1585, deux volumes; le Premier recueil de toutes les chansons nouvelles, Troyes, Nicolas du Ruau, 1590, relié avec le Recueil de plusieurs belles chansons nouvelles et modernes, Lyon, 1593; la Fleur des chansons amoureuses où sont compris tous les airs de cour, Rouen, de Launay, 1600. — Le Manuel du libraire cile beaucoup d’autres recueils que je n’ai pu consulter. Ces recueils deviennent moins nombreux à partir de 4606.

nouveaux ‘, par exemple, la Chanson de la follastre. mignonne, très goùtée certainement, puisqu'elle se trouve dans tous les recueils :

Allons, ma follastre mignonne, Sous l'espaisseur de ce bois verd; Sentirons l'herbe qui fleuronre Et verrons son émail divers :

Là nous ferons deux ou trois tours Communiquant de nos amouts;

Puis après-près De quelque fraiche ombrelctte

De Cyprès

Nous irons presser l’herbetle ?;

ou bien encore la Chanson fort amoureuse des oiseaux, non moins appréciée sans doute, puisqu'elle est reproduite dans la plupart des répertoires :

Le Rossignol sauvage Chanter je l'oy toujours

En ce joly bocage

Trailant de nos amours.

Et que me dict ce beau mignon?

Il me dict : « mon compagnon, Jette le traict de. tes yeux

A celle qui t’ayme mieux »..….

« Je croy bien que la beauté N'usant point de cruauté

Ira droict en paradis »,

A ce que dict la perdrix. etc. à.

1. Reguier, Salire V, vers 225 : la verlu de 1.os jours, dit-il, consiste a « chanter les airs nouveaux ». Une petile pièce publiée dans Les Muses inconnues (1604), et intitulée la Descriplion des effets d’un vray so!, donne la définilion de l’homme à la mode : c’est celui

Qui marmolte toujours quelque chanson nouvelle, Se promenant qui bransle en cent façons les bras, ele.

2. Cette chanson se lit à la p. 274 de la Fleur des chansons amoureuses, Rouen, 1600.

3. On pourra lire cette chanson dans :e Recueil des chansons nouvelles de Nicolas. Bonfons, Paris, 1585-1536, t. I, p. 31.

Plus souvent je m'imagine qu'ils chantent {a Chanson fort Joyeuse de la dame de Paris :

A Paris est une dame (Pour Dieu! ne la nommez pas)...

— et pour Dieu! si vous ne voulez pas offenser les oreilles pudiques, n’achevez même pas le premier couplet, — ou bien encore la Chanson fort récréative de Robinet et de Marie, nouvellement composée sur l'air et avec l'ignoble refrain de /a Chanson de madame Perette, non moins « récréative », paraît-il, puisqu'on la retrouve dans tous les recueils sans exception. Car à mesure qu’on avance dans le règne de Henri IV, on voit disparaitre de ces répertoires les célèbres chansons de la Pléiade

Les Muses lierent un jour

De chaines de roses Amour...

Avril, l'honneur et des mois Et des bois...

et grossir le nombre des chansons ordurières. Or, comme les dames raffolent de ces œuvres à la fois précieuses et malpropres, comme c'est un rare moyen de séduclion que de leur apporter la primeur de quelques vers « nouveaux », nos gentilshommes ne dédaignent pas d'en composer euxmêmes quelquefois, non sans se croire obligés de s’en excuser, comme fait le héros de la huitième Satire de Regnier, non sans qualifier leurs vers de « méchants », ni sans ajouter qu'ils les ont écrits « pour tuer le temps ‘ ». Le plus souvent du reste ils commanderont leur chanson à quelque poèle famélique, qui sera trop heureux de leur vendre quatre couplets pour quatre deniers, et même, s'il en faut croire Berthelot, pour un cure-dent d'ivoire ?.

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