Benoist, article cité, p
MLLANS RE REP LLER
à, hé
manque d'unité. Pour avoir une tirade bien venue, on ponctuera :
Ainsi suis-je d'avis comme ce bon lourdaut :
S'ils ont l'esprit si bon et l'intellect si haut,
Le jugement si clair, qu'ils fassent un ouvrage
Riche d’inventions, de sens et de langage,
Que nous puissions draper comme ils font nos escris, Et voir, comme l’on dit, s’ils sont si bien apris;
Qu'ils montrent de leur eau; qu’ils entrent en cariere ;
Qu'ils fassent par leurs vers rougir chascun de honte;
Qu'ils composent une œuvre. .
En faisant dépendre la proposition qu'ils fassent un ouvrage du mot avis et en considérant au contraire les autres comme des propositions optatives indépendantes, on avait rompu le mouvement de la période.
Au vers 55 de la Satire XVII (Élégie 1 dans l'édition Brossette) :
Mais ce cruel enfant, insolent devenu, Ne peut estre à mon mal plus longtemps retenu,
les mots à mon mal ont l'air d’être le complément du verbe retenu. Le contexte prouve cependant jusqu'à l’évidence qu'il faut entendre : « ne peut, pour mon malheur (malheureusement), se retenir (être discret) plus longtemps ». À mon mal étant ici l'équivalent de l'expression, si fréquente chez Regnier, à mon dam, il faut ponctuer :
Ne peut estre, à mon mal, plus longtemps retenu.
Mettons, de même, au vers 79 de la Satire IT les deux mots par respect entre deux virgules, pour qu'on entende bien qu’ils sont une formule d’atténuation, qui équivaut à parlant par respect, sauf le respect que je leur dois :
La cour...
est un pays estrange,
278 me MATHURIN REGNIER
Où les loys, par respect, sages humainement, Confondent le loyer avecq' le chastiment,
Et pour un mesme fait de mesme intelligence, L'un est justicié, l'autre aura recompence ;
c'est-à-dire : « la cour est un pays où les lois, pour le dire avec tout le respect que je leur dois, sont sages d’une sagesse tout humaine, et partant inégale ».
Quelle correction faudrait-il faire, aux vers 49-56 de la Satire IL, pour les rendre clairs? Il faudrait marquer d'un signe de ponctuation que la suite des idées est interrompue par une parenthèse :
Pour moy, si mon habit partout cycatrisé 50 Ne me rendoit du peuple et des grands mesprisé, Je prendrois patience et parmy la misere Je trouverois du goust (mais ce qui doit deplaire A l'homme de courage et d'esprit relevé, C'est qu’un chacun le fuit ainsi qu'un reprourvé); Car en quelque façon les malheurs sont propices : Puis les gueux en gueusant trouvent maintes delices.….
ot (1
La phrase commençant au vers 55 ne confirme pas la phrase qui précède car; elle confirme celle qui précède mais : « je trouverais du goût parmi la misère; car les malheurs sont propices en quelque façon ». Les vers 53- 54 forment donc une parenthèse.
Même correction s'impose aux vers 39-43 de la Satire XIV, le mot ex du vers 43 se rapportant au mot grans du vers 40 :
39 Des hommes tout ainsi je ne puis recognoistre Les grans (mais bien ceux-là qui meritent de l’estre Et de qui le mérite indomtable en vertu Force les accidens et n’est point abatu) :
#3 Non plus que des farceurs je n’en puis faire conte.
Les corrections de mots sont beaucoup plus délicates. Brossette en a adopté dans son texte ou proposé dans ses notes, M. Dezeimeris dans ses Remarques en a conseillé de
très vraisemblables. Par exemple, une des anacoluthes les plus extraordinaires qu'on puisse reprocher à Regnier disparaît si l’on accepte une conjecture de Brossette :.
Quel plaisir penses-lu que dans l’ame je sente, Quand l'un de ceste troupe en audace insolente Vient à Vanves à pied ;.…
Que la Muse en groignant luy deffend sa fontaine, Tourne les yeux à gauche et les lit de travers,
Et pour fruit de sa peine aux grands vens dispersée Tous ses papiers servir à la chaise percée 1?
- Brossette propose de substituer vont à tous dans le dernier vers. M. Dezeimeris abonde dans ce sens et démontre . victorieusement que dans l’écriture courante du temps de . Regnier les deux mots s’écrivaient à très peu près de la . même façon. Une seule difficulté paraissait faire hésiter Brossette : le verbe auxiliaire serait séparé de l’infinitif par . le sujet. Je trouve la même construction au vers 1570 du | Menteur de Corneille :
Je n’osai pas encor vous déclarer la flamme Que venoient ses beautés d'allumer dans mon âme. Cette correction me paraît donc certaine.
Nous en devons beaucoup d’autres à M. Dezeimeris. Et, pour me borner à en citer deux des plus belles, au lieu
de ces deux sottises :
Mais tout ne respond pas au traict de ce visage,
Plus vermeil qu’une rose et plus beau qu'un rivage ? ; L'autre se relevant de vers nous se vint rendre
Moins honteux d’estre cheut, que de s’estre dressé ?;
tout le monde lira désormais :
Plus vermeil qu’une rose et plus beau qu’une image... Moins honteux d’estre cheut, que de s’estre pressé *.