‹ Mathurin RegnierChapitre 111 sur 168 · Satire IT, vers 131 et'suiv · texte numérisé non relu

Satire IT, vers 131 et'suiv

dans votre salle un regard fureteur, il avisera le bibelot dont vous pourriez bien lui faire cadeau et s’en emparcra sans presque vous en demander la permission :

« Mais, Monsieur, me donnez vous cela? »

C’ est tousjours le refrain qu'il fait à sa ballade !!

Inutile d'observer qu'il vous fatiguera de la lecture de ses vers, se chargera lui même du commentaire et provoquera vos compliments. Si vous en êles prodigue, il « vous baisera à la joue comme une épousée » et, « tout pétillant d’aise », vous fera « l'honneur d'approuver votre petit jugement? ». Si vous lui dites pour le flatter : « Ne seriezvous pas l’auteur de cetle mordante Satire qui court par la ville », il s'en défendra mal : l’improbité littéraire se concilie fort bien avec les mauvaises mœurs; des poètes comme ceux de ce temps-là sont capables de tirer profit de tout, même du talent des confrères; toute pièce de vers exposée à Ja rue par son père sera aussitôt adoptée, pour peu qu'elle soit passable, et ceux qu'on accusera de l'avoir écrile

feront bonne mine

Et voudront le niant qu'on lise sur leur front, S'ilse fait un bon vers que c’est eus qui le font Fe

Que si, loin d'encourager la vanilé de votre poète, vous paraissez l'écouter froidement, il vous laissera entendre que « vous n'aimez point la rime », que vous êtes «lourd », «ignorant »,

Difficille, hargneux de sa vertu jaloux, Contraire en jugement au commun bruit de tous #.

Puis, il qualifiera ses œuvres de « divines », se baptisera des noms poétiques d’ « enfant des cieux », de « convive

Page 1