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dût bien un peu sa couronne aux auteurs de la Satyre Ménippée. Que l’on consulte Regnier, Malherbe, Maynard, Auvray, du Lorens, le Cabinet satyrique : on entendra tous les hommes de lettres gémir sur le triste abandon dans lequel Henri IV pendant son règne et Marie de Médicis pendant sa régence laissèrent les muses se morfondre.
Quelle sera l'existence de ces malheureux poètes rejelés dans les bas-fonds de la société? on le devine aisément. Dédaignés comme des hommes mal appris, ils s’honoreront d'avoir les travers qu’on leur reprochera,
Et, desirant en eux ce qu’on meprise en tous,
ils chercheront à forcer l'attention par la folie de leur conduite, par l’éclat de leurs débauches et par l'aspect lamentable de leurs habits « cycatrisés », tout disposés, s’il en faut croire Regnier, à souiller les bénitiers « afin qu’on parle d'eux‘ ». Puis, réunis en petit comité à la Pomme de Pin, ils médiront de la cour, échangeront des plaisanteries ordurières et s’accableront les uns les autres de compliments extravagants : la vanité insupportable, les mauvaises mœurs, la bizarrerie du costume, voilà ce qui a toujours distingué les habitants de la Bohème. Au reste, on n’a qu'à relire la deuxième et la quatrième Sutires de Regnier; les poètes de son temps ont tous déploré leur indigence; mais lui seul a tracé le tableau de la vie à laquelle elle les condamnait trop souvent; et ce tableau est complet : Regnier nous montre le poète famélique à table et dans la rue, au cabaret et chez les étrangers; il nous fait voir ses allures; il nous révèle ses sentiments les plus intimes.
Regardez dans ce carrefour cet homme que Regnier vous désigne du doigt : il est encore loin de vous; mais