Même ouvrage, même passage
grande dame de la cour »,sansqueses perlesaient pu lui blan-
chir le teint !! Ou bien ce jeune muguet, si leste, de si bonne mine, si bien vêtu à l'avantage avec l’habit de satin découpé, le bas de soie et le chapeau de castor, qu'on ne savait si on
‘devait lui dire Monsieur ou Monseigneur : mais lorsqu'on
demandait son nom après son départ, on apprenait qu'il devait le jour à un bonhomme de chirurgien*?!
Et, s’il avait occupé plus longtemps sa stalle de chanoine à la cathédrale de Chartres, ou s’il eût été plus assidu à visiter les églises de la capitale, combien de types amusants Regnier aurait pu placer dans sa galerie à côté de ce prélat « enrichi d'intérêts et d'usure »,
Qui plaint son bois saisi pour n’estre de mesure
et à qui il donne en passant une atteinte légère °! Quelles paroles singulières il eût pu entendre tomber parfois du haut des chaires! car, si l’on ne s’amusait plus auss folâtrement à leur pied que du temps de la Ligue, on y pouvait encore passer, au témoignage de L’Estoile, de joyeux instants quand les curés prêchaient contre les Jésuites “. Il ne faut donc pas essayer de le dissimuler : l'œuvre de Regnier ne saurait avoir le même intérêt que celle de La Fontaine et de Molière ; en recueillant les traits de mœurs qui s’y trouvent épars, on ne fera pas renaïître une société entière.
Mais le monde dont il fit partie, comme il a su nous le peindre ! comme nous connaissons jusqu’au mobilier des maisons où habitaient ses héros, jusqu’à la physionomie des rues où ils circulaient! Voulez-vous écrire une histoire du costume au commencement du xvu° siècle ? puisez à pleines mains dans les Satires de Regnier; vous y rencon-
. Caquets, 7° journée, éd. citée, p. 222.
. Caquets, 3° journée, éd. citée, p. 105-107. . Salire XV, vers 161-162.
. L'Estoile, Journal, 2 février 1611.