‹ Mathurin RegnierChapitre 144 sur 168 · ROUE "UT · texte numérisé non relu

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Nous conclurons donc que, partout où le futur éditeur critique de Regnier se heurtera dans le texte primitif soit à une absurdité, soit à une faute contre la grammaire, avant de l'expliquer par l’insouciance ou par l'ignorance du poète, il devra examiner si elle ne doit pas l'être plutôt par la négligence des imprimeurs. Sa tâche sera singulièrement facilitée d’ailleurs par les conjectures de ses prédécesseurs, notamment par celles des Elzéviers, de Brossette et de M. Courbet; par les Remarques de M. Dezeimeris ‘ et par les Votes de M. A. Benoist ?.

Aucun éditeur n’a songé sérieusement jusqu'ici à modifier la disposition des alinéas, qui, dans les premières éditions, est tout à fait arbitraire. Faites un seul paragraphe là où l’on vous en offre deux ou trois; faites-en deux là où l’on vous en offre un seul; en d’autres termes, réunissez ici ce qui est séparé, et là séparez ce qui est réuni : vous rendrez parfois ainsi, non pas seulement la clarté, mais l’harmonie, mais la correction même à des phrases qui en sont dépourvues. Un exemple suffira. Je l’'emprunte à M. Benoist, dont les Notes ont pour objet unique la disposition des paragraphes chez Regnier et qui a entièrement épuisé la question.

Au vers 31 de la Satire I, commence dans toutes nos éditions un alinéa nouveau. « De cette façon, la phrase qui commence là et qui se prolonge jusqu’au vers 46 se compose d’une série d’incidentes conjonctives que ne relie pas un verbe principal. Cette anomalie dispdraît, si on rat tache la seconde phrase à la première, dont la proposition principale est celle-ci : Puisse-tu rouler tes jours heureux :

17 Or, apres tant d’exploits finis heureusement,

4. Leçons nouvelles et remarques sur le texte de divers auteurs, Bordeaux, veuve Chaumas, 18176; Corrections et remarques sur le texte de divers auteurs, Bordeaux, Gounouilhou, 1880.

2. Noles sur le texte de Regnier, Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 1819, p. 240-249.

21 Puisse tu, comme Auguste, admirable en tes faicts, Rouler tes jours en une heureuse paix ; Ores que la Justice icy bas descenduë Aux petis, comme aux grands, par tes mains est renduë ;

31 Aujourd'huy que ton fils, imitant ton courage, Nous rend de sa valeur un si grand tesmoignage..

Il faut remarquer de plus que dans la seconde partie de la phrase, dont la longueur est disproportionnée à celle de la première, Regnier « introduit une certaine symétrie par l'emploi de deux mots synonymes : Ores que... Aujour-

d'huy que... ».

Tout aussi arbitraire dans les premières éditions que la disposition des alinéas, la ponctuation a été du moins rectifiée presque partout par divers éditeurs du xvn° siècle, puis par Brossette. Cà et là elle laisse cependant encore à désirer.

Dans la Satire XI, l’éditeur de 1609 avait mis une virgule après le vers 153, un point après le vers 160. On a substitué avec raison un point à la virgule après le vers 153. Mais après le vers 160 il faut substituer une virgule au point. Au lieu d’une phrase sans verbe, l’on n'aura plus ainsi qu’une de ces fortes anacoluthes comme on en trouve lant chez Regnier :

Denis ee ME RP RE 153 De quelle charité l’on soulagea sa peine. Cependant de son long, sans poux et sans haleine, Sans collet, sans beguin, et sans autre affiquet, 160 Ses mules d’un costé, de l’autre son tocquet, En ce plaisant malheur, je ne scaurois vous dire, S'il en falloit pleurer ou s’il en falloit rire.

Dans toutes nos éditions, le mouvement qui commence au vers 115 de la Satire IX, pour s'achever au vers 132,

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