Salire VIII, 68-76, éd. Courbet, p
les voit agir et marcher, mais qu’il n'entend pas le son de leur voix, et qu'ayant peur de se tromper de ton, il juge plus prudent de se faire leur interprète :
« Ha, non! Monsieur, dit-il, j'aymerois beaucoup mieux Perdre tout ce que j’ay que vostre compagnie; » Et se mist aussi-tost sur la ceremonie.
Moy, qui n’ayme à debatre en ces fadeses là,
Un tans sans luy parler ma langue vacila.
Enfin je me remets sur les cageolleries,
Luy dis (comme le Roy estoit aux Tuilleries)
Ce qu'au Louvre on disoit qu’il feroit ce jourd’huy, Qu'il devroit se tenir toujours aupres de luy.
Dieu scait combien alors il me dist de sottises. Parlant de ses hauts faicts et de ses vaillantises, Qu'il avoit tant servy, tant faict la faction
Et n'avoit cependant aucune pension,
Mais qu’il s’en consoloit, etc. {
Il ya plus. Tandis que chez Rabelais la comédie naît à chaque instant du récit et que le dialogue oule monologue se substitue sans cesse à la description, Regnier s’adresse aux yeux plutôt qu'aux oreilles, et pour faire connaître les sentiments d’un personnage il dessine parfois son geste sans rapporter ses paroles, même au style indirect :
Puis me flatant l'épaule il me fist librement L'honneur que d'aprouver mon petit jugement ?,
Certainement il était en partie dépourvu des deux dons propres au poète dramatique : quand il n'avait pas entendu un discours, il ne savait pas l’inventer de toutes pièces; quand il répétait des paroles qu’il avait entendues, il ne savait pas rejeter celles qui étaient inutiles; alors que dans tous ses portraits, même dans ceux qui sont le plus surchargés de détails, il y .a un choix de traits
1. Satire VIII, 180, éd. Courbet, p. 63. Voir Satires NIIT, 173; III, 245; IT, 137-142, 163-176.