‹ Mathurin RegnierChapitre 129 sur 168 · Satire Il, 155-162, éd. Courbet, p · texte numérisé non relu

Satire Il, 155-162, éd. Courbet, p

la grande scène des portraits au deuxième acte du Misanthrope, qu'’est-elle donc sinon une Satire de Regnier mise en action? Aussi, lorsqu'après avoir entendu ces vers :

C'est un parleur étrange et qui trouve toujours L'art de ne vous rien dire avec de grands discours ; Dans les propos qu'il tient on ne voit jamais goutte Et ce n’est que du bruit que tout ce qu’on écoute;

Clitandre félicite Célimène d'être « admirable à bien peindre les gens », est-ce que Mathurin Regnier ne pourrait pas prendre sa part du compliment flatteur adressé à son élève ?

Mais Regnier n'est pas un pur classique. Loin de là : il est pour cela trop coloriste. Il n’est pas plus tôt en présence de la réalité que son imagination part en campagne. Une attitude lui rappelle aussitôt une autre attitude; la vue d’un spectacle fait surgir immédiatement devant ses regards un second spectacle, à l’aide duquel il décrira le premier, avec plus de brièveté que Boileau et plus d'éclat. Je veux dire que sous la plume de notre poète les comparaisons jaillissent sans cesse, aussi justes, aussi expressives, aussi originales que sous celle de Rabelais. Ni Panurge transi de peur et « remuant les babines comme un singe qui cherche poulx en tête »; ni le bucheteur, retrouvant sa cognée perdue, reconnaissant sa marque et tressaillant de joie, « comme un renard qui rencontre poulles esgarees et soubriant du bout du nez »; ni Frère Jean assis à la table de l’évêque Homenas, où le service était fait par de jolies filles, et « les regardant de cousté comme un chien qui emporte un plumail‘ », ne sauraient faire oublier ce jeune bellâtre

Changeant sur l’un des pieds à toute heure de place Et dansant tout ainsi qu’un barbe encastelé,

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