‹ Mathurin RegnierChapitre 122 sur 168 · Ovide, Amores I, vint · texte numérisé non relu

Ovide, Amores I, vint

Me miscram, dignus corpore cultus abest.

Tam felixesses quam formosissima vellem.

. abstraction! Quel contraste entre ce langage incolore et celui de Macette ! Comme celui-ci est imagé! comme il est chaud! et par conséquent, comme il est vrai!

Mais tout ne respond pas au traict de ce visage

Plus vermeil qu’une rose et plus beau qu’une image 1.

Vous devriez, estant belle, avoir de beaux habits,

Esclater de satin, de perles, de rubis.

Le grand regret que j'ay! non pas, à Dieu ne plaise,

Que j'en ay’ de vous voir belle et bien à vostre aise :

Mais pour moy je voudrois que vous eussiez au moins ; Ce qui peut en amour satisfaire à vos soins,

Que cecy fust de soye et non pas d’estamine.

Ma foy! les beaux habits servent bien à la mine.

*. Comme Macette sait bien qu’on ne séduit pas une jeune femme en lui souhaitant vaguement le bonheur d’avoir une toilette digne de sa beauté, mais qu'il faut lui mettre celte toilette sous les yeux, en appelant chaque chose par son nom! Aussi, avec quelle adresse fait-elle sonner aux oreilles de sa protégée ces mots harmonieux de « perles », de « rubis », de « soie », de « satin », de « brillants »! Et quelle vérité dans son geste, quand elle prend dédaigneusement entre ses doigts la jupe grossière de la belle, qui mériterait d'être vêtue de soie et non d’étamine! Dipsas n'a aucune de ces habiletés. Elle s’imagine sans doute avoir assez fait pour chatouiller la vanité de celle qui l'écoute quand elle s’est écriée : « Et pourquoi ne plairaistu pas? Ta beauté est sans égale ? ». Elle n’a pas senti qu'aucune musique ne caresse plus voluptueuserent l’âme

d’une jolie femme comme une série de mots qui lui disent "l’un après l’autre qu’elle est charmante. Molière ne s'y est pas trompé. « Peut-on rien voir de plus agréable! dit don Juan à Charlotte. Tournez un peu, s’il vous plaît. Ah! que

1. J’adopte la correction de M. Dezeimeris : voir le chapitre VII, S 1. D'NerS 20e:

Et cur non placeas? nulli tua forma secunda est.

cette taille est jolie! Haussez un peu la tête, de grâce. Ah! que ce visage est mignon! Ouvrez vos yeux entièrement. Ah! qu'ils sont beaux! Que je voie un peu vos dents, je vous prie! Ah! qu’elles sont amoureuses, et ces lèvres appétissantes! Pour moi, je suis ravi, et je n'ai jamais vu une si charmante personne. » Macette n’est guère moins éloquente :

IL vous ayme si fort! Aussi pourquoy, ma fille,

Ne vous aimeroit-il? Vous estes si gentille,

Si mignonne et si belle et d’un regard si doux,

Que la beauté plus grande est laide aupres de vous.

Dipsas loue d’un mot le nouvel amant : « C’est un jeune homme riche‘ »; elle ne comprend pas qu'elle devrait insister, comme fait Macelte, sur les qualités de sa personne et sur celles de sa bourse :

un homme grand, adroit, Riche, et Dieu ‘sçait s’il a tout ce qu'il vous faudroit!

Et pas plus qu’elle ne sait faire valoir l'amant qui peut donner des écus, elle ne sait discréditer celui qui donne uniquement des chansons d'amour; elle se contente d’observer qu'Ovide est pauvre, tandis que Macette découvre en Regnier tous les défauts capables de choquer une jeune femme : il est crotté; il a mauvaise façon; il « va mélancolique »; il est méchant comme un satirique: fou, impie et gueux comme un poète; enfin

H hante en mauvais lieux : gardez vous de cela,

insinue entre deux autres méchancetés cette bonne dévote,

qui n’a pas oublié sans doute ce qu’elle a donné à ses amis en ces endroits-là.

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