Satire ITI, vers
nommé protecteur des affaires du roi en cour de Rome à la place du cardinal d’Este, décédé !. 11 n’avait pas vingtans, quand il avait été pourvu d’un archevêché; il n’en avait pas plus de vingt et un, quand il avait été créé cardinal; il en avait vingt-cinq, quand.il fut élevé à ces hautes fonclions de protecteur, habituellement réservées aux neveux des papes ou aux membres des familles ducales de l'Italie. Il comprit que le Sacré Collège les verrait avec déplaisir confiées à un Français, à un simple gentilhomme, à un si jeune prélat. Il se dit, non sans raison, que pour s'imposer aux Romains il fallait avant tout les éblouir, et se composa une cour princière. Il n’y fit entrer, nous dit un de ses biographes les mieux renseignés, que des personnes recommandables « par la noblesse et grandeur de leur maison ou par l'éminence de leur piété et suflisance, evesques, abbez, seigneurs de marque, docteurs en théologie, gens consommez en sçavoir et expérience des choses appartenantes à l'Eglise et à l'Estat ? ». Sa maison constituée, sans se douter que le fils d’un bourgeois de Chartres en serait un jour le membre le plus illustre, il alla prendre possession personnelle de son archevèché ?, visita ses père et mère, salua au nom du roi les ducs de Savoie
1. Le cardinal d'Este mourut le 31 décembre 1586. Les lettres patentes par lesquelles Henri III donne la protection à Joyeuse sont datées du 16 février 1587. On en trouvera le texte à la page 97 des Mémoires en forme de preuve pour l'Histoire du cardinal, imprimés à la suite de l’Hisloire du cardinal duc de Joyeuse par le sieur Aubery, Paris, 1654, Robert Denain.
2. Oraison funèbre de Mgr le cardinal duc de Joyeuse (Paris, 1616, Cramoisy), p. 317. Dans la dédicace au duc de Guyse, signée I. de Montereul, Pauteur dit qu’il a servi le cardinal péndant l’espace de vingt-cinq ans.
3. Il fit l'office pour la première fois dans le chœur de Saint-Just de Narbonne, le 11 juin 1587 : Histoire des archevéques de Narbonne par Guillaume Lafont, t. III, p.87. Cette histoire, qui est du xvin° siècle, est manuscrite. Elle m’a été obligeamment communiquée à Narbonne par M. Lafont, parent de l'historien. L'auteur renvoie constamment à ses sources. . Le chapitre relatif à Joyeuse est fait d’après Aubery, sauf quand il s’agit d’actes intéressant l’archevèché de Narbonne : Lafont cite alors des pièces de l’archevêché, en grande partie perdues aujourd'hui. Pour faire l’histoire du diocèse de Narbonne, ce travail serait à consulter,
et de Ferrare, accomplit le pèlerinage de Lorette*, fit à
Rome une entrée triomphale et eut des appartements plus beaux que ceux du pape lui-même *. Après avoir étonné ses collègues par son luxe, il conquit leur sympathie par sa haute intelligence, sa . présence d'esprit et sa belle humeur. Il n’était pas à Rome depuis six mois qu il était devenu le porte-parole du Sacré Collège. Tandis que tous les vieux prélats italiens courbaient passivement la tète devant l’irascible Sixte-Quint, ce jeune Français opposait aux emportements du pape le plus imperturbable sangfroid et finissait toujours par se faire écouter *. Des vertus dignes de son rang achevèrent de créer au nouveau protecteur une situation prépondérante à la cour pontificale. Tous ses biographes parlent de sa continence, de sa douceur, de sa modération, de sa piété ‘. Et voici qui vaut mieux que des paroles de panégyristes : parmi les pièces concernant l'épiscopat de Joyeuse à Toulouse, conservées aux archives de la Haute-Garonne, beaucoup attestent qu’il percevait avec une parfaite exactitude les revenus de ses innombrables bénéfices * et ne reculait pas devant les procès; mais un grand nombre prouvent qu'il visitait lui-même les plus humbles paroisses de son diocèse, s'enquérant de l’état de l’église et de la moralité des habitants. Si l’on songe que le premier secrétaire du protecteur était le futur cardinal d'Ossat et que l’ambassadeur était le marquis de Pisani, père de la marquise de Rambouillet, le plus honnête homme sans contredit de la
1. Harangue funèbre consacrée à l'heureuse mémoire de l’Illme cardinal de Joyeuse par Hiérosme de Bénévent, conseiller du Roy et trésorier ne de France en Berry, Paris, 1616, Mesnier.
2. « Ce fut comme un triomphe, tant il se trouva bien accompagné et
magnifiquement suivy. » Monteréul, op. laud., p. 42; d'Ossat, Leltre à Nilleroy du 23 mars 1599.
3. Voyez dans Hübner, Sixle-Quint (Paris, 1882, Hachette), t. I, p. 199- 202, avec quelle intrépidité il défendit le roi après le meurtre des Guise.