Satire VIII
2, Berthelot, l’Inventaire du Courtisan.
Le père de Regnier avait été bon prophète, s'il a réellement prononcé les paroles que son fils lui attribue :
Les plus grands de ton tans dans le sang aguerris, Comme en Trace seront brutalement nourris,
Qui rudes n’aymeront la lyre de la Muse
Non plus qu’une vielle ou qu’une cornemuse !;
et vers 1605 le poète pouvait s’écrier sans aucune exagération :
Motin, la Muse est morte ou la faveur pour elle?!
Comme à cette date, en effet, on était loin de l’heureux temps où le roi de France s’honorait d’écrire au prince des poètes : « Tous les deux nous portons des couronnes »! Le successeur des Valois demeurait tellement sourd aux appels lamentables de la poésie devenue pauvre et « quémande*», qu'il faisait regretter les règnes de Charles IX et de Henri III aux plus savants de ses sujets. « Il n'entend rien en la musique, ni en la poésie, disait de lui du Perron, et c’est pour cela que de son temps il n’y a personne qui y excelle ‘ ». Un autre contemporain * prétendait que ce grand roi savait tout faire, sauf deux choses : tenir sa gravité et lire, et qu'il méprisait César et Alexandre, le premier, parce qu'il avait écrit des livres, le deuxième, parce qu’il avait lu ceux de son précepteur Aristote; pour lui, d’après le même témoignage, il haïssait le sien, M. Chrestien, encore qu’il
. Satire IV, vers 79-82.
. Satre IV, vers 1.
. Regnier, Satire IV, vers 42.
. Voir Perroniana, au mot Henri IV.
. Scaliger. Voir Secunda Scaligerana, au mot Henri IV.