Satires V, 120; XII, #1; IT
234 MATUURIN REGNIER
et que lui-même « nageant sur les flots et relevant la teste »,
semble depiter, naufrage audacieux, L'infortune, les vents, la marine et les Cieux !.
Voilà comment une comparaison, banale en provoquant dans l'esprit de Regnier une véritable vision, s’est transformée en un tableau vivant. Jamais Boileau n'a su ni évoquer l’image des objets qui n’avaient pas effectivement frappé son œil, ni surlout faire tomber sous nos sens ce qui ne paraît pas susceptible d’y pouvoir tomber.
Non plus que les mêmes sujets, deux peintres d’un tempérament aussi différent que Boileau et Regnier ne sauraient avoir le même style descriptif. Boileau, comme un homme qui voit net et cherche à copier exactement le contour des choses, a une incomparable précision de dessin. Disons tout simplement que sans périphrases, sans comparaisons, sans métaphores, sans aucun autre secours que celui du mot propre et du rythme, il vous met un objet sous les yeux.
Dans l’art de croquer un portrait à la manière classique, avec des mots bien choisis et bien entourés, un peu de couleur et un trait final, Regnier sans doute, au besoin, ne le cède à personne :
Un autre, renfroingné, resveur, melancolique Grimassant son discours, semble avoir la colique, Suant, crachant, toussant, pensant venir au point, Parle si finement que l’on ne l'entend point.
Un autre ambitieux pour les vers qu’il compose Quelque bon benefice en l'esprit se propose,
Et, dessus un cheval comme un singe attaché, Meditant un sonnet medite une Evesché 2.
N'est-ce pas là du La Bruyère en vers? de l'Horace en français? N'est-ce pas là plutôt de l’excellent Molière? Car,