‹ Mathurin RegnierChapitre 116 sur 168 · L’Estoile, 28 mars 4640, t. X, p · texte numérisé non relu

L’Estoile, 28 mars 4640, t. X, p

Henri IV, voici le conseil qu'un auteur inconnu donnait aux femmes du monde dans une pièce intitulée Pasquil de la cour pour apprendre à discourir et s'habiller à la mode :

Il faut donc en premier lieu Apprendre à bien parler de Dieu, Et bien que l’on n’y scache notte, Si faut-il faire la Devoste,

Porter le cordon sainct François, Communier à chasque mois...

Aller à vespre à l'oratoire,

Sçavoir où sont les stations,

Que c'est que méditations,

Visiter l’ordre saincte Ursule, Cognoistre le père Bérulle,

Luy parler de devotion,

Des sœurs de l’Incarnation, Participer à son extase.…..

Se réserver pour sa conduicte Père Chaillou, un Jésuiste,

Aller conférer avec eux

Chaque journée une heure ou deux; Avoir des tantes et cousines,

Dans le couvent des Carmélines...

Amasser force grains de Rome, Avoir veu de près le sainct homme, Garder de sa robbe un morceau Pour enchâsser en un tableau, Parler des cas de consiences

Selon qu'on voit les occurences, Appeler toujours à garend Arnoux, Granger et Seguerrand.

Il y a dans ce morceau des allusions trop précises et trop nombreuses à des hommes et à des choses du commencement du xvir siècle, pour qu’on accuse l’auteur d’avoir peint l'hypocrisie d’après ses lectures, et non d’après des modèles vivants. Or, plusieurs de ces dévotions à la mode en 1622 sont précisément celles que Macette pratiquait en 1612, et d'ailleurs, siles dames ont abandonné pendant ces dix ans les Récollets pour les Jésuites et les Oratoriens, elles n’ont

© 4. Paris, 1622.

pas cessé d’aller, comme Macette, de couvent en couvent et de discuter, comme elle, des questions de théologie. Car ce n'est pas seulement par sa dévotion que Macette est de son lemps, mais aussi par la façou dont elle entend la dévotion. Elle n’a pas la religion toute romantique de la Catin de Ronsard, qui consisie à se promener le soir dans les cimetières, voilée d’un drap mortuaire, pour effrayer les braves gens. Elle n’a pas le bigotisme tout italien des personnages de l’Arétin, qui ont moins de confiance en Dieu qu’en ses saints et n’invoquent pas la croix de Jésus-Christ, mais les ailes de saint Raphaël et le poisson de saint Tobie. Macette appartient à une génération qui a pris l'habitude pendant la Ligue de passer ses journées au pied des chaires et surtout de censurer les sermons :

Clergesse elle fait jà la leçon aux prescheurs,

et, suivant les compagnies où cecile se trouve, elle traite sans doute le Père Cotton de facticux ou d'espagnol, et le curé Fuzil d'hérétique ou de fauteur. Elle disserte sur la nature des personnes divines et sur la nécessité de la contrition; elle a de « grandes intelligences ». des « cas réservés », question que la conversion du roi avait mise à l'ordre du jour, et, quand elle parle de théologie, c'est. avec les termes propres : celle sait ce que c’est qu’ « hypostase » et que « syndérèse »; comment en effet pourrait-elle l’ignorer, puisqu’à celte date les prédicateurs s'occupaient uniquement de définir en chaire des termes d'école et qu'il n’était pas, nous dit L’Estoile, un cardinal, ni un évêque, ni un

aumônicr, ni un curé, ni un jésuite, ajoutons : ni un,

ministre huguenot, qui ouvrit seulement la bouche sur les vices du temps ‘? Ses livres de chevet sont la Guide des pécheurs du Père Louis de Grenade et les Méditations de la

mère Thérèse, c’est-à-dire justement ceux que les Espagnols,

; ne ne Journal, décembre 160$, éd. de la Librairie des Hier. p. 187

avaient apportés à Paris dans leurs bagages. Les moindres lignes sorties de la plume de la mère Thérèse eurent le plus grand succès; et ces lectures conduisirent tant de jeunes filles au couvent, qu'un jour le président Jambeville impatienté disait au président Séguier : « Nous avons, vous et moy, fait fouetter à Paris cinquante entremetteuses qui ne l'avaient pas si bien gagné que cette mère Thérèse dont on parle tant ‘ ». « J'ai presté à mon cousin Édouard - Molé, écrit L’Estoile le 2 juillet 1606, la Vie de la mère Thérèse, alias la Bible des bigottes *. » « J'ai donné, écrit-il deux ans plus tard, à une femme dévote de libraire, pour tirer d’elle une petite médaille d’or qu’elle avait du déclin de l’empire, un petit livret de dévotion intitulé le Cloistre de l’âme religieuse avec le portrait de la mère Thérèse : vraie relique pour une bigote °! »

Enfin Macette « sait toutes les indulgences attachées au nom de Jésus » et ce que valent les chapelets et les « grains bénis enfilés »; or, ce n’était pas là une mince difficulté pour récompenser le roi de sa conversion, le pape avait, en effet, octroyé un grand nombre d'indulgences aux « chapelets, grains, croisettes, rosaires, croix, crucifix, médailles et images, » que lui avait fait bénir « le Révérend Père en Dieu messire Jacques Davi, évèque d'Évreux, conseiller du Roi en ses conseils et son premier aumônier »; les grains étaient pour les seuls Français : aussi furent-ils plus recherchés par les dévotes de la trempe de Macette et quelques-unes en firent sans doute le plus déplorable usage, les transformant en colliers, en broches, en pendants d'oreilles, quand elles ne s’en servaient pas d'amulettes pour se préserver du mal français ‘.

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