Ed. Courbet, p
Trop d'avis et d’égard sied mal à la jeunesse : Aux conseillers d’estat je laisse la sagesse. (DesrorTes, Cléonice, Sonnet LXXIIL.) 1
En conseiller d'Estat de discours je m’abuse. (Recnier, Élégie zélotypique, vers 101.) ?
Ce sont les mêmes séries d’antithèses entre le feu d’un œil et la glace d’un cœur, ou entre le jour d'un œil et la nuit d'un teint, entre le but poursuivi et le résultat obtenu :
Mais plus je continuë en ma course premiere, Plus mon chemin s’esloigne et me trouve en arricre. (Desportes, EÉlégies I, vi.) à
Pensant m'oster l'esprit, l'esprit tu m’as rendu. (REGNIER, Élégie zélotypique, vers 11.) *
et, quand l’amoureux est quelque prince guerrier, entre sa puissance devant les hommes et sa faiblesse devant une femme, entre les victoires qu'il remporte et les défaites qu'il subit, entre les villes fortes qui se rendent à lui et l’enfant Amour qui le tient prisonnier :
Abusé que je suis! Mais que pensé-je faire ?
Je pars pour captiver une ville adversaire, Moy qu'Amour tient au joug sans relasche arresté. Si je suis prisonnier, doy-je espérer la prendre? Je vay pour assaillir et ne puy me deffendre Seulement d’un enfant dont je suis tourmenté.
(Desportes, Stances pour M. le duc d'Anjou allant assiéger La Rochelle.) $
Moy,
Qui sçay donner des loix et non les recevoir,
Je me voy prisonnier aux fers d’un jeune Maistre, Où je languis esclave et fais gloire de l’estre.….
Éd. Michiels, p. 216.
Éd. Courbet, p. 138.
Éd. Michiels, p. 249.
Éd. Courbet, p. 135. .
Éd. Michiels, p. 407
rewre
Mes palmes, mes lauriers en myrthes sont changez,
Qui servant de trophée aux beautez que j'adore,
Font en si beau sujet que ma perte m’honnore. (Recnier, Élégie V, vers 26-28.) !
Et c’est surtout la même psychologie.
On sait avec quelle facilité, sans étudier la vie, sans même plus lire ni Sophocle, ni Euripide, ni Sénèque, l’école pseudo-classique construisait un caractère tragique en combinant entre eux des traits empruntés aux divers personnages de Corneïlle et de Racine. Aux environs de 1605, une élégie amoureuse se fabriquait encore plus aisément : le seul Desportes en fournissait tous les thèmes.
On gémissait d’être abandonné par l'univers entier :
Où faut-il que je tourne? Hélas ! que dois-je faire,
Si je ne connoy rien qui me fasse esperer
Et sije ne voy rien qui ne me soit contraire?
Tout objet me deplaist, toute chose me nuit.
(Desporres, Diverses amours, Complainte.) ?
.… Je suis si troublé qu’encor ne sçay-je pas,
Où pour trouver secours je tourneray mes pas,
Aussi, pour mon salut, que doi-je plus attendre...
S'il n’est rien icy-bas de doux et de clement
Qui ne tourne visage à mon contentement?
S'il n’est astre esclairant en la nuict solitaire
Ennemy de mon bien qui ne me soit contraire.
(ReGxieR, Satire XVII-Élégie I, vers 22-30.) 3
On n'essayait pas de dissimuler sa passion; c’eût été l’attiser :
Car le voulant couvrir d’une froide apparence, Par ma discretion j'accrois sa violence.
(DesrorrTes, Élégies, I, xvir.) 4
Et ma peine estouffee avecques le silence Estant plus retenue a plus de violence.
(Recnier, Satire XVII-Elégie I, vers 49-50.) 5
. Éd. Courbet, p. 208.
. Ed. Michiels, p. 417.
. Éd. Courbet, p. 132.
Ed. Michiels, p. 219.
Ed. Courbet, p. 132.
Dans son désespoir, on niait l'existence des dieux : s’il était une justice au ciel, eût-elle laissé impunis les parjures d'une infidèle?
Il n'y a point de dieux : c'est un conte inventé, Et ne se trouve au ciel ny raison ny justice Pour l’humaine malice.
Si les dieux estoient vrays, qu'elle a tant invoquez, Ils ne souffriroient pas d’avoir été mocquez. (Desportes, Diverses amours, Plainte.) 1
Et puis, il est des Dieux tesmoins de nos parolles?
Non, non, il n’en est point; ce sont contes frivolles….
S'il y avoit des Dieux, ils se vengeroient d’elle.….
Ses yeux s’obscurciroient qu'elle a tant parjurez. (Recnier, Autre Elégie zélotypique, vers 33-42.) ?
On se demandait qui devait l'emporter définitivement en soi, de l'amour ou de la haine, de l’amour qu'inspirait un beau visage, ou de la haine qu'inspirait une vilaine âme :
Je ne vous puis hayr, quand je vous vois si belle;
Je ne puis vous aimer, vous sçachant infidelle;
Mes sens sont en debat; mon esprit agité
Chancelle constamment d'un et d'autre costé…….
Que feray-je à la fin?
(DesportTes, Elégies, I, x.) ?
De contraires efforts mon esprit agité,
Douteux s'en court de l'une à l'autre extremité ;
La rage de la hayne et l'amour me transporte...
Sa beauté me rappelle où son deffaut me chasse,
Aymant et desdaignant par contraires efforts
Les façons de l'esprit et les beautez du corps. (ReGnier, Élégie zélotypique, vers 91-120.) #
A la fin on se déclarait vaincu par l'amour : car comment résister à son destin?
Tout bien considéré, mon plus grand avantage, C'est que je m’abandonne au vent et à l'orage,